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Témoignage : une circoncision qui tourne au cauchemar

Un homme camerounais nous a récemment contactés pour nous faire part de son témoignage concernant la circoncision qu’il a subie étant enfant. Souhaitant conserver l’anonymat, son prénom a été changé.

Drapeau du Cameroun

Au Cameroun, 93 % de la population masculine est circoncise. [1]

Note : Les témoignages publiés par Droit au Corps ont été sélectionnés pour leur intérêt, même s’ils ne reflètent pas nécessairement les positions de l’association.

TÉMOIGNAGE

« Je suis John, 32 ans, de nationalité camerounaise. Je vis actuellement à Douala. Il faut préciser que depuis mon accident, c’est la toute première fois que je fais ce genre de témoignage. Car je ne me sentais pas encore prêt.

Vous pourrez publier mon témoignage mais anonymement.

Ma vie bascule à 5 ans quand mon père décida de me circoncire. Il faut dire que la circoncision est une tradition dans notre famille et pour justifier cette gangrène on nous fait croire que pour être homme il faut subir la circoncision.

Impuissant, cet après-midi-là on m’a fait prendre un bain et on m’a allongé sur une table. Le plus choquant dans cette histoire est qu’on a donné la responsabilité de cette opération à un oncle qui connaissait à peine la médecine.

Après avoir anesthésié mon pénis, je l’ai vu tiré mon prépuce et immédiatement j’ai fermé les yeux. Ce sont les cris des uns et des autres qui ont annoncé le drame : je venais de perdre mon prépuce.

Quand j’ai ouvert les yeux j’ai vu le sang jaillir de mon pénis, c’était la panique générale. En réalité mon oncle venait de couper mon pénis en deux, au même moment j’ai vu l’autre partie sur la table. Je me suis mis à pleurer en implorant ma pauvre mère de ne pas me laisser tout seul. Car j’avais peur et je ne savais pas ce qui m’arrivait, j’étais tout naïf.

On m’a immédiatement amené à l’hôpital et mis sous perfusion. On m’a endormi et à mon réveil j’ai vu mon pénis avec un gros pansement. J’ai passé un mois à l’hôpital. De retour à la maison j’ai constaté que mon pénis était différent de celui de mes frères car au bout de mon pénis il y avait une plaie rouge et je le trouvais trop court.

J’ai grandi avec cette douleur morale. Je ne voulais plus qu’on voit mon pénis au vu des multiples questions qui me rendaient nerveux. Le plus difficile a commencé quand j’ai voulu m’intéresser aux jeunes filles à partir de 18 ans, je n’allais jamais au-delà des embrassades de peur de ne pas pouvoir satisfaire ma compagne. Je passais certaines nuits à méditer sur mon sort. Je me posais sans cesse les questions. Est-ce que j’aurai des enfants un jour ? Est-ce que je pourrai me marier ? Est-ce je pourrai satisfaire une femme ?

Toutes ces questions m’ont propulsé vers ma première relation sérieuse. Lorsque ma compagne a vu mon pénis pour la première fois elle m’a posé la question de savoir si j’étais embarqué dans une secte.

Ma deuxième expérience sexuelle survient à 22 ans. Je me sentais inférieur, car la longueur de mon pénis était très négligeable. A l’issu de notre premier acte sexuel elle m’a consolé en me disant que le plus important, c’est que je ressente quelque chose, mais au fond de moi je savais qu’elle n’était pas satisfaite. La preuve en est que quelques mois après elle me quitta.

Récemment j’ai noué une nouvelle relation amoureuse, mais je suis complexé par la taille de mon pénis qui inquiète de plus en plus. J’ai donc pris l’initiative d’allonger mon pénis, je voudrais avoir une vie sexuelle. J’ai commencé le traitement mais il est lent car mes moyens financiers sont limités. Il me faut 1000 euros pour couvrir mes soins médicaux. Ça commence à aller, j’ai vu un petit changement sur mon pénis, mais c’est à l’issu du traitement que je pourrais apporter une réponse exacte.

NB : On remarque toujours une plaie sur le bout de mon pénis. Elle se cicatrice à peine.

J’ai envoyé des photos de mon pénis et je suis disposé à répondre à toutes les questions.

J’aimerais travailler pour notre cause en m’occupant de l’Afrique. Il serait question pour moi d’aller de pays en pays rechercher les cas qui veulent témoigner et faire aussi des photos. Dans les coins reculés il n’y a pas Internet, j’irais filmer et recueillir des témoignages. »

ENTRETIEN

Droit au Corps : Tu dis que ton pénis a été coupé en deux, peux-tu être plus précis ? On a du mal à distinguer sur les photos.

John : La mauvaise qualité des photos s’explique par le fait qu’elles ont été prises par mon téléphone portable. Bref je vais en essayer d’autres. Mon pénis est divisé en deux, cela veux dire que je suis resté avec un pénis à moitié, le côté qui longe vers le prépuce a été retiré et au bout de ce qui me reste comme pénis il y a une plaie qui se cicatrice lentement.

Donc si je comprends bien tu n’as plus du tout de gland ? Comment a-t-on fait pour te soigner ?

Effectivement, je n’ai plus de gland. On m’avait placé une perfusion. Et immédiatement on a fait un pansement. En réalité si je suis encore en vie c’est un miracle, parce que j’ai effectivement perdu beaucoup de sang.

Peux-tu avoir une érection ? Peux-tu éjaculer ? Ressentir du plaisir ?

J’ai l’érection mais elle est faible et je peux éjaculer. Mon inquiétude n’est pas au niveau de mon plaisir, mais plutôt au niveau du plaisir de celle avec qui je fais l’amour. Est ce qu’elle sera satisfaite au regard de mon érection faible et à la petite taille de mon pénis ?

Peux-tu nous en dire plus sur ta vie au Cameroun et la manière dont tu te bats contre la circoncision ?

Je suis Community Manager [Gestionnaire de communauté] dans une structure ici à Douala. Pour les témoignages je me bats tous les jours à sortir les victimes de leur silence, malheureusement je me heurte à leur crainte, car ils ont peur d’être reniés par leur famille s’ils témoignent. Ici la circoncision est une tradition.

Voyez-vous le combat n’est pas facile. Donc mon combat de tous jours, c’est de leur redonner confiance. Je vis comme un étranger dans mon pays, il y en a qui m’évitent, il y en a qui me traitent de sorcier. Au niveau de mon service je n’en ai parlé à personne de peur d’être révoqué de mes fonctions. Je parle de circoncision avec mes amis d’enfance qui connaissent ma situation, pour eux : « on est homme dès lors qu’on a subi la circoncision. » Je suis seul à mener ce combat, on dirait même qu’ici ce débat est tabou. C’est malheureux. Par contre au nord du Cameroun on ne pratique pas la circoncision, mais les moyens financiers ne permettent pas que j’arrive de ce côté là, car on n’y va en train et c’est très coûteux. Je pouvais avoir un soutien du nord mais hélas c’est impossible. Pour mes parents rien à faire, je dois vivre avec, car c’est un accident. Donc ils ne m’apportent pas leur soutien.

Merci à John pour son témoignage et son courage.

Rappelons que le taux de complication suite à la circoncision oscille entre 0,4 et 2 % lorsqu’elle est pratiquée dans un établissement de santé et probablement de 35 % à 48 % en dehors. [2]

Les complications sont nombreuses : hémorragie, infection jusqu’à amputation totale ou partielle du gland, entre autres. On recense également certains décès causés, directement ou indirectement, par la circoncision.

Voici un article médical sur les accidents de la circoncision à Yaoundé, au Cameroun, que John nous a communiqué : lire l’article.

Tout comme dans le cas de John, la plupart des circoncisions ne sont pas pratiquées dans un but thérapeutique ; par déduction, on peut donc dire que toutes les complications qui en découlent sont évitables.

Références :

1. Conseil National du Sida, 2007 : voir l’article.
2. Castagnola C, Grapin-Dagorno C, Le Coz P, « Ethique professionnelle et circoncision rituelle », table ronde du congrès de l’AFU, Paris, 23 nov 2012.

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