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La circoncision chez les chrétiens

La circoncision chez les chrétiens

Cet article s’inscrit dans un dossier en 6 parties intitulé « La circoncision dans le monde ». Cliquez ici pour revenir au sommaire.

L’origine

On trouve de nombreuses références à la circoncision dans les livres sacrés du christianisme. (1)

Le professeur Sami Aldeeb, spécialiste mondial de la circoncision, explique l’origine de la pratique (à 2mn40s) :

Il est intéressant de constater qu’il s’agissait d’un moyen revendiqué par des représentants du Christianisme pour contrôler la sexualité de l’individu.

Ainsi, le théologien copte Ibn-al-Assal voit dans la pratique de la circoncision une utilité : « Certains médecins philosophes distingués disent que la circoncision affaiblit l’outil de la volupté, et ceci est souhaitable unanimement ». (2)

Thomas d’Acquin a écrit que la circoncision est un moyen « d’affaiblir la concupiscence dans l’organe intéressé ». (3)

Il justifie le fait que Dieu a établit le signe de l’alliance sur le pénis et non sur la tête par le fait que la circoncision « avait pour but de diminuer la convoitise charnelle, qui réside surtout dans ces organes, à cause de l’intensité de la délectation charnelle ». (3)

Abolition de la circoncision par Paul de Tarse

« Chez les chrétiens, leurs livres sacrés ont banni le caractère obligatoire de la circoncision et l’ont remplacée par la circoncision du cœur et le baptême. Les Pères de l’Église ont considéré la circoncision charnelle comme contraire au principe de la perfection de la création, et celui qui circoncit pour des raisons religieuses commet un péché mortel. » (4)

« En effet Paul [de Tarse] (…) a supprimé le caractère obligatoire de la circoncision et l’a remplacée par la foi en Jésus. Il écrit: « L’homme n’est pas justifié par la pratique de la loi, mais seulement par la foi en Jésus-Christ […], car si la justice vient de la loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien » (Ga 2:16, 21). Il affirme aussi: « Ce n’est point par l’intermédiaire d’une loi qu’agit la promesse faite à Abraham […] mais par le moyen de la justice de la foi » (Rm 4:13). » (5)

Selon Luc, au Concile de Jérusalem, Paul réussit à convaincre les autres chefs des premières communautés chrétiennes que l’on pouvait être baptisé sans avoir été au préalable circoncis (Ac 21, 18), développant ainsi l’adresse universelle du message chrétien.

 

Paul de Tarse

Paul de Tarse (v.8 – v.64)

« Sans vouloir entrer dans des débats théologiques complexes, on peut résumer la position de Paul par ces quatre passages:

Le juif n’est pas celui qui l’est au-dehors, et la circoncision n’est pas au-dehors dans la chair, le vrai juif l’est au-dedans et la circoncision dans le cœur, selon l’esprit et non pas selon la lettre (Rm 2:28-29).

La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien; ce qui compte, c’est de garder les commandements de Dieu (I Co 7:19).

C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc, tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage. C’est moi, Paul, qui vous le dis: si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. […] Vous avez rompu avec le Christ, vous qui cherchez la justice dans la loi; vous êtes déchus de la grâce (Ga 5:1-2 et 4).

Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui n’ont pas la foi, rien n’est pur. Leur esprit même et leur conscience sont souillés (Tt 1:15).

En simplifiant beaucoup, on peut dire que les adeptes du Christ se sont divisés en matière de circoncision en deux groupes principaux :

  • Le 1er groupe d’origine juive, appelé surtout nazaréens. Il considérait la circoncision comme un devoir et une condition pour le salut.
  • Le 2ème groupe d’origine païenne, appelé chrétiens (de Christ). Ce groupe était dirigé par Paul. Il considérait la circoncision comme une simple permission qui ne change rien, voire nuisible à la foi, et qui constitue une rupture avec le Christ.

Cette dernière attitude face à la circoncision est certes une conséquence logique de l’enseignement de Jésus, mais elle a été aussi dictée par des considérations tactiques: la conversion des païens, lesquels ne pouvaient accepter de se soumettre à la circoncision tant décriée dans leur société. C’est le groupe de Paul qui a fini par l’emporter. Mais ces derniers temps, ce groupe commence à perdre du terrain en raison des intégristes chrétiens. » (6)

De nos jours

La circoncision est toujours pratiquée par les Églises coptes d’Égypte et d’Éthiopie et par bon nombre de communautés chrétiennes au Liban et au Moyen-Orient, du fait que cette pratique, commune aux populations d’alentour, n’a jamais été perçue comme un reniement du christianisme et un retour au judaïsme.

Il y a de plus un débat chez les chrétiens d’Amérique. Car bien que les raisons invoquées pour circoncire les enfants soient sociales et hygiéniques, « l’interprétation littérale de la Bible a aussi joué un rôle explicite ou implicite dans la propagation de cette pratique. » (7)

La Bible

« Mais quelle que soit la raison de la circoncision, la religion reste un facteur présent. Même les raisons médicales cachent des justifications religieuses qui font partie de la composante culturelle américaine de manière consciente ou inconsciente. En plus de cette influence directe ou indirecte de la religion, il y a un courant fondamentaliste chrétien, notamment protestant évangéliste, qui soutient ouvertement la circoncision en se référant explicitement à des arguments religieux. Ce courant estime que la Bible est un livre révélé par Dieu. Tout ce qui y est prescrit est véridique, sans distinction entre Ancien Testament et Nouveau Testament. Par conséquent, l’ordre donné par Dieu à Abraham de se faire circoncire et de circoncire ses descendants reste en vigueur et s’applique à tous. Dieu ne peut pas avoir donné un tel ordre s’il n’y voyait pas un bien pour les hommes. Ce courant généralement appuie les juifs, y compris dans le domaine politique. Or, comme nous l’avons vu, on ne trouve pas une telle position dans les écrits de Martin Luther, fondateur des protestants. Comment donc un tel courant est né?

Jim Bigelow, pasteur et psychologue opposé à la circoncision, écrit que l’affaire a commencé sous forme de concurrence entre les religieux et les médecins. Avec le progrès de la médecine et la guérison d’un nombre croissant de maladies, la position des médecins aux yeux du public est devenue mieux placée que celle des religieux. Lorsque les médecins ont eu recours à la circoncision pour limiter la masturbation, estimée comme la cause de nombreuses maladies, les religieux y ont trouvé une occasion rêvée pour affirmer leur position en disant: « Ne vous avons-nous pas dit que la circoncision était utile bien avant les médecins? Voyez comme Dieu avait raison en prescrivant la circoncision à Abraham et ses descendants ». Ils ont cherché alors dans la Bible des recettes médicales à exploiter pour prouver que la Bible est un livre sacré révélé par Dieu, un livre plus digne de suivre que les médecins. (8)

Certains médecins, désireux de manger à la table de la médecine et à celle de la religion, se sont joints aux religieux. Ce phénomène, soit dit en passant, se trouve aussi bien chez les juifs que chez les musulmans ». (9)

 

 

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Notes et références

Notes et références

1. Aldeeb Abu-Sahlieh, Sami A.: Circoncision masculine – circoncision féminine: débat religieux, médical, social et juridique, p. 103-108.

2. Ibn-al-Assal, Al-Safi Abu-al-Fada’il (d. v. 1265): Al-majmu al-safawi, le Caire, 1908. Dans : Ibid., p. 228.

3. Thomas d’Aquin (d. 1274): Somme théologique, Cerf, Paris, 1984-1986. Dans Aldeeb Abu-Sahlieh (voir note 1), p. 229.

4. Aldeeb Abu-Sahlieh (voir note 1), p. 403.

5. Ibid., p. 95.

6. Ibid., p. 110.

7. Ibid., p. 125.

8. Bigelow, Jim: The joy of uncircumcising, Hourglass, Aptos, 2ème éd., 1995. Dans Ibid., p. 126.

9. Ibid., p. 126.

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