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Alain, circoncis enfant : « J’ai longtemps gardé de la colère »

Circoncis lorsqu’il était enfant, Alain (le prénom a été changé) a tenu à témoigner sur la manière dont il a vécu l’opération et où il en est quelques décennies plus tard.

Alain témoigne sur sa circoncision

Image d’illustration.

TÉMOIGNAGE

« J’ai été circoncis à l’âge de 4 ou 5 ans et je garde un souvenir précis de l’avant, celui des sensations agréables et d’une grande douceur au toucher du prépuce.

Mon prépuce était serré et il était impossible de décalotter, ce qui inquiétait beaucoup ma mère qui m’a emmené consulter le médecin. Après quelques séances de décalottage forcé douloureuses, le médecin a dit qu’on devait m’opérer d’un phimosis et donc réaliser une circoncision. Bien entendu, je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait signifier exactement ni des conséquences qui en découleraient. Mes parents en étaient tout aussi ignorants et pensaient qu’il s’agissait simplement de l’ablation d’une peau, sans conséquences particulières. Devant mes interrogations sur ce qu’on allait me faire et sur l’aspect qu’aurait ensuite mon pénis, ils m’avaient proposé de profiter de la pause pipi à l’école pour regarder le pénis d’un camarade dont ils savaient qu’il avait eu droit à ce traitement. J’ai suivi leur conseil et cela ne m’a pas éclairé, mais j’ai compris que je devrais me contenter de ça. C’est donc plutôt inquiet que je suis arrivé au rendez-vous pour l’opération.

Avant la circoncision et en quelque sorte en compensation, mes parents avaient promis de m’offrir un petit cadeau de mon choix. Dans la vitrine d’un magasin de jouets, j’avais repéré des petits cyclistes en plastique peints de couleurs chatoyantes.

Je me souviens de l’opération, endormi avec un masque, et du rêve que j’ai fait pendant l’anesthésie : sur un fond rouge-orangé très lumineux, je vois les petits cyclistes. Je les trouve beaux. D’un seul coup, ils s’animent et se mettent à pédaler à toute vitesse.

Puis ce fut  le retour à la maison, enroulé dans une couverture pour ne pas prendre froid. Mes parents ont tenu leur promesse et j’ai eu deux ou trois petits personnages en plastique assis sur leur vélo. Ma mère m’avait fait porter une serviette de bain autour de la taille comme un pagne pour éviter le contact trop sensible du gland avec les tissus des vêtements. Ça ne me plaisait pas car ça faisait comme une jupe. Cependant, le contact du gland avec la serviette occasionné par les mouvements de la marche était douloureux et je devais donc adopter une démarche antalgique particulière pour m’éviter cette pénible sensation.
Un membre de ma famille m’avait demandé de lui montrer ce qu’on m’avait fait. J’avais honte et refusais, mais devant son insistance je me suis exécuté. J’ai détesté ce moment et me suis senti particulièrement humilié.

Puis ce fut le retour à la clinique pour faire enlever les points de suture, j’avais très peur d’avoir mal malgré les paroles rassurantes de mes parents et de l’infirmière.

Ensuite, j’imagine que j’ai dû faire avec ce nouveau moi et mes souvenirs sont devenus plus vagues.

Plus tard, à l’adolescence et avec la découverte de la masturbation, j’ai compris l’intérêt d’utiliser une crème hydratante pour cette activité, le coulissage de la peau étant assez limité en l’absence de prépuce. Le passage de la main sur le gland en érection est impossible car douloureux. Je n’acceptais pas ce pénis transformé et je craignais que cet aspect que je trouvais laid fasse fuir d’éventuelles partenaires. Une de mes belles-sœurs auprès de qui j’avais exprimé mes appréhensions m’avait affirmé que les femmes trouvaient les pénis circoncis très beaux. J’avais apprécié son empathie, mais ne l’avais pas crue.

J’ai longtemps gardé de la rancœur envers mes parents et de la colère d’avoir été opéré, d’autant plus que j’avais appris que, dans une grande majorité des cas, ces phimosis sont physiologiques et ne nécessitent donc pas d’intervention. Cela m’a rendu « militant » anticirconcision très tôt et j’ai toujours dénoncé autour de moi ce qui semblait à mes yeux un acte brutal et inutile.
Cela ne m’a pas empêché de mener une vie sexuelle satisfaisante pendant longtemps. L’altération de la sensibilité du gland et une certaine difficulté à parvenir à l’orgasme s’installant peu à peu, je me suis informé davantage. Sur des sites anti circoncision américains, j’ai découvert que l’on pouvait réaliser une restauration du prépuce et améliorer ainsi ses capacités sensitives. Je l’ai donc entamée de manière irrégulière, mais suffisante pour constater, lorsque je suis régulier, une certaine amélioration de la sensibilité du gland, et cela m’encourage à continuer encore aujourd’hui.
Parfois, les vêtements procurent des sensations d’inconfort, comme pour toutes les personnes circoncises je suppose, la friction du gland contre les tissus est désagréable et il arrive aussi que le méat reste légèrement collé au tissu et procure aussi de l’inconfort avec une sensation de brûlure. La restauration du prépuce est également un moyen de pallier ce problème. Remonter la peau restante au-dessus du gland et la faire tenir grâce à un sparadrap permet de me sentir à l’aise et protégé comme dans une maison. J’imagine que c’est ce que ressentent, sans s’en rendre compte, les personnes dont le pénis n’est pas circoncis.

Un phénomène particulier cependant ne s’est pas amélioré. Au moment de l’orgasme, il m’est arrivé de ressentir au niveau du gland, une douleur telle que je suis obligé soit de me retirer soit d’obliger ma partenaire à cesser tout mouvement. C’est évidemment très désagréable et ne me permet pas de profiter de ce moment de plénitude.
J’étais persuadé que cela pouvait arriver à tous les hommes. J’ai été extrêmement surpris en lisant un article du Professeur McGrath, anatomiste néo-zélandais, de comprendre qu’il n’en était rien et que seuls les hommes circoncis sont concernés par ce trouble. En effet, le prépuce permet, grâce à un système nerveux particulier, d’inhiber cette douleur chez les hommes non circoncis qui peuvent ainsi terminer agréablement le rapport sexuel.
Il serait intéressant de savoir si les personnes ayant réalisé une restauration du prépuce ne ressentent plus ce phénomène très inconfortable. Ce serait une bonne nouvelle, mais je crains qu’il n’en soit rien. La restauration du prépuce donne certes la possibilité de couvrir à nouveau confortablement le gland lorsque le pénis est au repos, mais ne permet de retrouver ni le réseau nerveux sophistiqué, ni les tissus à la structure particulière (peau à l’extérieur et muqueuse à l’intérieur) du prépuce d’origine.

Peut-être les travaux de recherche menés actuellement par des scientifiques italiens sur la régénérescence des cellules du prépuce permettront-ils un jour de retrouver un prépuce proche par ses qualités de celui qui a été enlevé ? »

Note : les liens insérés dans le texte l’ont été par Droit au Corps.

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