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Mutilations génitales : l’actualité du mois d’avril 2014

Droit au Corps vous propose chaque mois un retour sur l’actualité concernant les mutilations génitales imposées, que celles-ci soient féminines (excision) ou masculines (circoncision). Voici ce qu’il fallait retenir en avril.

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Sommaire :

  1. Circoncision : Brian Morris persiste et signe
  2. Actualité concernant la circoncision
  3. Actualité concernant l’excision
  4. N’oublions pas les intersexes

Circoncision : Brian Morris persiste et signe

Une obsession toujours intacte

Au début du mois, de nombreux médias (essentiellement nord-américains) ont relayé les conclusions d’une étude (plus précisément une méta-analyse) affirmant que les bienfaits de la circoncision masculine pour la santé sont 100 fois supérieurs aux risques et que la moitié des hommes non-circoncis souffriront de problèmes de santé associés à leur ‪‎prépuce durant leur vie !

L’auteur de l’article estime que ne pas faire circoncire un bébé met sa santé en danger et que la ‪circoncision devrait avoir le même statut que la vaccination !

>> Lire l’article de Metro News <<

Sans surprise, ces conclusions délirantes viennent du professeur Brian Morris, l’un des plus grands partisans de la circoncision de notre époque, dont nous vous avions déjà parlé sur Droit au Corps en décembre dernier.

Brian Morris, partisan de la circoncision masculine

Brian Morris

L’homme, qui tient un site pro-circoncision, était déjà allé jusqu’à dire que « la circoncision devrait être rendue obligatoire«  !

Parmi les auteurs de l’article figurent également Thomas Wiswell et Stefan Bailis, deux autres partisans de la pratique.

Retour à la réalité

Comme le rappelait dernièrement Christian Castagnola, Vice-Président de l’Association Française d’Urologie (AFU) et Responsable du Comité d’Éthique et de Déontologie de l’AFU : « aucune société savante ne recommande la circoncision systématique en prophylaxie. » 

Au contraire, un nombre croissant d’institutions médicales ont récemment pris position contre la circoncision non thérapeutique imposée aux enfants.

Kevin Pringle, un professeur néo-zélandais, a vivement critiqué l’étude de Brian Morris. Il a également répondu aux questions de Intact News (lire l’interview).

Ali A. Zizvi, un écrivain et médecin pakistano-canadien, explique dans son article Universal Circumcision Is The Dumbest Proposal Ever pourquoi la proposition de Brian Morris d’étendre la circoncision à tout le monde est stupide.

Steven Svoboda, directeur exécutif d’Avocats pour les droits de l’enfant, a écrit une lettre au New York Times en réponse à l’article qui relayait les conclusions de Morris sans y apporter d’éléments critiques.

Des militants intactivistes ont lancé un événement Facebook destiné à répondre à l’article, notamment par le biais de vidéos. Voir aussi l’analyse de Circ Watch.

To cut or not to cut

L’affaire a tellement fait réagir que la chaîne de télévision Al Jazeera English a organisé un débat intitulé To cut or not to cut (couper ou ne pas couper).

Parmi les intervenants, nous retrouvons bien sûr Brian Morris, mais aussi John Geisheker, directeur exécutif de Doctors Opposing Circumcision (Médecins Opposés à la Circoncision).

Voici la vidéo du débat :

Lien vers l’article associé – Analyse du débat par Circ Watch

En conclusion, cette nouvelle sortie de Morris et ses collègues pourrait prêter à rire si le sujet n’était pas aussi grave. La médiatisation de ses propos risque en effet de conforter des parents dans la décision de faire circoncire leur fils, voire à amener des parents indécis à opter pour la pratique.

Actualité concernant la circoncision

En Europe

– Triste lettre du Comité des Ministres de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe en réponse à la résolution de l’APCE sur le droit des enfants à l’intégrité physique. Pour rappel, cette résolution avait provoqué de vives réactions suite à son adoption le premier octobre 2013, qualifiant la circoncision (parmi d’autres pratiques) de « violation de l’intégrité physique » (JTAThe Jerusalem Post).

Dans sa lettre, le Comité des Ministres « estime inutile pour l’instant toute activité normative supplémentaire » concernant « la protection des enfants contre les risques des opérations et interventions non justifiées médicalement » car celle-ci est « prévue par des instruments internationaux existants ».

Mais en attendant, des enfants sont circoncis tous les jours et rien n’est fait pour protéger leur droit à l’intégrité physique…

– Lors de la Conférence des Rabbins Européens qui a eu lieu du 28 au 30 avril à Strasbourg, Philippe Boillat, le Directeur général des Droits de l’Homme et Etat de Droit du Conseil de l’Europe, a critiqué la résolution de l’ACPE, estimant que celle-ci était « totalement contraire à toutes les lois européennes sur la liberté religieuse » (JTA).

« Désireuses toutefois de rassurer sur la qualité et les conditions d’hygiène de la circoncision, les communautés juives d’Europe s’organisent également pour réguler leurs pratiques. », rapporte La Croix.

France : le tribunal de grande instance de Saint-Pierre a requis 1500 euros d’amende contre l’homme qui a pratiqué des circoncisions rituelles sur quatre enfants en 2012 (zinfos974.com, linfo.re) ;

Angleterre : prison ferme pour une fausse infirmière qui a pratiqué une circoncision sur un petit garçon et l’a presque tué (Evening Standard) ;

Finlande : un projet de loi visant à interdire la circoncision a reçu un soutien considérable de la part des législateurs au Parlement (Finland Times) ;

Norvège : le ministre de la Santé a déposé un projet de loi visant à réguler la pratique de la circoncision et non pas à l’interdire, comme on pouvait l’espérer il y a quelques mois. Il propose que toutes les circoncisions à but non thérapeutique (y compris sur les enfants) aient lieu dans un établissement médical et soient réalisées par un professionnel de la santé agréé (JTA). Le projet de loi a reçu de vives critiques de la part de personnes qui estiment que les enfants devraient être totalement protégés contre cette pratique (updatednews.ca, reportage audio de dw.de).

Danemark : le Conseil de la santé a publié de nouvelles lignes directrices pour la circoncision, prévoyant qu’un médecin doit être présent lors d’une circoncision rituelle (ARC via information.dk) ;

Contactée par nos soins, Lena Nyhus, Présidente de l’association Intact Denmark, apporte plusieurs corrections :

There are quite a few mistakes in the telegram from Ritzau.

First of all the previous guidelines from 2005 also stated that a doctor must be present.

Secondly no major changes were made to the guidelines, however, a number of medical organisations representing the majority of the doctors of Denmark opposed the guidelines along with major human rights organisations, and demanded an age limit for circumcision without medical indication.

Mr. Lexner is not the Chairman of the Mosaic Community in Denmark, that is Mr. Finn Schwartz. Mr. Lexner is Chief Rabbi.

Rappelons qu’au mois de janvier, la Société Danoise de Médecine Générale ainsi que l’Association Médicale Danoise avaient pris position contre la circoncision non thérapeutique des jeunes garçons (lire l’article).

Lena Nyhus nous a aussi donné son sentiment sur l’évolution de la situation au Danemark :

On behalf of Intact Denmark I find that it is major progress for the rights of children that so many organisations unanimously demand that they be protected. In addition we are very happy to see that more and more politicians are stepping forward and demanding an age limit.

We will see the end of genital mutilation of children regardless of gender soon. Whether Norway, Finland or Denmark become first mover, I don’t know, but we will see a ban soon.

The time has come to universally recognise children’s fundamental inalienable human rights.

No one holds the right to cut into healthy children.

En complément, voici un petit documentaire dans lequel apparaît notamment Lena Nyhus :

En Amérique du Nord

États-Unis : finalement, l’assurance maladie de l’état du Colorado ne prendra pas en charge la circoncision. Explication des événements à lire sur NOCIRC Colorado ;

Un homme qui avait perdu son pénis suite à une circoncision ratée alors qu’il était âgé de 7 ans est devenu papa d’un petit garçon grâce à une insémination artificielle (Direct Matin). Aussi étonnant que cela puisse paraître, il a décidé de faire circoncire son fils (The Clarion-Ledger) ;

Intact News sort son premier podcast ! Pour l’écouter, rendez-vous à cette adresse ;

L’actrice américaine Alicia Silverstone sort un livre intitulé The kind mama (La maman bienveillante) dans lequel le sujet de la circoncision est abordé. La maman explique pourquoi elle a décidé de laisser son fils intact (extrait disponible sur Peaceful Parenting) ;

Le site Internet humoristique CollegeHumor.com a réalisé une vidéo intitulée The Real Reason You’re Circumcised (La vraie raison pour laquelle vous êtes circoncis) : à ne pas rater !

Canada : les médias ont repris les conclusions d’une étude indiquant que les hommes ayant été circoncis après l’âge de 35 ans courraient 45 % moins de risques d’être ultérieurement atteints du cancer de la prostate comparativement aux hommes non circoncis (LaPresse.ca).

Le Docteur Matthew Hobbs, Directeur adjoint de la recherche chez Prostate Cancer UK, a répondu à l’étude :

Although this study appears to show that circumcision after the age of 35 could reduce your risk of prostate cancer, the evidence presented is nowhere near strong enough that men should begin to consider circumcision as a way to prevent the disease. While the total sample studied was large, the number of men who had been circumcised after the age of 35 was very small, so this should not be seen as strong evidence of an association. There was no statistically significant association between prostate cancer and circumcision for men circumcised at all other ages. No reason was collected for circumcision, so we can’t say if the association is with circumcision later in life or with whatever causes men to have circumcisions after that age. It is also highly likely that diet, lifestyle, socioeconomic status and healthcare behaviours may have played a role in skewing these results.

En Afrique

Sénégal : la mutuelle de santé des « daaras » (école coranique) a organisé la circoncision de 150 garçons âgés de 4 à 15 ans : « Gémissements et cris de douleurs ont été la chose la mieux partagée », rapporte Le soleil ;

Zimbabwe : pensant à tort que la circoncision est un moyen efficace de lutter contre le VIH/SIDA, le gouvernement a pour objectif de faire circoncire plus de 217 000 hommes en 2014. Des célébrités comme des musiciens ou des joueurs de football se soumettent à la procédure pour encourager la population masculine à faire de même (allAfrica).

>> Mieux comprendre la situation, lire notre article : Circoncision et SIDA <<

Malgré cela, le ministre de la Santé a déclaré que la participation des hommes au programme de circoncision masculine volontaire médicalisée (voluntary medical male circumcision – VMMC) était faible et que le pays ne parvenait pas à atteindre les objectifs fixés chaque année (News Day).

Est-ce pour cela que le ministère de la Santé a lancé un nouveau programme dédié à la circoncision des jeunes garçons, qui eux ne peuvent pas donner leur consentement ? Au moins 500 enfants ont été circoncis dans le cadre de ce programme (News Day).

Articles connexes :

>> Zimbabwe : taux d’infection au VIH plus élevé chez les circoncis
>> Zimbabwe: des circoncis refusent le préservatif et contractent le SIDA

Swaziland : suite à des campagnes du secteur de la santé visant les jeunes et leurs parents, plus de 4000 lycéens se sont enregistrés pour se faire circoncire (Africa Science News) ;

Botswana : le ministère de la Santé a introduit deux nouveaux dispositifs destinés à circoncire les nouveau-nés : AccuCirc et Mogen Clamp (Daily News) ;

Tanzanie : le gouvernement va lancer un programme de circoncision visant les hommes sexuellement actifs dans les zones où la circoncision n’est pas courante et dans lesquelles le taux de VIH est élevé (allAfrica).

En Asie

Aux Philippines, la circoncision est un rite de passage pour les jeunes garçons. Elle a généralement lieu entre 10 et 14 ans.

Pour partager l’événement, la page Facebook Kabankalan City Health Office a publié un album photo montrant des circoncisions pratiquées sur plusieurs dizaines de jeunes garçons.

Cet album s’est attiré les foudres des internautes et a reçu tellement de commentaires négatifs qu’il a depuis été supprimé.

Ce qui a particulièrement choqué, en plus de la souffrance des victimes, c’est la manière dont les circonciseurs ont pris la pose pour les photos : ils souriaient allègrement.

Voici quelques photos qui ont pu être sauvegardées :

Une femme circoncis un jeune garçon aux Philippines

Circoncision d'un garçon Philippin

Douleur d'un jeune garçon circoncis aux Philippines

Et c’est apparemment la même chose chaque année. Il suffit de taper « Operation Tuli » dans google image pour s’en convaincre (Tuli est le nom du rite de circoncision aux Philippines).

Actualité concernant l’excision

En France

Le mois dernier, nous partagions un article publié sur le blog d’Isabelle Alonso, qui dénonçait la pratique dite du « point du mari ». Cet article a été très partagé et a entraîne un nombre important de réactions. Ce mois-ci, Le Monde revient sur la polémique (lire l’article).

Le 8 avril, la mobilisation Excision, parlons-en ! a tenu une conférence à l’Université Panthéon-Assas (Paris 2) intitulée « Asile et excision : les défis de la protection ». Lire l’interview de Maître Coronel-Kissous qui est intervenue sur le thème « L’octroi de la protection d’un point de vue juridique ».

A lire également sur Excision, parlons-en ! ce mois-ci, l’interview de Fadela Novak, administratrice principale du bureau Europe du HCR (Haut commissariat aux réfugiés), qui a souhaité rappeler l’importance du rapport « Trop de souffrance » publié par son institution (vidéos).

Enfin, l’enregistrement audio du colloque du 6 février dernier est disponible : Partie 1, Partie 2, Partie 3.

En Europe

Belgique : désormais, l’incitation à l’excision sera également punie (l’avenir.net) ; Pour information, c’est le cas en France depuis août 2013 ;

Grande-Bretagne : première poursuite judiciaire concernant un cas de mutilation génitale féminine, 29 ans après que la pratique ait été criminalisée dans le pays. Un médecin est accusé d’avoir génitalement mutilé une femme, tandis qu’un deuxième homme est accusé d’avoir encouragé la pratique (Daily Mail) ;

Lors de sa conférence annuelle, l’Association of Teachers and Lecturers (Association des Professeurs et des Conférenciers) a estimé que le personnel des écoles pouvait aider à prévenir des cas de mutilations sexuelles chez les jeunes filles à risque (BBC News).

En Afrique

Côte d’Ivoire : le poids de la tradition fait perdurer la pratique de l’excision (Afriquinfos) ;

Égypte : après la mort d’une petite fille, le médecin ayant pratiqué sur elle une excision va être attaqué en justice, une première en Égypte. À cette occasion, le site The Daily Beast revient sur la situation de la pratique dans le pays (lire l’article) ;

Somalie : dans un article publié sur le site du Evening Standard, une exciseuse explique pourquoi et comment elle inflige cette mutilation aux jeunes filles, y compris les siennes. Nous en apprenons également plus sur l’évolution de la pratique dans le pays ;

Une étude de l’Université d’Oxford à montré qu’en Éthiopie comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Est, la criminalisation de l’excision et les campagnes de sensibilisation ne suffisent malheureusement pas à éradiquer la pratique, notamment parce qu’il est difficile pour les familles d’aller à l’encontre des normes sociales (Somaliland Sun).

N’oublions par les intersexes

Le mouvement intactiviste considère que tous les êtres humains ont le droit à un corps intact. Cela comprend donc les femmes, les hommes, mais également les intersexes.

À lire sur Le Monde, une interview d’Arnaud Alessandrin, professeur de sociologie à l’université Bordeaux Segalen et spécialiste des études du genre et de la transexualité.

Extraits :

En France, une personne sur 5 000 naît intersexuée, avec plusieurs caractères sexuels. Automatiquement, chaque enfant dans ce cas subira une opération chirurgicale à la naissance, pour lui donner et lui « fixer » un sexe définitif. Deux problèmes se posent ici : d’abord, un problème juridique, car l’enfant n’a pas d’existence légale jusqu’à ce qu’il soit opéré, puis classifié en tant que fille ou garçon. Il n’existe tout bonnement pas, le droit français refuse de le reconnaître. Les parents sont donc pressés de choisir rapidement et arbitrairement le sexe de leur enfant.

Le second problème, non moins grave, est éthique, car l’opération médicale qui s’ensuit relève de la mutilation génitale, à la limite de la barbarie. Afin de constituer le sexe de l’enfant, les pratiques chirurgicales ressemblent à l’excision, parfois même au viol, deux pratiques interdites en France. Les conséquences psychologiques sont toujours importantes pour l’enfant et ses proches.

La Suisse s’érige sans conteste comme le modèle à suivre et représente le pays le plus avancé pour les droits des intersexes. Un moratoire contre les opérations systématiques à la naissance des bébés intersexués a été mis en place par les médecins. Ils suivent un traitement par hormones — réversible et moins traumatisant qu’une opération— et sont classifiés comme « fille » ou « garçon » sans que cette catégorie soit figée. Jusqu’à leurs 18 ans, les enfants intersexués ont le temps de la réflexion pour se faire opérer et choisir leur sexe… Ou d’ailleurs, ne pas choisir l’opération et rester tels qu’ils sont.

Aux États-Unis, les parents adoptifs d’un enfant né intersexué ont porté plainte contre les services sociaux et les prestataires de soins de Greenville, en Caroline du Sud. Ces derniers sont accusés d’avoir pratiqué une opération chirurgicale inutile afin d’assigner le sexe de l’enfant, alors âgé de 16 mois (WYFF4).

En complément vidéo, voici l’interview d’un chirurgien pédiatre sur l’intersexualité :

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