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Alex, 23 ans, se suicide suite à sa circoncision

En 2017, un jeune Anglais de 23 ans, Alex Hardy, se donne la mort. Dans un ultime courriel, il explique que son geste est dû aux souffrances causées par la circoncision qu’il a subi deux ans auparavant. Droit au Corps répond à la dernière volonté d’Alex de faire connaître son histoire.

Source : BBC News, 17 avril 2019

Alex Hardy et sa mère Lesley Roberts

C’est le 25 novembre 2017 qu’un officier de police se présente chez Lesley Roberts pour lui annoncer le suicide de son fils Alex.

Alex était un jeune homme intelligent et populaire, sans antécédent de maladie mentale. Il était l’ainé des 3 fils de Lesley et adorait ses petits frères. Originaire d’Angleterre, il vivait depuis 5 ans au Canada après être tombé amoureux du pays lors d’une classe de ski.

Lesley ne comprenait pas pourquoi son fils aurait voulu se suicider. C’est par le biais d’un courriel programmé pour être envoyé 12 heures après sa mort qu’Alex explique à sa mère les raisons de son geste.

« Il a immédiatement suggéré la circoncision »

Alex écrit qu’il avait des difficultées pour rétracter son prépuce et que cela le gênait lors des relations sexuelles (on ignore si ce problème est dû à un décalottage forcé qu’Alex aurait subi plus jeune).

Dans ce cas, on recommande de nos jours des techniques pour assouplir le prépuce ou une crème aux stéroïdes et, en cas d’échec, une préputioplastie qui a pour avantage de conserver le prépuce. La posthectomie (circoncision pour raison médicale), ablation radicale du prépuce, n’est justifiée qu’en dernier recours pour des cas rarissimes.

En 2015, Alex consulte un médecin qui lui prescrit une crème, mais cela n’a pas d’effet. Alex est alors orienté vers un urologue. « Il a immédiatement suggéré la circoncision, écrit-il. J’ai posé des questions sur les étirements et il m’a complètement menti en me disant que ça ne marcherait pas pour moi. » À l’époque, Alex fait néanmoins confiance à l’urologue et accepte l’opération.

Soulignons qu’Alex vit alors au Canada, pays où la circoncision était très répandue par le passé et le reste encore de nos jours avec près d’un tiers d’hommes circoncis. Les médecins sont donc plus enclins à recommander cette pratique que dans le pays d’origine d’Alex, l’Angleterre, où le taux d’hommes circoncis est inférieur à 10 %.

« Ma sexualité a été laissée en lambeaux »

Alex s’est donc fait opérer en 2015 pour ce qu’il croyait être une intervention mineure. Dans son courriel, il explique en détail les problèmes dont il a souffert par la suite.

« Il est vite devenu évident que ce qui venait de se passer était une catastrophe… Je suis mort en 2015, pas maintenant », écrit-il.

Il décrit comme une « torture » les sensations de son gland frottant contre les vêtements, sensations qui ne se sont pas atténuées avec le temps comme c’est normalement le cas. Cela est alors devenu un vrai handicap au quotidien.

Alex parle également de dysfonction érectile, de sensations de brûlure et de démangeaisons, en particulier d’une cicatrice qui se trouvait là où son frein a été enlevé. « Par l’absence [de mon frein], je peux garantir avec certitude qu’il s’agit de la zone la plus érogène et la plus sensible du pénis et du corps masculin en général », précise-t-il.

Au final, Alex estime avoir perdu 75 % de la sensibilité de son pénis. « Là où j’avais autrefois un organe sexuel, j’ai maintenant un bâton engourdi et bâclé, écrit-il. Ma sexualité a été laissée en lambeaux. »

« Si j’étais une femme (dans les pays occidentaux), cela aurait été illégal, le chirurgien aurait été un criminel et cela n’aurait jamais été considéré comme une option par les médecins, estime Alex. Je ne crois pas qu’il faille défendre un sexe plutôt qu’un autre, mais je crois fermement que l’égalité des sexes doit être atteinte pour tous. »

Des complications rares, mais connues

Trevor Dorkin, chirurgien urologue consultant qui compte plus de 1000 circoncisions à son actif, a été interrogé par BBC News pour l’occasion. Il explique que les problèmes graves à la suite d’une circoncision sont rares, mais pas inconnus.

En 2014, le docteur français Christian Castagnola rappelait que « la circoncision n’est pas un geste anodin et que lorsqu‘elle est pratiquée dans un établissement de soin, le taux de complication est de 0,4 à 2 %. » BBC News en profite d’ailleurs pour rappeler qu’une circoncision peut être mortelle et mentionne des cas récents de bébés décédés suite à l’opération.

« En fin de compte, les chirurgiens sont des êtres humains et il y a un risque d’erreur humaine et d’erreur technique pendant n’importe quelle opération, explique M. Dorkin. Un de mes mentors m’a dit que chaque cas est un cas délicat, ça doit être votre approche de la chirurgie. Vous ne tenez jamais rien pour acquis en chirurgie. »

M. Dorkin souligne qu’il est important d’informer les patients sur les complications potentielles de l’opération, ce que l’urologue Canadien n’a pas fait dans le cas d’Alex. « Alex a dit qu’il n’avait pas été mis au courant de tous les risques. S’il l’avait été, je suis certaine qu’il n’aurait pas été opéré », dit Lesley. Une enquête visant l’urologue est d’ailleurs en cours.

Bien qu’il n’existe pas de statistique sur le lien entre circoncision et suicide, le président de l’association britannique 15 Square a déclaré à BBC News que « cela arrive plus souvent qu’on ne le pense. »

Briser le tabou

Après l’opération, Alex a sollicité de l’aide médicale et psychologique, mais n’a jamais rien dit à sa famille ou à ses amis qui ignoraient tout de son problème.

Autrefois enseignante, Lesley a pour projet d’intervenir dans les écoles pour encourager les jeunes hommes à partager leurs problèmes personnels.

« Je pense que nous savons tous que les hommes n’ont pas particulièrement tendance à parler de leurs problèmes de la même manière que les filles, dit-elle. Je pense que la circoncision est un sujet très tabou. »

Une semaine après la mort d’Alex, un ami de Lesley s’est confié à elle : « Il m’a dit qu’il n’en aurait pas parlé normalement, mais qu’il avait été circoncis en tant qu’homme plus âgé, il y a 10 ans, et qu’il souffrait constamment de douleurs quotidiennes. On dirait que c’est plus courant qu’on ne le pense. »

« Si ces informations peuvent être utiles à quiconque, c’est qu’elles ont atteint leur but »

Lesley a accepté de partager publiquement cette histoire parce que c’était le dernier souhait de son fils.

« Si ces informations peuvent être utiles à quiconque, c’est qu’elles ont atteint leur but », écrit Alex dans son courriel.

Il explique que la circoncision a été tellement normalisée que la plupart des gens ne la remettent pas en question, alors qu’il s’agit pour lui d’une véritable « mutilation sexuelle ».

« Je ne me sentais pas à l’aise de soulever la question lorsque j’avais le choix, alors si mon histoire peut sensibiliser la société à briser ce tabou concernant la santé des hommes, je suis heureux que mes paroles soient publiées », précise-t-il.

On retrouve dans ce témoignage plusieurs éléments qui accompagnent souvent l’acte de posthectomie (circoncision pour raison médicale) :

- le patient n’est pas correctement informé sur les alternatives pourtant moins invasives en cas de prépuce non rétractable (étirements du prépuce, crèmes, préputioplastie) ;

- le patient n’est pas correctement informé sur les risques de l’opération, notamment ceux qui pèsent sur la fonction sexuelle ; son consentement ne peut donc pas être considéré comme « libre et éclairé » ;

- bien que cette pratique ne soit presque jamais nécessaire médicalement, elle est pourtant banalisée ;

- les fonctions du prépuce ne sont pas abordées.

L’histoire d’Alex n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle d’un Français qui en 2016 a obtenu la condamnation du chirurgien qui l’a circoncis lorsqu’il était adulte. Le tribunal avait alors reconnu le préjudice sexuel ainsi que le préjudice moral consécutif au défaut d’information sur les alternatives à la circoncision.

« Si ces informations peuvent être utiles à quiconque, c’est qu’elles ont atteint leur but. » - Alex

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