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Un pédiatre blesse un enfant par la mauvaise pratique du décalottage

France – En 2018, suite à son hospitalisation pour une crise d’asthme sévère, un enfant de 9 ans subit un décalottage de la part du chef du service de pédiatrie, sans aucune explication préalable ou recueil du consentement, et alors qu’il s’agissait d’une consultation pour savoir s’il pouvait quitter l’hôpital. D’après l’infirmière, ce « décalotteur en série » pratique cet acte sur tous les garçons qu’il examine. Blessé, l’enfant pleure et a mal plusieurs jours durant.

enfant peur decalottage

Image d’illustration.

Vous avez vécu une situation similaire et souhaitez témoigner ? N’hésitez pas à contacter Droit au Corps. À lire également : Le médecin, le décalottage de mon fils, le droit et moi

La maman contacte Droit au Corps :

« Bonjour, suite à une hospitalisation pour une crise d’asthme sévère mon fils de 9 ans a subi un décalottage forcé sans aucune demande ou explication préalable, pendant une consultation d’un pédiatre afin de savoir s’il pouvait quitter l’hôpital ou non. Ce docteur pratique cet acte sur tous les garçons qu’il examine, d’après l’infirmière, en prônant qu’il rend service ! Mon fils a pleuré quand il a quitté la pièce car il a eu mal et parce qu’il était très mal à l’aise qu’on lui baisse le pantalon et le touche ainsi devant tout le monde. Il a mal en allant aux wc et ne veux pas recroiser le docteur. Les blagues du pédiatre en plus était de mauvais goût, et il avait même prescrit une pommade que JE devais lui appliquer en « massouillant »… Bref, j’aimerais connaître les démarches à suivre, s’il vous plait, pour que ce docteur ne puisse plus agir de la sorte. Je m’en veux terriblement d’avoir fait confiance en ce qu’il disait et de ne pas avoir pu intervenir, ni d’avoir rien dit après. Merci pour les renseignements sur votre site ! Cordialement »

Suite au premier niveau d’assistance de Droit au Corps, les deux parents répondent :

« Bonjour, Je réponds seulement aujourd’hui car nous avons essayé de passer quelques jours à changer d’air pour que notre fils sorte sa colère et pour lui remonter le moral.

Je voulais tout d’abord vous remercier pour vos réponses et votre soutien.

. Merci à l’association Droit Au Corps pour votre réponse très complète, vos conseils et vos contacts.
. Merci au Dr X car c’est votre rapport justement qui m’a permis d’y voir clair en sortant de l’hôpital et merci également pour le diaporama.
. Merci au Dr Y pour les conseils aussi et le lien pour les démarches.
. Merci particulièrement à Z également pour vos conseils et retour d’expériences. Votre site et le livret vont nous être très utile, j’ai déjà commencé à rassurer notre fils grâce à vous.

Je m’excuse d’avance pour la longueur du mail et l’unique réponse à tous vos mails mais il me semblait plus judicieux de regrouper mes réponses en un seul point.

Je vais  dans un premier temps répondre aux questions :

– Il s’agit de l’hôpital X [France], et c’est le chef de service en pédiatrie, le docteur A qui est en cause.

– Oui nous sommes d’accord pour un témoignage

– Oui, nous avons pensé à emmener notre fils voir un psychologue, mais il refuse d’en parler à qui que ce soit pour le moment. Mon mari et moi nous posons plusieurs question vis-à-vis de cela justement :

. Doit-on insister ?

. Doit-on nous-même exposer les faits au psychologue ou laisser notre fils en parler s’il le veut et au moment voulu ?

Est-il possible que cet acte soit vu comme violent et traumatisant pour nous mais pas autant pour lui, et dans ce cas ne risque t-on pas d’aggraver son ressenti ? J’ai appris que, dans ma famille, presque tous les garçons y ont eu droit ! Moi je trouve cela choquant, violent et traumatisant (même humiliant car il y a eu beaucoup de blagues et de rires pendant qu’il souffrait !), mais peut-être que mon fils va plus vite passer à autre chose que moi ? J’ai quand même des gros doutes car il est hypersensible…

– Oui, je lui ai tout de suite expliqué que le comportement du docteur était déplacé et violent mais que c’était un docteur, qu’il ne se rendait sûrement pas compte de ce qu’il faisait car pour lui l’intimité n’existe sûrement pas car il voit beaucoup de monde et que c’est son métier. Mais mon discours qui se voulait rassurant à la base a beaucoup changé quand j’ai lu votre site. Je lui ai donc expliqué le lendemain que je m’étais renseignée et que cela n’aurait pas dû arriver avec toutes les explications que vous fournissez. Qu’il avait été victime d’un acte violent et traumatisant etc… Je lui ai aussi dit que mon mari et moi allions écrire un courrier pour que cela ne se reproduise plus et porter plainte. Mon mari a également beaucoup discuté avec lui.

Mon fils aurait aimé qu’on le fasse aussitôt pour que le lendemain il n’y ait pas un autre garçon victime… Par contre il refuse d’aller voir le docteur pour faire constater, même notre médecin de famille. Notre docteur est au courant et nous a confirmé que cela ne se faisait plus, mais en disant que de toute façon « c’était fait ! ».

Notre fils sait depuis longtemps que personne n’a le droit de toucher ou regarder son intimité sans son consentement, mais là c’était un docteur alors que je lui explique souvent que les docteurs ce n’est pas pareil. J’ai fait une énorme erreur en faisant confiance, ceci étant dû à l’éducation que j’ai reçu. J’ai changé mon discours depuis ! Et surtout, nous ne pouvions pas deviner qu’il allait faire cela. Dès que j’ai vu le pyjama baissé j’aurais dû intervenir, j’en ai parlé à mon fils, je lui ai demandé pardon d’avoir été dans l’ignorance et de ne pas être intervenu. Il avait beaucoup de colère envers moi ces derniers jours, je peux comprendre, donc on discute beaucoup…

– Avant d’avoir vos mails, nous avions téléphoné à l’Ordre des médecins du département. On nous a dit qu’il fallait d’abord écrire un courrier à la direction de l’hôpital, que eux ne pouvaient rien faire pour l’instant. Nous ne sommes pas encore sûrs des démarches à suivre pour porter plainte, car nous souhaitons que le médecin soit sanctionné pour notre fils et pour les futurs patients, mais sans que cela impacte trop notre fils. Nous pensions écrire au procureur de la république, et à l’ordre des médecins ?

J’avais commencé à rédiger un courrier pour l’hôpital (à savoir que le pédiatre en question est le chef du service pédiatrie), mais nous avons encore trop de questions sur la meilleure procédure. Nous allons nous rapprocher du contact juridique que vous nous avez donné.

Voilà, encore désolée pour la longueur du mail. Cordialement. »

Les parents joignent également cette description de l’événement :

Décalottage forcé sans autorisation ni demande ni même explication de la part du docteur sur notre fils de 9 ans à l’hôpital X

Lundi 23 avril 2018

Arrivée du Dr A avec deux infirmières (dont une stagiaire)

L’infirmière me fait remarquer que mon lit est collé à celui de mon fils en disant « Houlala, maman a dormi collé à son fils elle a eu peur hein… ». Le docteur lui, en rigolant aussi, demande à mon fils si la tétée s’est bien passée, mon fils ne comprend pas la question, alors il lui demande si il a réussi à prendre le lait au sein de maman, si cela allait jusqu’à lui… Bref, mon fils commence à comprendre qu’il blague mais ne sais toujours pas quoi répondre. Je rappelle que mon fils a 9 ans, donc il doit trouver cela grotesque et infantilisant… et depuis plusieurs jours et nuits nous surveillons son taux d’oxygène dans le sang et sa respiration, j’ai cru le perdre après plusieurs jour en détresse respiratoire…

Il s’approche pour examiner mon fils, et là je le vois tout de suite baisser le bas de pyjama devant nous sans comprendre pourquoi (mon fils est à l’hôpital suite à une crise d’asthme sévère et nous attendons pour savoir s’il peut sortir ou non). Il demande s’il arrive à se décalotter (enfin « à sortir la tête ») , mon fils répond « oui je le fais un peu mais pas trop ». Les infirmières qui assistent à la conversation me parlent. Celle qui a l’habitude me dit « ah oui avec le Dr A c’est comme ça, tout le temps il faut qu’il vérifie ça, etc… »

Moi, j’ai déjà tourné la tête car je sais que mon fils est pudique, alors je ne le regarde pas pour ne pas le gêner davantage (trois personnes qui regardent me paraît déjà énorme), je laisse faire le docteur en pensant qu’il l’examine et que cela fait parti de la consultation… J’entends alors « bin voilà c’est fait, et à 9 ans tu attendais quoi pour sortir la tête hein ? » Je comprend qu’il vient de le décalotter ! « D’ailleurs c’est comme tes cheveux, tu vas les garder long comme ça ? C’est quoi ça ? »

Et là, je regarde mon fils qui a le pyjama complètement baissé : le Dr lui dit que « ça saigne un peu » que « c’est normal », que cela doit faire ça. Moi, j’explique que mon fils avait justement déjà saigné un peu une fois quand il l’avait fait lui et que c’est pour ça qu’il ne voulait pas trop le faire. Le docteur explique que c’est important, que sinon à 14 ans on va devoir lui couper la peau qui dépasse et qu’il devait le faire, et il blague de nouveau sur l’âge de mon fils et le fait qu’il n’avait pas encore décalotté lui-même, tout en lui remontant le bas de pyjama. Le Dr dit « je sais qu’il n’est pas là pour ça mais c’est important car je ne veux pas qu’un jour tu me dises « personne me l’a dit avant et maintenant c’est trop tard ». »

À ce stade je suis perdue, j’ai mal pour mon fils qui saigne et je sais qu’il a mal vécu le moment, mais je suis presque reconnaissante envers ce Dr car, grâce à lui, mon fils ne sera pas opéré plus tard… Le Dr demande alors à la stagiaire « comment sait-on si une personne respire bien » et une série de questions suivront, moi je vais voir mon fils pour lui demander si ça va. Il a mal et ne dis rien sauf « maman j’ai le droit de sortir alors ? »

Avant de partir, le Dr dit à mon fils « tu auras une tache de sang dans la culotte c’est normal » et il dit à l’infirmière de prescrire une pommade. Puis il vient de nouveau vers mon fils et m’explique que je vais devoir appliquer une pommade, et qu’il faut que mon fils s’entraîne à décalotter. Il me montre le pénis de mon fils en expliquant comment lui appliquer la pommade au bout « je ferme et je bouge bien pour que la pommade se répartisse ». En moi-même je pense « mais il est malade, à 9 ans je ne vais pas appliquer une pommade ici à mon fils » et je me dis que mon fils le fera lui même. Le Dr continuera les blagues sur le fait que sortir la tête c’est bien, surtout sur la Côte d’Azur car c’est mieux d’avoir une décapotable etc…

Il dira avant de partir que, comme on est sympa, il nous accorde une permission de sortie pour la journée et que nous devons revenir pour la nuit car mon fils doit passer une nuit sans oxygène avant de sortir définitivement. Une fois partis, mon fils est blême et je le vois démoralisé : en discutant avec lui je demande ce qui ne va pas. Il pleure et me dit qu’il a mal (il se tient le pénis depuis que le Dr l’a examiné), et qu’il était très mal pendant la consultation, en me précisant « il ne m’a même pas ausculté comme l’autre Dr, écouté ma respiration, mon cœur, rien de tout ça ! Pourquoi ? »

Plus tard, mon fils voudra à plusieurs reprises se cacher pour ne plus le voir. Heureusement le lendemain matin nous avons eu de nouveau l’autre Docteur qui nous avait reçu, et elle nous a bien conseillé sur son asthme et le traitement à prendre. Elle a également envoyé un courrier au pneumologue avec qui nous avions déjà pris rendez-vous avant que la crise se déclenche.

Notre fils a eu mal deux jours en allant aux WC. Nous sommes d’ailleurs sortis de l’hôpital sans cette fameuse pommade ! Mon fils refuse de se doucher car il a peur d’avoir mal et appréhende d’aller aux WC.

Je m’en veux terriblement de ne pas être intervenue, de ne rien avoir dit, d’avoir fait confiance à ce Docteur A ! Mon fils et moi n’avons pas eu le choix, nous avons été tous deux surpris de cette intervention et impuissants face à cet acte que je qualifierais d’agressif et violent, aussi bien physiquement que psychologiquement.

Note : les liens url ont été ajoutés par Droit au Corps.

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