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Le prépuce est « l’unité sensorielle principale du pénis »

Dans cet entretien vidéo, l’anatomiste néo-zélandais Kenneth McGrath présente ses recherches sur le prépuce et explique certaines des conséquences de la circoncision.

Aujourd’hui retraité, le Professeur McGrath a été maître de conférences en pathologie à la faculté des sciences de la santé de l’université technologique d’Auckland et membre de l’institut des scientifiques de laboratoire médical de Nouvelle-Zélande, avec une qualification de spécialiste en histopathologie.

Voici la vidéo sous-titrée en français, suivie de la transcription avec illustrations et liens :

Cet entretien a été réalisé par James Loewen à Berkeley (Californie), en 2010.

Articles (co)écrits par Kenneth McGrath sur le prépuce :

– The Frenular Delta: A New Preputial Structure
– Anatomy and histology of the penile and clitoral prepuce in primates

A lire également :

– Le prépuce, qu’est-ce que c’est au juste ?
– Le prépuce : partie la plus sensible du pénis (entretien vidéo avec le Dr Sorrells)

TRANSCRIPTION DE LA VIDÉO

« Mon domaine d’étude est l’anatomie. Il se trouve que j’enseigne la pathologie, mais je suis anatomiste de formation.

Mon intérêt [pour l’anatomie du prépuce] vient du fait que la Nouvelle-Zélande a eu un taux très élevé de circoncision et cette pratique me semblait très anormale pour l’individu comme pour la collectivité. Je suis donc devenu curieux et me suis demandé pourquoi cela arrivait, comme le fait la plupart des garçons. De fait, j’ai commencé à étudier cela assez tôt dans ma vie.

Plus mes recherches avançaient, plus cela me semblait anormal et insensé. Il ne semblait pas y avoir de justification médicale à cette pratique. Voilà donc le contexte de mes recherches.

[Pour étudier le tissu en détail], nous devons utiliser des méthodes histologiques. L’histologie est une branche de la pathologie, qui étudie le tissu dans sa forme naturelle. Le terme vient du grec qui signifie “toile”, “filet” ou “tissu”. Donc on découpe le tissu en très fines tranches, on les déposes sur des lames et on les examine au microscope afin d’analyser l’architecture des cellules, la manière dont elles sont organisées. La plupart des gens sont familiers avec ces images montrant la manière dont la peau est organisée. C’est comme ça que c’est fait. Il faut ensuite prendre les images en deux dimensions que l’on voit dans le microscope pour fabriquer une image en trois dimensions. Ces dernières années, bien sûr, les choses ont progressé de façon considérable. Grâce aux ordinateurs et aux microscopes confocaux, on peut maintenant produire de magnifiques images des tissus en trois dimensions. »

Le prépuce, un organe à part entière

« Ce qui m’a frappé à propos [du tissu du prépuce], c’est sa similarité avec celui du bout des doigts, avec un haut niveau d’innervation, beaucoup de tissu sensoriel, et le fait qu’il soit bien plus complexe qu’une simple extension de la peau de la hampe du pénis, alors que la plupart des gens le voit comme tel : “un rabat recouvrant le gland, pour le protéger.” Ce n’est pas le cas. »

Prépuce interne, externe, frein et bande striée

Illustration du prépuce mis à plat. De haut en bas : frenulum (frein), prépuce interne, bande striée, prépuce externe (Crédit : Foregen).

« Je considère [le prépuce] comme un organe à part entière, parce qu’il a au moins deux fonctions majeures.

La première fonction est mécanique. [Le prépuce] fournit au pénis un système de roulement que vous n’auriez pas autrement. Il lui fournit aussi le “surplus” de tissu nécessaire pour les changements de taille, parce que le pénis s’agrandit. Si la peau avait une taille fixe, alors un inconfort très notable résulterait du fort étirement nécessaire pour s’adapter au doublement en taille qui se produit durant l’érection. Le prépuce permet donc cette adaptation. Je pense que c’est le mot que l’on utiliserait pour décrire les changements en taille.

La seconde fonction majeure est sensorielle. Cela est devenu évident pour nous, au cours des quinze dernières années environ, depuis que John Taylor et son équipe ont publié les résultats de leur étude [en 1996]. Cette prise de conscience est survenue même si les gens ne se sont pas stoppés pour réfléchir à ce qu’ils ressentaient eux-mêmes, s’ils étaient intacts. Moi-même, je ne me suis pas vraiment arrêté pour analyser ce que je ressentais. Mais le microscope nous a révélé que le prépuce a une fonction sensorielle très importante. Je tends à croire, en fait j’en suis convaincu, que [le prépuce] possède la plus haute concentration de terminaisons nerveuses sensorielles du corps masculin.

Donc [le prépuce] ne peut pas être ignoré ou décrit comme “un simple bout de peau.” »

Singularité du pénis humain

« Les mâles et les femelles se développent à partir du même tissu embryologique. Il y a deux cheminements possibles pour le développement de ce tissu : sous l’influence de la testostérone chez les mâles et sans cette influence chez les femelles. Oui, la plupart des embryologistes diraient qu’il y a des analogies nettes entre les [organes sexuels mâle et femelle]. Les tissus labiaux, par exemple, sont considérés comme analogues au scrotum, et bien sûr le pénis lui-même a pour analogue le clitoris. Le prépuce a aussi son équivalent chez la femelle. Il y a un prépuce femelle : le capuchon du clitoris. »

Comparaison des organes sexuels mâles et femelles

Dessins illustrant les analogies entre organes sexuels mâles et femelles, huit semaines après la fécondation puis à la naissance.

« La différence, et c’est l’un des grands mystères de l’anatomie, c’est que les terminaisons nerveuses du mâle sont organisées différemment de celles de la femelle.

C’est le mâle humain qui est extraordinairement unique : nous n’avons pas la même organisation que les autres primates. Les chimpanzés, par exemple, nos cousins les plus proches, n’ont pas le même agencement de nerfs sur le pénis que nous. C’est l’inverse, en fait. Les humains ont donc développé un pénis qui est complètement unique et ce qui me fascine, c’est que cela s’est produit sur une durée tellement courte : environ 4,5 à 5 millions d’années, c’est-à-dire un clin d’oeil à l’échelle de l’évolution. De grands mystères sont ainsi liés au pénis humain. »

Un tissu hautement spécialisé

« Le tissu sensoriel spécialisé que j’ai décrit est tout à fait fascinant. La peau du pénis est refermée (comme une fermeture éclair ordinaire) sur le dessous lorsque les couches de cellules se développent dans l’embryon. Cela s’appelle le raphé, cette petite ligne, cette couture qui remonte. Au sommet du pénis, elle devient un petit pont : le frenulum [frein], terme latin qui veut dire “la petite bride”. “Frenum” signifie “bride” (la bride d’un cheval) et un frenulum est une petite bride en cela qu’il attache le prépuce à la base du gland, par le dessous. »

Frein ou frenulum d'un pénis avec prépuce rétracté

Vue frontale d’un pénis humain avec prépuce rétracté : on distingue le frein reliant le prépuce au gland (Wikimedia Commons).

« Pendant de nombreuses années, les gens ont pensé que [le frenulum] était la seule vraie spécialisation à s’être produite, qu’il s’agissait d’un vestige de ce processus de fermeture de la peau telle qu’elle s’était développée, mais à présent nous avons réalisé que cette extraordinaire concentration de terminaisons nerveuses [dans le prépuce] est en relation de réciprocité avec le frenulum. Et à partir du frenulum, il y a drapée de chaque côté du pénis une bande de stries, de plis dans la peau, ce que John Taylor a appelé la bande striée. Il y a environ 11 ou 12 stries qui ressemblent beaucoup aux stries présentes sur le bout des doigts et s’étendent sur tout le diamètre du pénis, remontent dans le frenulum et terminent dans le prépuce interne sous la forme d’un delta triangulaire de peau que l’on a appelé delta frénulaire, lequel se situe sous le frenulum et est extrêmement innervé. La plupart des hommes identifie cela comme leur propre point G, la zone la plus sensible du pénis. »

Delta frénulaire mis en évidence sur un pénis au prépuce rétracté

Vues ventrale et latérale d’un pénis humain avec le prépuce rétracté : le delta frénulaire est délimité en gris clair (source).

« Dans cette zone, sur la bande striée et dans le delta frénulaire, on retrouve les mêmes terminaisons nerveuses spécialisées que dans le bout des doigts, mais en quantité dix fois supérieure, je dirais. Leur nombre n’a pas encore été compté avec précision, mais le nombre de faisceaux de nerfs qui les relient est connu et il est très impressionnant.

Le prépuce est donc sans aucun doute l’unité sensorielle principale du pénis. Lorsqu’il est retiré, c’est au moins 50 % de la capacité sensorielle qui est retirée. Aussi l’effet est-il dévastateur pour la capacité sexuelle de l’organe, comme cela est bien connu depuis des siècles. C’est donc un organe fascinant du point de vue neurologique et son agencement spécialisé est la raison pour laquelle on ne peut pas considérer le prépuce comme étant juste de la peau ordinaire. Ce n’est pas le cas : il est hautement spécialisé. Par conséquent, du fait des deux fonctions que j’ai mentionnées, c’est un organe à part entière. »

Circoncision : jusqu’à 80 % de tissu sensoriel perdu

« De par sa nature même, la circoncision supprime 50 % de la peau du pénis, parce que 50 % de cette peau compose le prépuce. C’est une parcelle de peau considérable, de la taille d’une carte d’identité chez l’adulte. »

Surface du prépuce comparée à celle d'un iphone 5

Comparaison de la superficie du prépuce avec celle d’un téléphone portable (crédit : Foregen).

« Cette quantité de peau retirée contient l’intégralité de la bande striée et la plupart du delta frénulaire. Le frenulum peut être retiré ou pas : certains chirurgiens considèrent que c’est un désagrément et qu’il doit être “extirpé”, comme ils disent, “éradiqué”. D’autres le laissent en place, et ceux-là laissent une partie du delta frénulaire et donc du point G, mais ceux qui le détruisent complètement retirent l’intégralité du tissu sensoriel spécialisé.

Lorsque ce grand nombre de faisceaux nerveux qui alimente ces terminaisons nerveuses est coupé, vous obtenez alors la réponse standard propre aux axones coupés (véritables « câbles » du système neural) : les corps cellulaires des neurones sensoriels, positionnés sur la moelle épinière, doivent alors essayer de faire une sorte de contrôle des dégâts. Si vous coupez une partie quelconque de votre peau en touchant des faisceaux nerveux, alors les cellules nerveuses vont tenter de se reconnecter et de revenir à leur position d’origine, et un processus bien connu et bien décrit se produit : elles vont envoyer des cônes de croissance depuis le moignon vers l’endroit où elles étaient connectées à l’origine. La portion du nerf située en aval de la coupure est bien sûr déconnectée de la cellule et donc de son support, elle devient nécrotique et est nettoyée par le système immunitaire, puis emportée.

Dans le cas de [la circoncision], un morceau de peau majeur a été enlevé. La zone cible, c’est-à-dire les terminaisons nerveuses auxquelles ces câbles (les axones) étaient originellement connectés, a été retirée. Donc [les câbles] ne peuvent pas trouver leur extrémité d’origine. Les cônes de croissance, dans leur dynamique, se heurtent donc au tissu cicatriciel qu’ils ne peuvent pas pénétrer, et alors soit ils dépérissent complètement, soit ils forment un nœud de cônes de croissance qui ne peut transmettre que de la douleur. C’est ce qu’on appelle un neurinome de douleur du tissu cicatriciel.

La circoncision retire 50 % de la peau du pénis et, malheureusement, la partie la plus importante de la peau : l’extrémité fonctionnelle et non pas la base qui importe peu. Elle retire aussi plus de 50 % des terminaisons nerveuses sensorielles parce que celles-ci sont concentrées dans la bande striée et dans le delta frénulaire, qui sont automatiquement détruits par la circoncision. Il est probablement plus raisonnable de penser que la quantité de tissu sensoriel perdue est plus proche de 75 % ou 80 %. »

Etude de Sorrells sur la sensibilité du prépuce 2007

En 2007, une étude a montré que les zones les plus sensibles du pénis se situent sur le prépuce : ce sont notamment la bande striée et le frein.

Prépuce et inhibition du gland

« L’impact fonctionnel de cela est que le signal sensoriel transmis à la moelle épinière et remontant dans le système nerveux central est alors fortement réduit.

Donc non seulement l’homme ne ressent pas tellement de sensations, mais comme le dit un ami et collègue, beaucoup d’hommes circoncis ne savent pas où leur orgasme se situe : ils n’ont pas assez de sensations pré-orgasmiques pour savoir comment la montée de sensation progresse, et l’orgasme chez beaucoup de ces hommes arrive plus ou moins par surprise.

Ensuite, la sensation de douleur et de température, sensation simple et protectrice bien que plutôt désagréable qui peut venir du gland lorsqu’il est au repos, est désactivée par la stimulation exercée par le prépuce du fait d’interneurones inhibiteurs situés dans la moelle épinière. Autrement dit, lorsque l’on a un flot de sensations assez important qui arrive dans la moelle épinière, cela déclenche les interneurones inhibiteurs qui désactivent et inhibent les récepteurs sensoriels du gland, de telle sorte que les hommes évitent les sensations désagréables au niveau du gland.

Que se passe-t-il alors chez l’homme circoncis ? Lorsque l’orgasme se produit et que les signaux sensoriels provenant [des restes] du  prépuce commencent à diminuer, ceux-ci deviennent insuffisants (moins de 50 %) pour maintenir l’inhibition du gland : l’homme ressent soudain une sensation des plus désagréables provenant du gland et veut un arrêt instantané du mouvement. Soit il s’est retiré de sa partenaire, soit il est toujours à l’intérieur et dit quelque chose comme “Pour l’amour de Dieu, stop ! Ne bouge pas, c’est insupportable !” C’est une caractéristique très commune chez les hommes circoncis et cela doit être bouleversant pour leurs partenaires d’avoir soudainement cette déconnexion de ce qui devrait être le moment le plus joyeux.

Cela a toujours été une difficulté pour moi de comprendre exactement ce qui se passe, mais nous croyons que cela se déroule ainsi. Il y a un terme pour cela, “dyspareunie” est l’un d’entre eux : la douleur pendant le rapport sexuel. Et cela concerne presque uniquement les hommes circoncis. Cela peut apparaître chez les hommes intacts lorsque le prépuce n’est pas aussi mobile qu’il devrait l’être. »

Question : Qu’en est-il des hommes circoncis qui disent : “Je ne pourrais pas supporter plus de sensations.” ?

« Je pense que lorsqu’ils disent cela, ils parlent de la sensation qui vient du gland, et le gland ne dispose pas de l’équipement neural permettant d’envoyer ce qu’on appelle des sensations tactiles fines. Il envoie seulement une sensation brute de terminaison nerveuse. En fait, l’équivalent le plus proche est la cornée de l’œil : on n’aime pas du tout les caresses sur la cornée de l’œil.

Si vous avez un cil sous la paupière, vous savez qu’il est là, mais vous ne savez pas exactement où il est, c’est terriblement dérangeant et vous voulez le retirer. C’est la même chose pour le gland : vous ne savez pas exactement où se situe [la sensation], parce que ce n’est pas vraiment un système en haute résolution, mais c’est très désagréable et cela se désactive lorsque l’homme est dans la phase pré-orgasmique.

Autrement dit, l’homme intact dispose d’un mécanisme servant à enlever cette sensation protectrice lorsqu’elle n’est pas nécessaire, pendant les rapports sexuels. Mais chez l’homme circoncis, elle revient au mauvais moment.

La conclusion naturelle de tout cela, c’est que pour éviter des lésions nerveuses, une perte de sensation et une vie de plaisir érotique, cet effet de douleur particulier et ainsi de suite, la première chose à ne pas faire est de circoncire. Il suffit de laisser les choses telles quelles. Bien sûr, l’évolution a trouvé le bon chemin : les garçons naissent chaque minute et chaque seconde de la journée avec un prépuce, et ils continueront de naître avec un prépuce. »

Traduction et sous-titrage : Droit au Corps.

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