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Circoncision et infection urinaire : démantèlement d’un mythe

Circoncision et infection urinaire : démantèlement d’un mythe

Certains partisans de la circoncision justifient la pratique en affirmant qu’elle protège des infections urinaires. Il s’agit d’un argument fallacieux qui a malheureusement été largement diffusé et reste depuis ancré dans certaines mentalités.

L’origine du mythe

La théorie de la prévention des infections urinaires par la circoncision a été popularisée dans les années 1980 par les travaux du Docteur américain Thomas E. Wiswell.

Dans l’une de ses études, concernant 5261 enfants nés dans les hôpitaux militaires américains, il affirme que 1,4 % des enfants intacts sont exposés à cette infection, contre 0,14 % des enfants circoncis. [1]

Les recherches de Wiswell ont ensuite été diffusées dans les revues scientifiques et populaires américaines, contribuant ainsi au développement de la circoncision des nouveau-nés aux États-Unis.

Docteur Thomas Wiswell

Thomas E. Wiswell.

Des études douteuses

Les études de Wiswell ont été très critiquées en raison de nombreuses failles méthodologiques.

De nombreux facteurs n’ont en effet pas été pris en compte par l’auteur.

Les parents d’enfants intacts ont notamment pu être mal instruits par les médecins : si le prépuce a été rétracté de force, des bactéries pathologiques pourraient s’être introduites dans l’urètre. D’autre part, si du savon a été utilisé pour laver le pénis, la flore microbienne protectrice a pu être détruite.

Ces mauvaises manipulations du prépuce sont encore très courantes aujourd’hui et l’étaient encore plus à l’époque des études, il y a quelques décennies, surtout aux États-Unis.

On sait aujourd’hui que ce sont les recommandations préjudiciables faites dans ces études qui sont à l’origine de ces infections, et non le prépuce lui-même.

De plus, Wiswell est un partisan avéré de la circoncision. En 1998, l’association américaine NOCIRC a demandé à des médecins ce que cela leur coûterait s’ils changeaient d’avis sur la circoncision. Wiswell a répondu :

Un million de dollars.

Probablement ce qu’il estimait que la circoncision lui rapporterait dans sa carrière. [2]

Les études postérieures montrent un résultat contraire

D’autres études publiées quelques années après celles de Wiswell ont conclu que la circoncision n’était pas recommandable pour prévenir les infections urinaires. [3-6]

Plusieurs études israéliennes ont même rapporté une augmentation du taux d’infection urinaire durant la période suivant la circoncision rituelle. [7-11]

Mueller et al. (1997) n’ont pas trouvé de différence dans l’incidence d’infection urinaire entre les garçons circoncis et les garçons intacts. [12]

De plus, on sait aujourd’hui que le prépuce a un rôle protecteur et immunologique qui protège des agents pathogènes.

Un argument absurde pour circoncire un enfant

Même si les partisans de la circoncision disaient vrai, l’ablation du prépuce chez un enfant sain pour prévenir d’une potentielle future infection urinaire ne pourra jamais être justifiée en raison de l’éthique médicale et du bon sens.

En effet, une infection urinaire se soigne facilement au moyen d’antibiotiques, sans perte de tissus. [13-15] Ce traitement est valable pour les garçons comme pour les filles, qui sont bien plus sujettes à ce type d’infection [16] sans que personne ne propose de pratiquer sur elles une opération chirurgicale pour prévenir cette infection.

De plus, si Wiswell disait vrai, il faudrait un grand nombre de circoncisions pour prévenir une seule infection urinaire et ces circoncisions entraîneraient des complications beaucoup plus graves.

Une infection urinaire dérange seulement un individu sur 100 bébés garçons et se traite facilement avec des antibiotiques. Même si la circoncision aidait, il faudrait statistiquement 111 circoncisions pour prévenir une infection urinaire facilement traitée. Certains de ces 111 garçons souffriraient de complications dues à la circoncision beaucoup plus graves qu’une simple infection urinaire. – Docteur George Denniston (17)

Enfin, l’ablation de tissus sains pour une raison prophylactique est une violation du droit à l’intégrité physique de l’enfant.

Conclusion

La circoncision n’est ni efficace ni adaptée pour prévenir ou soigner une infection urinaire.

L’utilisation d’antibiotiques est efficace, plus sûre et moins contraignante qu’une opération chirurgicale.

La circoncision pour prévenir une infection urinaire est également contraire à l’éthique médicale et aux droits de l’enfant.

Pour aller plus loin, voir cet article de référence (en anglais) : Circumcision and urinary tract infection.

Notes et références

1. Wiswell TE, Smith FR, Bass JW. Decreased incidence of urinary tract infections in circumcised male infants. Pediatrics 1983 may;75(5):901-3.

2. NOCIRC Annual Report, Spring 1999.

3. Altschul MS. The circumcision controversy (editorial). Am Fam Physician 1990;41:817-820.

4. Thompson RS: Does circumcision prevent urinary tract infection? An opposing view. J Fam Pract’ 1990; 31: 189-96.

5. Bollgren I, Winberg J. Letter. (Rebuttal of Edgar J. Schoen) Acta Paediatrica Scandinavia 1991; 80:575-7.

6. Chessare JB. Circumcision: Is the Risk of Urinary Tract Infection Really the Pivotal Issue? Clinical Pediatrics 31(2):100-4, Feb. 1992. Department of Pediatrics, Medical College of Ohio, Toledo 43699.

7. Amir J. et al. Circumcision and Urinary Tract Infections in Infants. Am J Dis Child (1986), vol. 140, p. 1092.

8. Cohen, H. et al. Postcircumcision Urinary Tract Infection. Clinical Pediatrics (1992), pp. 322-4.

9. Goldman M, Barr J, Bistritzer T, Aladjem M. Urinary tract infection following ritual jewish circumcision. Israel Journal of Medical Sciences 1996;32(11),1098-102.

10. Van Howe RS. Effect of confounding in the association between circumcision status and urinary tract infection. J Infect 2005;51(1):59-68.

11. Dario Prais, Rachel Shoov-Furman, Jacob Amir. Is ritual circumcision a risk factor for neonatal urinary tract infections? Arch Dis Child Published Online First: 6 October 2008 doi:10.1136/adc.2008.144063

12. Mueller ER, Steinhardt, G., Naseer S. The incidence of genitourinary abnormalities in circumcised and uncircumcised boys presenting with an initial urinary tract infection by 6 months of age. Pediatrics 1997;100(Supplement): 580.

13. Ginsburg CM, McCracken, Jr. GH. Urinary tract infections in young infants. Pediatrics 1982;69(4):409-412.

14. McCracken GH. Options in antimicrobial management of urinary tract infections in infants and children. Pediatr Infect Dis J 8(8), Aug 1989; 552-555.

15. Frisch et al.: Cultural Bias in the AAP’s 2012 Technical Report and Policy Statement on Male Circumcision, Pediatrics 2013.

16. Mårild S, Jodal U. Incidence rate of first–time symptomatic urinary tract infection in children under 6 years of age. Acta Paediatr 1998;87(5):549–52.

17. Article en ligne sur Ask Men

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