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Circoncision et trauma : un psychiatre explique (vidéo)

De nombreuses études ont démontré que la circoncision pouvait avoir un impact négatif sur le développement psychologique. Le traumatisme est encore plus important lorsque la circoncision a été pratiquée à un âge précoce.

Richard Schwartzman est un psychiatre américain qui a lui-même été circoncis bébé pour raison religieuse. En juillet 2014, il donne une présentation lors du 13ème symposium international sur l’autonomie génitale et les droits de l’enfant. C’est à cette occasion qu’il accorde un entretien vidéo à James Loewen, dans lequel il parle de son expérience personnelle concernant la circoncision, du trauma précoce et de l’importance des premières semaines de vie d’un enfant.

Voici la vidéo sous-titrée en français :

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TRANSCRIPTION DE LA VIDÉO

James Loewen : Saviez-vous que la circoncision existait quand vous étiez enfant ?

Richard Schwartzman : Non, je n’en savais rien parce que ma famille était juive, tous les proches et la famille étendue étaient juifs. Pour ce que j’en savais, c’était ce à quoi un pénis devait ressembler, ce à quoi un pénis ressemblait. La question ne se posait pas. À cette époque, je ne savais même pas que mon pénis avait subi une altération, car j’étais entouré par des hommes qui étaient circoncis. Ça n’était pas remis en question, c’était ce qu’un juif faisait ou ce qu’on lui faisait. Aucune réflexion n’était menée sur ce sujet.

Avez-vous jamais assisté à un bris [cérémonie de circoncision juive] durant votre enfance ou votre adolescence ?

Non, pas durant mon enfance ou mon adolescence.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez pris conscience de ce qu’est la circoncision et de la différence qu’il y a entre ceux qui sont circoncis et ceux qui ne le sont pas ?

Je ne saurais dire quand précisément. Je suppose que c’était probablement au début de l’adolescence que j’ai pris conscience de ce genre de procédure, de ce qui était fait.

J’ai toujours voulu être médecin. J’ai grandi dans une famille où mon oncle était médecin, mon père était pharmacien, je suis devenu pharmacien, mon frère était pharmacien.

Bien que j’appréciais traiter avec les clients et remplir les prescriptions, ça n’était pas ce que je voulais faire. Alors j’ai utilisé mon diplôme de pharmacie pour retourner à l’école de médecine.

J’ai fait deux internats et lors du premier j’ai été témoin d’une circoncision, oui. J’ai trouvé ça assez terrible, vous savez. Je m’identifiais à la souffrance de l’enfant. La brutalité et la froideur du médecin qui effectuait cette circoncision et de l’équipe, ils n’avaient aucune empathie, aucune émotion pour l’enfant. C’était bouleversant.

Vous m’avez dit avant l’interview que vous avez vous-même effectué une circoncision, pouvez-vous m’en parler un peu ?

J’ai eu l’occasion d’en faire une. C’était une obligation au cours de l’apprentissage des différentes spécialités et de la formation. J’en ai fait une et c’était horrible. Je me suis senti très mal, le bébé a souffert terriblement et ce fut la dernière que j’ai jamais faite.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur le sujet du trauma ?

C’est mon expérience et ma formation de psychiatre, mais particulièrement ma formation, où j’ai pris Wilhelm Reich comme modèle pour ma pratique de psychiatre.

Mes lectures m’ont convaincu que les traumas précoces avaient bien des effets durables. J’ai pu voir la corrélation entre la situation actuelle des patients et ce qu’ils avaient traversé dans le passé.

Parlez-moi un peu du lien entre trauma et circoncision, et comment cela affecte une personne qui subit ce type de trauma à un âge précoce.

Le trauma précoce est le plus grave et le plus dommageable parce que l’enfant n’a aucun mécanisme de défense, aucune issue et aucune expérience de la vie. Il est juste blessé et choqué, et il rentre en état de choc. C’est le début de tout. Les gens ne réalisent pas que les dix premiers jours de la vie, les deux, trois ou quatre premières semaines, sont les plus critiques pour la vie entière.

[Les nouveau-nés] ont besoin d’avoir un contact visuel, un lien émotionnel, un contact corporel, d’être réconfortés et d’être aimés. Lorsque cela vient à manquer, quelle qu’en soit la raison (la mère est incapable de pourvoir aux besoin de l’enfant, le contexte hospitalier, ou s’il y a des difficultés dans la relation parentale), l’enfant n’a alors pas d’autre choix que de se protéger en se coupant de tout contact, en se mettant en retrait, et c’est le début de tout.

Les premiers jours de vie après la naissance sont les plus importants et les parents devraient savoir que c’est le moment de faire appel à des nounous et d’apporter de l’aide dans la maison pour le ménage et la cuisine. Pas de mettre de l’argent de côté pour les études supérieures. Si cet enfant est bien traité dès le départ, il obtiendra une bourse et vous n’aurez pas à vous soucier de son avenir.

Tout cela se joue dès le départ, mais on l’ignore parce qu’on n’a aucun souvenir de ce qu’on a vécu étant tout petit. Et comme on n’a aucun souvenir, on pense toujours : « Si je ne m’en souviens pas, ça ne peut pas avoir de conséquence. » Ce qui est manifestement faux, comme le prouvent les rêves, l’hypnose, qui font remonter des choses complètement inaccessibles à notre conscience dans notre vie éveillée.

Donc tout cela se passe en nous, est gardé à l’intérieur et n’est jamais oublié. William Faulkner a dit : « Le passé n’est pas oublié, il n’est même pas passé. »

En tant qu’intactivistes, nous rencontrons des gens, y compris des docteurs, qui nient que tout ceci ait une quelconque importance. Ils disent “un bébé ne ressent pas la douleur”, “ce n’est pas grave”, “c’est avant que leur système nerveux soit développé.” Comment réagissez-vous à ce genre de commentaires de la part de vos pairs ?

Je n’engage pas la conversation avec eux. Si quelqu’un a ce genre de certitudes, je pense que ça ne sert pas à grand chose d’essayer de le convaincre. Ou alors je n’ai jamais trouvé la bonne méthode. Ils ont leurs convictions et elles ne se discutent pas. C’est comme parler de politique. Les gens ont une opinion politique et c’est la leur. Vous pouvez peut-être les faire vaciller un peu, mais après la discussion ils reviennent toujours à leur point de départ. Ou bien la religion : c’est la même chose. Donc je n’essaie pas de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.

Je déconseillerais fortement d’aller voir les professionnels. Ils sont ancrés dans leurs croyances, c’est leur habitude et ils ne changeront pas. Ils refusent de voir les traumas et les aspects négatifs. Certainement parce qu’ils font de l’argent sur ça, beaucoup d’argent. Ils ne sont pas prêts de lâcher leurs BMW de si tôt et d’abandonner une source de revenu.

Donc je recommanderais, comme cela se fait, d’aller vers le public, vers les jeunes gens, et peut-être de repérer les docteurs qui entrent à l’école médicale avant qu’ils ne se fassent laver le cerveau, et de distribuer de l’information à la clinique d’obstétrique et de gynécologie aux mères enceintes ou qui cherchent à le devenir, de les remettre sur le droit chemin avant qu’elles ne tombent entre les mains de docteurs ou autres qui diront « c’est une bonne chose à faire ».

Je pense que tous ceux qui travaillent ici et partout dans le monde font une énorme différence. Désormais une masse critique est atteinte et elle va grandir encore et encore, parce que la vérité est de notre côté. Nous continuerons simplement à présenter la vérité et à réfuter les mensonges qui nous sont opposés.

La tendance générale des cultures ici et partout dans le monde va vers plus de naturel, vers plus de gentillesse et plus de décence envers tout le monde et envers les enfants. Donc je pense que nous sommes impliqués dans un mouvement qui ne peut que croître et s’étendre d’année en année.

Traduction et sous-titrage : Droit au Corps

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