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Circoncision et cancer du pénis : analyse d’un argument fallacieux

Circoncision et cancer du pénis : analyse d’un argument fallacieux

Certains partisans de la circoncision justifient la pratique en affirmant qu’elle protège du cancer du pénis. Il s’agit d’un argument fallacieux connu de longue date qui reste malheureusement ancré dans certaines mentalités.

L’origine du mythe

Le mythe selon lequel la circoncision rendrait les hommes immunisés au cancer du pénis a été inventé en 1932 par le docteur américain Abraham L. Wolbarst. [1]

Dans un article publié par la revue médicale The Lancet, Wolbarst mettait en cause le smegma comme étant cancérigène. [2] Son hypothèse n’avait absolument aucune base scientifique ou épidémiologique valide. [3]

Cet article a conduit à perpétuer ce mythe selon lequel les hommes circoncis durant l’enfance ne pourraient pas contracter le cancer du pénis, alors que Wolbarst lui-même préconisait la circoncision universelle des nouveau-nés principalement pour prévenir l’épilepsie, la paralysie et la masturbation. [3]

Il écrivait par exemple dès 1914, soit 16 ans avant sa théorie sur le cancer :

Il est du devoir moral de chaque médecin d’encourager la circoncision des jeunes. – Abraham L. Wolbarst [4]

Les partisans de la circoncision comme Wolbarst n’ont pas promu ce mythe parce qu’ils avaient un intérêt à réduire le cancer du pénis : ils l’ont utilisé en tant que tactique pour effrayer et pousser à la circoncision infantile. [3]

Abraham L. Wolbarst

Abraham L. Wolbarst

Une théorie mensongère

La théorie de Wolbarst a depuis été réfutée au fur et à mesure que des cas de cancer du pénis chez des hommes circoncis étaient rapportés. [5-15]

Les vrais facteurs de risque du cancer du pénis ont été découverts dans les années 1980 : il s’agit du virus du papillomavirus humain [16,17] et du tabac. [18, 19]

Maden et al. (1993) ont déclaré de manière abusive que la non-circoncision était un facteur de risque [6], mais Cold et al. (1997) ont découvert que Maden n’avait pas ajusté ses données au niveau de l’âge. Quand les données furent correctement ajustées pour l’âge, il n’y avait pas de différence de risque entre les hommes circoncis et intacts. [20]

Enfin, les données géographiques du monde réel démolissent également cette théorie. En effet, comme l’écrit Edward Wallerstein :

Si la circoncision infantile réduisait le cancer du pénis, alors on pourrait s’attendre à voir proportionnellement moins de cancer du pénis au sein des nations circoncises en comparaison des non circoncises. Aucune telle différence n’est constatée.  [21]

Wallerstein rapporte qu’entre 1966 et 1972, le taux annuel de nouveaux cas de cancer du pénis était de 0.8 pour les États-Unis (où le taux de circoncision est élevé), et de 0.5 pour la Finlande, 0.9 pour le Danemark et 1.1 pour la Norvège et la Suède (pays dans lesquels le taux de circoncision est bas). Aucune de ces différences ne sont statistiquement significatives. [21]

De plus, dans le même laps de temps, la France (où le taux de circoncision est bas) et les États-Unis avaient le même taux de mortalité dû au cancer du pénis : 0.3. [21]

Un argument de toutes façons non recevable pour circoncire un enfant

Même si les partisans de la circoncision disaient vrai, l’ablation du prépuce chez un enfant sain pour prévenir d’un potentiel futur cancer du pénis ne pourra jamais être justifiée en raison de l’éthique médicale et du bon sens.

Le cancer du pénis est rarissime : il touche seulement un individu sur 100 000 hommes âgés aux États-Unis [22] et ce taux est similaire au Japon, en Norvège et en Suède. [23]

Si la circoncision contribuait à quoi que ce soit, il en faudrait donc un grand nombre pour prévenir un seul cas de cancer du pénis et ces circoncisions entraineraient des complications beaucoup plus graves :

La circoncision de 100.000 hommes pour prévenir – peut-être – un seul cas de cancer du pénis coûterait de 75 à 100 millions de dollars. De l’argent qui serait mieux dépensé à soigner la victime du cancer elle-même. Parmi les 100.000 circoncisions, il y aurait des milliers de complications inévitables qui draineraient davantage de ressources médicales.  – Docteur George Denniston [24]

Enfin, l’ablation de tissus sains pour une raison prophylactique est une violation du droit à l’intégrité physique de l’enfant.

Raisonnement par l’absurde

La théorie des partisans de la circoncision part du principe que le smegma serait cancérigène. Si cette théorie était vraie, alors il faudrait également circoncire les filles puisqu’elles aussi sécrètent du smegma.

Suivant la même logique et sachant que le cancer du sein est 100 fois plus répandu que le cancer du pénis : doit-on procéder à l’ablation des seins chez toutes les filles pour prévenir cette grave maladie ?

Conclusion

La circoncision n’est ni efficace ni adaptée pour prévenir le cancer du pénis.

Le cancer du pénis est lié au papillomavirus humain, qui peut être évité sans ablation de tissu par le préservatif et la vaccination prophylactique.

La circoncision pour prévenir le cancer du pénis est également contraire à l’éthique médicale et aux droits de l’enfant.

 

Notes et références

Notes et références

1. Wolbarst, AL. Circumcision and penile cancer. Lancet 1932; 150-3.

2. Wolbarst A. Circumcision and Penile Cancer. The Lancet, vol. 1 no. 5655 (January 16, 1932): pp. 150-153.

3. Fleiss PM, Hodges F. Neonatal circumcision does not protect against cancer. BMJ 1996;312(7033):779-80.

4. Aldeeb Abu-Sahlieh, Sami A.: Circoncision masculine – circoncision féminine: débat religieux, médical, social et juridique, p. 259.

5. Boczko S, Freed S. Penile carcinoma in circumcised males. N Y State J Med 1979; 79(12):1903–4.

6. Maden C, Sherman KJ, Beckmann AM, et al. History of circumcision, medical conditions, and sexual activity and risk of penile cancer. J Natl Cancer Inst 1993;85(1):19–24.

7. Pec J Jr, Pec J Sr, Plank L, Plank J, Lazarova Z, Kliment J. Squamous cell carcinoma of the penis. Analysis of 24 cases. Int Urol Nephrol 1992; 24: 193-200.

8. Aynaud O, Ionesco M; Barrasso R. Penile intraepithelial neoplasia. Specific clinical features correlate with histologic and virologic findings. Cancer 1994; 74: 1762-7.

9. Bissada NK, Morcos RR, el-Senoussi M. Post-circumcision carcinoma of the penis. I. Clinical aspects. J Urol 1986; 135: 283-5.

10. Rogus BJ. Squamous cell carcinoma in a young circumcised man. J Urol 1987; 138: 861-2.

11. Windahl T, Hellsten S. Laser treatment of localized squamous cell carcinoma of the penis. J Urol 1995; 154: 1020-3.

12. Leiter E, Lefkovitis AM. Circumcision and penile carcinoma. N Y State J Med 1975; 75: 1520-2.

13. Onuigbo WI. Carcinoma of skin of penis. Br J Urol 1985; 57: 465-6.

14. Korczak D, Siegel Y, Lindner A. [Verrucous carcinoma of the penis.] Harefuah 1989; 117: 436-7.

15. Girgis AS, Bergman H, Rosenthal H, Solomon L. Unusual penile malignancies in circumcised Jewish men. J Urol 1973; 110: 696-702.

16. McCance DJ, Kalache A, Ashdown K, et al. Human papillomavirus types 16 and 18 in carcinomas of the penis from Brazil. Int J Cancer 1986;37(1):55–9.

17. Pow-Sang MR, Ferreira U, Pow-Sang JM, Nardi AC, Destefano V (August 2010). « Epidemiology and natural history of penile cancer« . Urology 76 (2 Suppl 1): S2–6. doi:10.1016/j.urology.2010.03.003. PMID 20691882.

18. Harish K, Ravi R. The role of tobacco in penile carcinoma. Brit J Urol 1995;75(3):375–7.

19. Hellberg D, Valentin J, Eklund T, Staffan Nilsson. Penile cancer: Is there an epidemiological role for smoking and sexual behavior. BMJ 1987;295(6609):1306-8.

20. Cold CR, Storms MR, Van Howe RS. Carcinoma in situ of the penis in a 76-year-old circumcised man. J Fam Pract 1997; 44:407–10.

21. Wallerstein, Edward. Circumcision: An American Health Fallacy. Springer-Verlag, New York, 1980.

22. Cutler SJ, Young JL Jr. Third national cancer survey: incidence data. Bethesda, Md. US Dept of Health, Education, and Welfare, Public Health Service, 1975

23. Wallerstein E (February 1985). « Circumcision. The uniquely American medical enigma« . Urol. Clin. North Am. 12 (1): 123–32. PMID 3883617.

24. Article en ligne sur Ask Men.

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