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La circoncision des enfants aux États-Unis (exposé video)

Ryan McAllister est chercheur en biophysique à l’Université de Georgetown.

En 2011, il présente un exposé intitulé Child Circumcision : An Elephant in the Hospital, dans lequel il parle de la circoncision des nouveau-nés aux États-Unis et des différents problèmes posés par la pratique.

Nous avions déjà publié cette vidéo l’année dernière sur notre chaîne youtube, mais cette nouvelle version possède des sous-titres de meilleure qualité :

>> Cliquez ici pour voir directement sur youtube avec sommaire interactif <<

Nous encourageons vivement le lecteur à partager un maximum cette excellente présentation qui constitue une très bonne initiation au sujet.

Nous remercions Ryan pour son travail, ainsi que toutes les personnes qui ont rendu cette traduction française possible.

Voici également la transcription écrite, avec intégration de nombreux liens :

Présentation

Moi c’est Ryan, un ami de Lizzie. Je suis chercheur en biophysique à l’université de Georgetown et je supervise aussi deux associations soutenant les familles et les gens dans leurs relations. Voici ma famille. Donc mon but dans la vie revient en fait à aider les gens à vivre ensemble, et pour cela j’organise beaucoup d’ateliers avec des familles et j’aide aussi ces familles à comprendre les problèmes d’ordre médical.

Je vais donc vous parler de la circoncision, que j’appelle « l’éléphant dans l’hôpital » car il s’agit d’une chose extrêmement répandue dans notre culture, pour autant que je sache, et pourtant on n’en parle très peu. Entre 500 000 et 1 000 000 de circoncisions sont effectuées chaque année aux États-Unis et presque toutes concernent des nouveau-nés dans les 3 premiers jours de la vie, ce qui est tout à fait inutile et comme mes recherches l’indiquent, totalement nuisible pour les enfants.

Donc nous allons passer en revue aussi vite que je le pourrais la représentation de cette pratique chez l’enfant, en quoi celle-ci affecte la vie adulte des victimes, comment on parvient à obtenir l’accord des parents, ce qu’ils comprennent, et comment on arrive à pousser les praticiens à opérer.

Sondage de l’audience

Mais avant cela, j’aimerais juste avoir un aperçu de la salle pour qu’on puisse se voir les uns les autres. Je vais donc vous poser quelques questions et nous allons utiliser cette technique pour faire un petit sondage d’opinion. Je vais vous demander, si vous le voulez bien, de pointer du doigt la direction que vous choisissez : vers ce mur pour tout ce qui est bénéfique, vers le plafond si vous avez un avis neutre, et vers l’autre mur pour tout ce qui est nuisible.

Donc, que pensez-vous du bandage des pieds ? Vu que vous êtes anthropologues, vous devriez en avoir entendu parler. Comment le qualifieriez-vous ? Bon, tous ceux qui on répondu pensent que c’est nuisible. Bien ! Je suis heureux de cette réponse.

Et les mutilations génitales féminines ? Ok, parfait, tout le monde pense que c’est nuisible.

Et que diriez-vous si pour mettre fin au cancer du sein et sauver la vie de centaines de milliers de femmes par an nous pratiquions une ablation préventive des tétons chez tous les bébés ? Bénéfique ? Nuisible ? Neutre ? Quelques avis neutres et quelques-uns pensent que cela est nuisible.

Et que pensez-vous de couper les tissus qui ne sont pas essentiels chez l’enfant ? Disons que nous coupons les lobes d’oreille de tous les enfants parce que nous pensons qu’ils sont sales ou laids. Ok, nuisible.

Et qu’en est-il de la circoncision ? Sur quelles bases partons-nous ? On a toutes les réponses. C’est bien, on a un public diversifié.

Quelques questions supplémentaires, juste pour voir qui nous sommes. Qui ici pense avoir un prépuce ? Personne ? Qui ici pense avoir un prépuce ? C’est-à-dire la partie qui est retirée lors de la circoncision.

Bon, c’est une question piège : les hommes comme les femmes, mâles et femelles, naissent tous deux avec un prépuce : c’est tout simplement le nom d’une partie du clitoris ou du pénis, et donc probablement que la plupart des femmes ici présentes en possèdent encore un, et peut-être certains hommes également.

Qui ici vient d’une culture où l’excision est une norme sociale ? Personne, ok. Qui ici vient d’une culture où la circoncision est une norme sociale ? Bon, tout le monde. Ou en tout cas la plupart d’entre nous à ce que je vois. Et qui connaît une personne dont les parties génitales ont été altérées durant l’enfance ? Ça pourrait être vous, un ami, vos parents ou un enfant. La plupart d’entre nous en fait, très bien.

Donc tout ça pour illustrer que c’est quelque chose qui a marqué nos vies d’une manière ou d’une autre.

Le cycle d’une chirurgie sociale

Je parle donc de ce sujet qui est important et dont personne ne parle vraiment. Il faut que je vous explique pourquoi je pense cela. Je crois que le discours qui existe dans notre culture à ce sujet sert en fait à occulter la véritable nature du procédé de la circoncision. Vous avez certainement déjà entendu des choses du genre « ça rend le pénis plus propre », vous avez sûrement entendu dire que « tout le monde le fait », « je suis circoncis et je vais bien », « c’est trois fois rien », « ça retire juste un bout de peau inutile » ou ce genre de langage banalisant.

Nous avons tous entendu ces choses et je vais vous demander de mettre ces idées reçues de côté, malgré tout ce qu’on vous a dit, et d’approcher la question sous un angle nouveau, qui n’intégrera pas dans votre façon de penser ces arguments illogiques.

Je vais donc avancer que la circoncision est un procédé cyclique dans notre culture, que nous infligeons aux enfants, des victimes qui vont devenir adultes, dont certains deviendront parents, et les médecins les convaincront de réaliser cette opération sur leurs enfants, opération qui au sein des hôpitaux américains est la seule à retirer une partie saine d’un organe à l’exception des opérations de changement de sexe qui y ressemblent beaucoup au passage.

La circoncision retire donc une partie saine du corps. Elle n’est pas utilisée comme un traitement : les médecins ne pensent pas qu’ils soignent les enfants, ils savent qu’ils effectuent une opération imposée par une norme sociale. Elle engendre de sérieuses complications, elle est pratiquée sur des mineurs qui ne peuvent donner leur consentement. C’est une pratique illégale et c’est même un crime fédéral de l’effectuer sur des filles. Celle-ci est pourtant encouragée et répandue chez les garçons. Il en résulte des dysfonctionnements permanents et les morceaux de peau retirés sont utilisés à des fins commerciales.

Voilà pour le contexte. Je vous entends, croyez-moi, et je vais vous en apporter les preuves. Je ne lancerais pas d’affirmations aussi radicales sans les prouver.

La circoncision dans le monde

Finissons juste notre présentation du contexte par un peu de géographie et d’histoire.

Voici une carte du monde. Comme vous pouvez le voir, les pays verts représentent les endroits où la circoncision n’est généralement pas pratiquée.

Les plus rares pays en jaune, au nord, sont les endroits où l’on commence à en questionner la légalité.

La circoncision est à présent rare au Canada, en Angleterre et en Australie où l’on a arrêté de la pratiquer sur des bébés dans les années 50, après la publication d’un article montrant que la circoncision tuait 14 enfants par an en Angleterre, ce qui a mis fin à la pratique là-bas.

Et dans les autres endroits, en dehors des États-Unis où elle est pratiquée sur des bébés, dans les autres régions elle est le plus souvent effectuée sur des adolescents, en Afrique subsaharienne et dans les pays musulmans.

Histoire de la circoncision aux États-Unis

Comment en est-on arrivé là ?

C’est devenu une pratique médicale, plus que tribale ou culturelle. Et c’est arrivé à la fin du XIXème siècle, lorsque les gens n’avaient pas la théorie microbienne et pensaient que les maladies provenaient de l’excitation nerveuse. Et il y avait également la morale victorienne, donc la plupart du temps les gens ne voyaient que ce qu’ils s’attendaient à voir.

On peut donc trouver de nombreuses publications médicales affirmant que la circoncision guérissait de la paralysie, de l’épilepsie, des pathologies de la hanche, et bien d’autres choses qui nous sembleraient absurdes aujourd’hui.

Les gens à l’époque considéraient la pratique comme nuisible et l’intention était bien de porter atteinte aux parties génitales des enfants. Ils pensaient que cela aiderait sur le long terme, car la circoncision était censée les empêcher d’avoir une libido trop forte, puisque le modèle victorien la considérait comme la plus dangereuse des envies existantes.

La circoncision et l’enfant

Oups, j’aurais du vous mettre en garde, toutes mes excuses. Il va y avoir quelques diapositives assez explicites et je comprendrais que vous détourniez le regard si ce que vous voyez vous met mal à l’aise. J’essaierai de vous prévenir le plus souvent possible de leur arrivée.

Je voudrais aussi vous prévenir que je suis sur le point d’utiliser de nouveaux termes. Je vais passer du mot « circoncision » au mot « mutilation génitale » car je pense que c’est un terme plus neutre, plus précis et plus approprié. Je pense que le mot « circoncision » banalise l’acte et nous amène à penser qu’il est légitime. Et je vais aussi remplacer le terme « non-circoncis » par « intact » car la première expression sous-entend que la circoncision est la norme et qu’il s’agit de personnes qui ne sont pas encore circoncises.

Pour illustrer cela, il serait étrange de qualifier les femmes qui ont des seins de « non-mastectomisées ». Ça serait un peu bizarre non ? De la même manière, j’espère vous sensibiliser à la gêne que provoque la dénomination « non-circoncis ».

Les prochaines diapos risquent de nous mettre mal à l’aise, et encore une fois vous êtes libres de ne pas regarder.

Donc ceci est la partie sur l’enfant. La procédure pour l’enfant : nous allons voir l’opération en image et ce sera certainement la partie la plus explicite visuellement avec celle des complications, et je veux que vous y pensiez puisque c’est trop souvent décrit du point de vue des parents, vous savez : « le droit des parents au choix ».

Je veux que vous remettiez en cause ce discours et que vous pensiez du point de vue de l’enfant. A qui appartient le corps de l’enfant ? Quel droit a-t-il ? Pourquoi fait-on subir cela seulement aux garçons ? Qu’est-ce que cela révèle sur notre vision du genre ? Etc.

Cette diapo nous montre trois représentations différentes de personnes durant le processus de mutilation génitale. Celle en haut à gauche montre une jeune fille étant circoncise en accord avec sa culture. A droite, la même chose avec un jeune garçon. Et en bas à droite, un nouveau-né masculin dans un hôpital. Je veux que vous regardiez leur visage. Regardez simplement leur visage, car je veux que vous pensiez à leur façon de vivre la pratique, et il me semble qu’elle est à chaque fois très similaire.

Et pourtant dans notre culture, où je nous crois tous assez impérialistes, on a vraiment tendance à pointer du doigt les choses et à s’écrier : « Qu’est-ce que c’est horrible cette pratique de l’excision dans les autres pays », alors que nous ne disons rien quand il s’agit de mutilation génitale masculine que les enfants subissent avec les mêmes conditions d’hygiène et le même taux de mortalité dans ces pays. Et en fait, nous encourageons cette pratique chez les garçons dans notre pays.

Vidéo d’une circoncision

Comment s’effectue une circoncision ?

Les prochains passages vont être les plus imagés. Voici des sangles utilisées pour la circoncision avec lesquelles ils attachent le bébé puis opèrent, et je vais vous présenter un extrait vidéo de cette pratique. Il devrait y avoir du son si j’ai tout bien branché, et encore une fois vous êtes libre de ne pas regarder. Personnellement, cela me met mal à l’aise.

[Vidéo]

Bon, je vous invite à tous reprendre lentement votre souffle, si vous avez eu autant de difficulté que moi à respirer durant l’extrait. Ce qui doit être souligné selon moi, c’est le détachement et le calme qu’il y a dans la voix du médecin. Le médecin n’est pas du tout perturbé par cela. Et la façon dont le bébé pleure. Je perçois ces pleurs comme les pleurs d’un bébé soumis à des contraintes très violentes, rien à voir avec le « j’ai faim ».

Complications

Au-delà de la douleur de l’opération elle-même et la douleur des nombreux jours que prend la cicatrisation, il y a un certain nombre de complications qui peuvent menacer l’enfant.

On peut les diviser en deux catégories : les complications chirurgicales, qui peuvent être mineures comme la cicatrice que chaque homme circoncis possède.

Beaucoup d’hommes ignorent que l’anneau qu’il y a autour du pénis est une cicactrice de la circoncision ou alors l’apprennent en ce moment même. Cela arrive tout le temps.

En revanche, un certain nombre d’autres complications occasionnelles peuvent être problématiques, comme l’adhérence pénienne, lorsque le processus de cicatrisation tourne mal et que deux parties du pénis qui ne sont pas supposées être jointes finissent par l’être.

Ces tableaux nous montrent en haut à gauche un fistule, ce qui est similaire à un hypospadias engendré par l’opération, la ligne noire descendant est une sonde pénétrant le méat, l’entrée de l’urètre, et ressortant par l’ouverture supplémentaire engendrée par le médecin.

L’image B représente un gland quasiment amputé. L’image C : tellement de peau a été retirée que le corps caverneux et le gland se sont rétractés dans le scrotum. Et pour l’image D, le pénis a en fait été amputé entièrement par accident.

Un certain nombre de complications post-opératoires existent aussi, à commencer par une difficulté d’allaitement, ce qui est important car l’allaitement est essentiel pour les nouveau-nés.

Il y a aussi les saignements : et c’est un terme dédramatisant comme on le voit sur les formulaires. Vous savez du genre : « Oh un saignement. »

Mais il s’avère qu’un nouveau-né possède moins d’un litre de sang, donc quelques centilitres en moins pourraient entraîner la mort de l’enfant ou nécessiter une transfusion.

Un accroissement de la douleur. L’infection peut aussi être très dangereuse pour le nouveau-né.

Le meatitis, qui est une infection du méat, peut aussi être problématique car si elle est assez sérieuse pour que l’enfant ne puisse pas uriner, cela requerrait alors l’introduction d’un cathéter.

La nécrose, la perte permanente du pénis ou même la mort sont à envisager.

J’ai parlé à un pédiatre urologue, il est de ces personnes qui s’occupent de ces complications. Il m’a dit que sur deux ans, il a eu plus de 275 enfants à traiter, dont presque la moitié ont du passer par la chirurgie, ils ont donc été soumis à une chirurgie supplémentaire pour essayer de corriger les dégâts.

C’était presque toutes les images explicites, à l’exception des prochaines diapos qui montreront l’anatomie d’adultes, et vous pourrez aussi détourner le regard si vous le voulez.

Combien de personnes ici ont vu un pénis intact ? Le vôtre, celui d’un ami… Si vous n’en avez toujours pas vu, essayez de trouver un volontaire pour vous montrer.

J’ai parlé à des centaines d’hommes, circoncis ou non, et beaucoup de ceux qui ont été circoncis étaient en colère par rapport à ça. Ils étaient conscients ou sont devenus conscients qu’on leur avait retiré quelque chose, et que leur corps avait été soumis à quelque chose sans qu’ils aient eu le choix.

J’ai aussi entendu des parents exprimer des regrets vis-à-vis de la procédure.

Le prépuce, qu’est-ce que c’est ?

Qu’est-ce que le prépuce ?

Le prépuce est cette sorte de construction sociale, mais c’est tout simplement une partie du pénis à laquelle on donne un nom distinct après l’avoir coupée.

En fait, beaucoup de listes de complications potentielles obtenues sur le formulaire d’information indiquent que la blessure du pénis est l’un des risques possibles.

Nous avons donc construit une réalité où couper une partie du pénis n’est pas une blessure, ça ne l’est que si on retire une partie par erreur.

Donc je veux vous montrer ce qu’est le prépuce, je veux passer un peu de temps là-dessus.

Le prépuce d’un homme adulte, la partie censée être retirée, est longue d’environ 80 à 100 cm² : la taille d’une petite fiche. C’est la zone la plus érogène de l’homme adulte : il contient 10 à 20 milliers de fines terminaisons nerveuses.

Et il rend aussi la peau du pénis mobile. C’est la différence lors d’une relation sexuelle ou assimilée, entre cette sorte d’interaction et une autre si vous pouvez imaginer une partie du corps qui peut se mouvoir en douceur, mes joues sont flasques alors je peux faire ça.

Et c’est en fait très pertinent car il y a une autre sorte de terminaison nerveuse appelée stretch receptor qui n’est stimulée qu’avec ce mouvement, et c’est la contribution masculine à la lubrification mécanique durant les rapports sexuels, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels.

Le prépuce peut être résumé en deux zones particulières : le frenulum est cette sorte de, ma main n’est pas assez longue, mais c’est la zone qui se déploie ici, et puis il y a la bande striée juste en dessous, où se trouvent la plupart des nerfs, puis le muscle dartos qui est un muscle cutané qui permet au prépuce de répondre au froid ou à la peur en entourant le pénis et en le tirant vers le corps.

En 2007 était réalisée la première étude visant à comprendre quelles parties du pénis sont sensibles. Ils ont alors choisi un groupe d’hommes intacts et un groupe d’hommes circoncis. Ce que vous voyez dans ce graphique est une répartition de la sensibilité selon les zones : le marron représente les plus sensibles et le violet les deuxièmes plus sensibles.

Si nous comparons cela à un pénis circoncis, vous voyez que la plus grande partie des zones sensibles a été retirée et qu’il reste juste cette zone autour de la cicatrice, et ce reste du frenulum est vraiment la partie la plus sensible des hommes circoncis. Vous pouvez les comparer de cette manière.

Mais vous n’avez pas à me croire sur parole : si vous avez un ami ou deux, l’un qui est circoncis et l’autre pas, ou bien vous-même, vous pouvez vérifier où est située la sensibilité.

Pour la plupart des hommes, c’est dans cette région du frenulum ou de sa cicatrice.

Donc pour que vous puissiez voir des vraies images, John qui est un photographe a pris le prépuce d’une personne en photo et a tracé ces lignes pour que vous puissiez voir la quantité de peau qui se rétracte.

L’autre différence que vous devriez remarquer, c’est que la paroi interne entoure généralement le pénis, donc en un sens il le protège et le garde humide.

Donc si vous comparez cela avec un pénis circoncis, le tissu a l’air plus doux, plus humide et plus chaud, en plus d’y être en plus grande quantité et sans cicatrice.

Ces flèches montrent la cicatrice, pour que vous puissiez la voir.

Je voulais vous inviter à me poser toutes les questions que vous voulez, car je donne beaucoup d’informations.

Les parents

Ok, donc venons-en aux parents.

Comme je l’ai dit, j’ai parlé à des centaines de parents, surtout dans le cadre de tout le travail que je fais avec eux, j’ai parlé à beaucoup de parents qui, après avoir récupéré leur enfant, comprenaient vraiment ce que leur accord impliquait.

Il y a donc un problème avec ce consentement dit éclairé, c’est qu’à la fois l’information manque et qu’on demande leur avis aux parents à des moments inopportuns comme pendant l’accouchement par exemple.

Et on leur demande leur avis de manière très neutre, comme si on leur posait la question : « Voulez-vous un coussin, une tasse de thé, une circoncision pour votre enfant ? »

Vous voyez, c’est mis sur le même plan par le biais du ton. Et c’est ce qui m’inquiète.

Donc je considère qu’on a une sorte de pseudo consentement éclairé où les parents ressentent le besoin de faire confiance aux médecins.

Les médecins sont en théorie les gardiens de la discipline médicale. Ils arrivent et donnent ces informations très superficielles.

Il manque de réelles informations sur les complications, qui sont banalisées. Les fonctions du prépuce sont complètement omises, le fait qu’il s’agisse d’un organe sexuel n’est pas mentionné. La problématique du choix éthique à propos du corps de l’enfant est omise, et il y a aussi ce conflit d’intérêt non déclaré qu’est l’usage commercial considérable de la peau.

L’autre chose que les parents ignorent, c’est que cela fait mal pendant une semaine après l’opération, voire plus. Non seulement le bébé souffre pendant l’opération, mais cette blessure au niveau du pénis doit guérir, et les nouveau-nés sont très sensibles à la douleur.

Combien de personnes ici on pu jouer avec un bébé, que ça soit celui d’un ami ou le vôtre, pendant ses premiers jours ?

Ce sont des êtres très fragiles. Ce que nous avons fait, c’est leur infliger une blessure et laisser aux nouveaux parents la responsabilité de gérer le processus de guérison, la découverte de ce que c’est d’avoir un enfant, les complications éventuelles et le fait d’avoir à surveiller les signes d’infection, s’occuper de changer les bandages et prendre soin d’un bébé plus contrarié qu’en temps normal.

En comparaison, pour un enfant qui n’est pas circoncis, tout ce que vous avez à faire c’est, eh bien, quasiment rien.

En fait, vous n’avez même pas à nettoyer le pénis. Tout comme vous ne laveriez pas le vagin de votre bébé avec du savon.

Vous avez juste à le rincer. Vous n’avez pas à le décalotter, il se rétracte de lui-même.

Vous avez alors un bébé avec moins de problèmes de santé et plus heureux.

Utilisation commerciale du prépuce

Je vous ai promis que je vous montrerai ce qu’il advient de la peau du prépuce.

D’après ce que j’ai trouvé, nous l’utilisons pour trois choses.

Pour la recherche : il y a beaucoup de produits de Invitrogen qui en contiennent, chez qui j’achète d’autres choses qui ne contiennent pas de prépuces de nouveau-nés, pour mes recherches de biophysique.

Il y a donc certains de leurs produits qui utilisent des prépuces de nouveau-nés, vous pouvez vérifier, ils vendent vraiment des produits issus de prépuces de nouveau-nés.

Dans un hôpital, vous pouvez obtenir un « traitement magique pour la peau », à base de peau de prépuce cultivée.

Et si vous êtes très riches vous pouvez acheter des cosmétiques qui s’en servent aussi.

[Question de l’audience]

Oh, les produits cosmétiques ? Attendez, dites-le plus fort ?

Audience : « Pourquoi quelqu’un voudrait en mettre sur sa peau ? »

Oh, les personnes pensent que cela les rendra moins ridées. L’idée est que les cellules de bébés sont jeunes et qu’elles feront bien leur boulot.

Et si cela vous dérange, j’en suis heureux, car je veux que cela vous dérange.

Les praticiens

Alors, écoutons ce qu’une obstétricienne a à dire sur leur encadrement de ces pratiques.

Voici Lisa Masterson, interviewée par Craig Ferguson au Late Late Show.

[Extrait vidéo sur youtube]

Lisa : Une fois de plus, vous savez, c’est un choix personnel. En tant qu’obstétricienne, je parle beaucoup de ce sujet à mes patients. Il y a beaucoup d’avantages côté santé, quelques risques, mais il s’agit vraiment d’une procédure sociale. Donc vous pouvez décider si vous voulez que votre fils vous ressemble, vous savez que c’est un élément social, culturel, avec des avantages de santé, plus pour la femme que pour l’homme, mais lorsqu’il s’agit de réduire les IST, la transmission du papillomavirus, qui provoque des cancers du col de l’utérus, donc réduire les IST et le cancer, toutes ces bonnes choses.

Craig : Mais peut-on atteindre le même résultat en nettoyant régulièrement son zizi ?

Lisa : Oui, on peut tout à fait.

Craig : Donc en gros, c’est « soit vous le coupez, soit vous le lavez », à vous de choisir ?

Lisa : Exactement.

Craig : Voilà un choix difficile Docteur, je ne sais pas quoi faire !

Bien entendu, j’apprécie le point de vue de Craig, ici. Il vient d’Ecosse, où ils ne font justement jamais cela aux enfants.

Et pensez au discours de Lisa. Elle dit : « vous devez choisir en tant que parent », et je veux remettre en question cette façon de penser.

Avez-vous à choisir d’autres modifications du physique de votre enfant ? Comme une chirurgie esthétique du nez, ou des choses de ce genre ?

Et si l’idée de modifier l’apparence de nos enfants selon nos goûts vous fait froid dans le dos, je m’en félicite.

Je veux que nous nous demandions pourquoi nous sommes si obsédés par l’idée de faire correspondre nos enfants à la norme.

Dans ce cas, nous avons cette idée que les organes génitaux des garçons devraient être de telle manière.

Comment les praticiens sont-ils amenés à opérer ?

La dernière partie explique comment les praticiens sont amenés à opérer.

J’ai ici quelques citations de praticiens qui ont arrêté de la pratiquer, comme Marilynn Milos, une infirmière qui après avoir assisté à cela a refusé de participer et a été renvoyée pour avoir dit aux parents que ça n’était pas nécessaire. Michelle Storms, assez connue en tant qu’obstétricienne, a dit qu’elle avait été ridiculisée et traitée avec mépris après avoir arrêté d’opérer en 1988.

Et je suis allé parler à l’obstétricienne en chef de l’Hôpital Universitaire de Georgetown, où les obstétriciens s’occupent de la plupart des opérations. Elle m’a dit :

Médicalement c’est dénué de sens, je n’aime pas l’opération, mais je la fais bien, j’ai réalisé des milliers de circoncisions.

Elle était claire sur le fait qu’il s’agit d’une pratique sociale et sur le fait qu’elle n’a aucun sens médicalement, et elle m’a pourtant dit qu’elle n’arrêterait pas de la faire.

Comment pousse-t-on les praticiens à faire cela ?

Eh bien, tout d’abord on commence par rendre pathologique un organe sain. Non seulement le prépuce est absent de la plupart des textes médicaux et anatomiques aux États-Unis, mais aucune éducation sur sa fonction n’est effectuée, il n’est pas vu comme un organe sexuellement important.

Les médecins ont simplement appris la pratique qui permet de le retirer. De plus, ils sont mal renseignés sur le concept du « décalottage et lavage » du gland, ce qui est problématique puisque comme vous pouvez le voir en bas, le prépuce est attaché au gland lorsque vous naissez.

Ce que vous avez vu plus tôt dans la vidéo montrant une circoncision, était un docteur tournant son outil pour tirer sur le prépuce afin de le couper.

Il est collé comme cela pour protéger les bébés de toutes sortes de choses : ils peuvent se retrouver avec de l’urine ou des excréments dans leurs couches, ils peuvent s’égratigner la peau, etc.

Le prépuce a cette fonction protectrice lorsque vous êtes jeune. Il se détache graduellement et devient rétractable, mais si vous le forcez il s’arrache et crée un nid d’infections, même et surtout si vous le nettoyez au savon.

Enfin, nous faisons souvent cette erreur de diagnostic que l’on appelle « phimosis », qui est en fait un véritable problème lorsqu’il reste de la peau en trop autour du prépuce et qu’il ne peut se rétracter.

Il existe des traitement à base de crème aux stéroïdes pour adoucir la peau.

Mais penser qu’un bébé de 3 semaines en est victime parce qu’on ne peut pas le décalotter de force sans le faire crier, c’est juste faux. Le prépuce est fait pour être ainsi attaché, il s’est développé ainsi et il se rétractera de lui-même.

Motivations avancées pour pratiquer la circoncision

Donc, pourquoi pratiquons-nous la circoncision ?

Eh bien, la plupart des parents justifient en premier lieu leur choix par l’apparence de leur enfant. Ils veulent que leur enfant ressemble aux autres ou à leur père. Ils pensent que c’est plus esthétique, ou que ce sera plus facile à nettoyer.

Et je pense que c’est la sollicitation dont font preuve les médecins qui renforce et valide ce choix.

« Voulez-vous que votre enfant soit circoncis ? »

Le fait que les médecins le fassent amène à penser que c’est un acte raisonnable.

Les médecins peuvent donner bien des raisons d’être en accord avec cette idée.

Ils peuvent dire que cela réduit le taux de cancer du pénis, que cela réduit les infections urinaires, ou les taux de cancer du col de l’utérus aux partenaires sexuels féminins que votre enfant pourrait rencontrer quand il grandira. Sans oublier la réduction de la transmission du VIH de la femme à l’homme, c’est une nouvelle raison.

Comme je vous l’ai montré au début, nous avons un important passif culturel rempli de raisons justifiant la circoncision qui n’ont aujourd’hui aucun sens dans notre société actuelle.

Nous avons alors trouvé à posteriori des manières de nous déculpabiliser. Mais j’analyserai ces dernières un peu plus sérieusement.

En plus de la critique sociale, il y a ces raisons qui nous déculpabilisent après l’acte. Si on y réfléchit bien, l’apparence et la propreté sont les principales raisons invoquées pour faire une circoncision. Ces arguments sont utilisés pour justifier à la fois les mutilations génitales féminines et masculines, dans toutes les cultures où ces pratiques ont lieu à ma connaissance.

Et ce sont des arguments fabriqués de toute pièce.

Comment affirmer qu’une chose est plus propre si on lui fait subir telle ou telle chose ?

Le cancer du pénis : l’association américaine contre le cancer dit que non, la circoncision ne vous protégera pas du cancer. Cet argument est aussi peu pertinent : le taux de cancer pénien est de un pour 100 000. Par ailleurs, plus de personnes meurent des suites d’une circoncision que d’un cancer pénien.

Concernant les infections urinaires : c’était basé sur une grande étude qui a été faite en 1986 par un collègue, un homme nommé, sans plaisanterie, Wiswell. Le problème est que ses instructions ont provoquées des infections urinaires sélectivement chez les sujets avec un prépuce car il avait dit aux parents de rétracter de force le prépuce et de nettoyer avec du savon.

C’est comme si vous faisiez un lavement de force à votre fille, vous obtiendriez un taux plus élevé d’infection vaginale (levure) et d’infection urinaire, car vous ficheriez en l’air ses colonies de bactéries qui en fait la protège.

Quant à la prévention du cancer du col de l’utérus chez les partenaires sexuels féminins : tout d’abord, une intervention chirurgicale sur un enfant pour un potentiel partenaire féminin lorsqu’il grandira ?

Comment pouvons-nous savoir que l’enfant ne va pas devenir moine, ou gay ? Ils pourront le faire eux-même plus tard.

De plus le cancer du col de l’utérus est causé par le papillomavirus humain. La plupart d’entre vous le sait sûrement déjà grâce aux cours d’éducation sexuelle, non ? Eh bien les mêmes auteurs sont revenus sur ces études et ont regardé les données concernant les femmes et leurs maris et ceux-ci n’avaient pas les mêmes taux de papillomavirus. Je ne sais pas si cela implique des relations extraconjugales mais cela remet totalement en question cette étude, parce que les maris ne portaient pas du tout les signes de ce virus qui engendrerait le cancer de l’utérus chez la femme.

Dernier cliché, celui de la circoncision contre le VIH. Cette idée est apparue dans les années 2000 en gros. Et les preuves résident dans trois tests de contrôle aléatoire. Ces derniers ont eu lieu en Afrique, sûrement parce que l’on ne pouvait pas avoir la permission pour une étude de ce genre aux États-Unis. Ils on trouvé des hommes volontaires pour se faire circoncire, et ils ont opéré la moitié d’entre eux en les choisissant au hasard et ils ont juste observé à quelle vitesse ils contractaient le VIH. Nous verrons plus tard leur méthodologie contestable.

Ils ont déclaré que l’opération avait réduit les chances de contracter le VIH de 60%.

De l’autre côté, les preuves allant contre le fait que la circoncision soit un rempart préventif au VIH résident pratiquement dans toutes les autres études qui ont été faites jusqu’à présent.

Les données géographiques, si vous prêtez attention à la corrélation entre le pourcentage de personnes circoncises et le taux de personnes touchés par le VIH selon la population, contredisent les conclusions de ces études.

Par exemple, les États-Unis ont le taux de VIH le plus élevé de toutes les nations industrialisées et pourtant le taux de circoncision le plus important dans cette même catégorie de pays. On pourrait s’attendre à un autre résultat si la circoncision était si protectrice.

Il me reste quelques minutes, je vais rapidement passer en revue les défauts de cette étude.

Il y avait donc trois études, où ils ont choisi un groupe d’hommes intacts, les ont circoncis au hasard et ont observé leur vitesse de contracter le VIH.

Le problème étant qu’à chaque fois qu’ils retournaient à la clinique, ils recevaient des préservatifs et des conseils. Mais le groupe des circoncis venait au moins deux fois plus souvent, parce qu’ils devaient se faire circoncire et être suivis pour l’étude.

Qui plus est, après une circoncision, il y a un délai de quatre à six semaines avant de pouvoir reprendre une activité sexuelle. Et le groupe de circoncis a reçu la consigne de rester abstinent pendant six semaines. Et le chronomètre n’a pas été enclenché après ces six semaines mais juste au début, pour que les circoncis partent avec un avantage de six semaines puisqu’ils ne pouvaient pas avoir de rapport sexuels.

De plus, ils ont utilisé un test d’anticorps qui offre une fenêtre de trois mois pour venir dans les cliniques spécialisées dans les MST. Ils vous disent que vous devez attendre trois mois après votre dernière exposition pour être certain que vous ayez le VIH.

Mais là encore, ils n’ont pas enclenché le chrono après les trois mois nécessaires, et la plupart des incidents sont survenus durant ces trois mois.

Donc ces infections ont eu lieu avant même le début du test, avant la circoncision réalisée sur des personnes au hasard et le début de leurs suivis.

Il y a eu beaucoup d’autres problèmes de contrôles, comme les infections par le sang et les rapports anaux passifs.

Je suis aussi inquiet car les auteurs de cette étude ont prôné la circoncision comme si c’était un vaccin efficace.

A présent, ils affirment que si leurs résultats sont justes, ce que je ne crois pas, cela réduira vos chances de contracter le VIH, chaque fois que vous faites l’amour, de 60%. Donc si vous faites l’amour assez souvent, vous aurez de toute manière le VIH si avez pris assez de risques.

Le vaccin de la rougeole, si vous le prenez avec ses boosters, 99% d’entre vous seront immunisés, comme vous l’êtes déjà probablement.

Voilà à quoi ressemble un vaccin efficace : 99% d’efficacité. Pas 60% de chance en moins en théorie d’être infecté après une exposition.

Et certaines personnes en Afrique pensent sincèrement être immunisées au VIH parce qu’elles sont circoncises. Cela m’angoisse particulièrement.

Conclusion

Quoiqu’il en soit, pour résumer : je pense que nous avons un biais social concernant la mutilation des enfants, en particulier les garçons. Je pense que c’est très nuisible pour les enfants, cela fait aussi du mal à ceux qui l’ont vécu, cela fait du mal aux parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants.

Et cela porte préjudice aux praticiens car je pense que les étudiants en médecine sont entrés en école pour aider les gens et se retrouvent à devoir faire cette opération sans qu’on leur explique le contexte sérieusement.

La plupart des personnes à qui je parle pensent que ce n’est pas à eux de faire quoi que ce soit à ce propos, y compris des organisations professionnelles telles que l’Académie Américaine de Pédiatrie ou le Collège Américain des Obstétriciens et Gynécologues, des praticiens qui s’emploient à conserver une bonne image. Si vous dites que ce que fait votre praticien est mal, ou anormal, ça n’arrange pas leur image.

Les administrateurs de l’hôpital et les praticiens ne veulent pas s’élever contre la pratique.

Les obstétriciens ne voient même pas l’enfant qu’ils opèrent comme un patient.

Les comités éthiques de l’hôpital m’ont dit qu’ils n’étaient pas qualifiés pour parler de ce sujet.

Et je pense que ces organisations négligent les parents, les enfants, nous tous.

Donc j’ai l’espoir d’avoir éveillé en vous un certain intérêt, que vous en parlerez autour de vous, parce que s’ils ne prennent pas leurs responsabilités, j’espère que nous le ferons !

Parlez-en à vos amis. Je vais vous donner un lien de cette présentation à montrer à votre professeur.

Traduction française : Droit au Corps

Ressources utilisées : disponibles sur le site de l’Université de Georgetown

Sources vidéo autre que Droit au Corps :

  • Vimeo, posté par Ryan McAllister ;
  • Youtube, posté par painfulquestioning ;
  • Youtube (extraits importants), posté par Ryan McAllister.

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