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Donnez-leur le choix” : témoignage d’une femme sur la circoncision

Gwenaëlle nous a spontanément contactés pour nous faire partager son point de vue sur la circoncision. Elle explique la manière dont elle a découvert la pratique, son sentiment envers celle-ci, le débat qui s’est posé au sein de son couple, et adresse un message aux mamans qui angoissent à l’idée de faire circoncire leur fils. 

Une femme regarde la mer

Image d’illustration.

Note : Les témoignages publiés par Droit au Corps ont été sélectionnés pour leur intérêt, même s’ils ne reflètent pas nécessairement les positions de l’association.

Témoignage

Je souhaite témoigner et partager mon point de vue sur la circoncision. Merci à toutes celles et ceux qui prendront le temps de comprendre le point de vue d’une femme aux racines chrétiennes qui remercie Saint Paul pour sa compréhension !

J’ai été amoureuse de plusieurs hommes au cours de ma vie. J’ai un souvenir très précis de ce à quoi ressemble un pénis adulte intact. C’est tout à fait normal, sain, agréable aussi. Mon premier amour était un homme intact.

L’homme que j’ai rencontré ensuite avait un phimosis. Au moment de l’érection le gland se retrouvait étranglé par la descente du prépuce. Il a fait des démarches pour se faire opérer. Quelle immense surprise à la suite du passage au bloc de voir ce sexe auquel on avait retiré AUTANT de peau ! J’étais stupéfaite qu’avec les moyens techniques et chirurgicaux actuels il n’existe pas d’interventions plus soft !

Il faut dire que je ne connaissais pas du tout la circoncision… Mais voilà, j’ai compris qu’il avait été tout simplement circoncis, retrait total du prépuce… Moi qui imaginais un élargissement minutieux de l’ouverture de celui-ci, je m’étais bien trompée…

Évidement cela a été un soulagement pour lui, mais une question se pose encore à moi aujourd’hui : y a-t-il eu un décallotage forcé durant l’enfance qui aurait causé un traumatisme des tissus, qui se « cicatrisent », avec comme résultat un prépuce plus étroit ?

Mon compagnon aujourd’hui est de confession musulmane.

Lors de notre rencontre la circoncision a été LE premier sujet. Il m’a fait savoir que la seule exigence de son père était que ses belles filles fassent circoncire leurs garçons ! Je sortais d’une histoire très difficile avec un dit « pervers manipulateur », en manque cruel d’empathie, et voilà qu’on allait exiger de moi de perpétuer un geste d’une grande violence, soi-disant pour le bien de l’enfant !… Circoncire son enfant fait écho en moi à un réel manque d’empathie envers un être innocent, démuni, qui ne demande qu’à être protégé.

A cette période, j’étais prête à ne pas m’engager plus avant dans cette histoire si l’homme que je venais de rencontrer ne remettait pas cette pratique en question. C’était inimaginable d’avoir des enfants pour me voir contrainte de leur faire ça, ou pire : qu’on le leur fasse sans mon consentement !

J’ai fait des recherches, je me suis documentée sur Internet, j’ai acheté le livre de Sami A. Aldeeb Abu-Sahlied, Le complot du silence.

Mon compagnon a eu du mal à comprendre, à cerner le sujet et la violence avec laquelle cela venait presser mon être. Au début, il me disait : “Mes parents ne sont pas des barbares ! Ils ont fait ça parce que pour eux, c’est bien”. Je ne leur jette pas la pierre ! Lorsque l’on a le poids culturel et religieux à respecter, on met en pratique “parce que c’est obligatoire”, cela signifie que l’on ne doit pas se poser de questions : on dit qu’il faut le faire, faisons–le ! Point.

Aujourd’hui, il n’a plus le même point de vue, il n’en veut pas à ses parents, mais il me soutient dans le fait de ne pas circoncire nos futurs garçons, si nous en avons !

J’ai grandi avec des parents dits athées, mais malgré tout ils m’ont transmis beaucoup de valeurs chrétiennes, du respect, du pardon, “ne fait pas à l’autre ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse”. Ils n’étaient pas attachés aux institutions et aux cérémonies. Pour autant ils forment un couple fidèle, ils ne m’ont jamais maltraitée, ils m’ont fait grandir dans un profond respect de mon être, de mes ressentis. Il m’ont appris à savoir dire “non”, ils m’ont appris à savoir me respecter, ce qui va de pair avec le respect de l’autre.

J’ai la foi, je sais que Dieu est Amour.

La circoncision n’est pas un geste d’amour. Elle est l’inverse de la protection. Elle génère de l’angoisse, du stress. L’ocytocine, c’est l’hormone de l’amour et de la confiance, de l’abandon, l’oubli de soi. L’adrénaline, celle de la peur, la méfiance, le repli sur soi. Cela peut entraver le lien de confiance mère-enfant, saper l’allaitement si cela génère un stress intense chez la mère, qui se sent impuissante face à une obligation culturelle (l’adrénaline ne fait pas bon ménage avec la prolactine et l’ocytocine ).

Ça me prend aux tripes quand je me projette dans cette situation ! Je n’arrive pas à saisir le sens divin de cette ablation. Pour moi un sujet qui amène autant de violence et de discorde ne peut pas être bon. Il y a des personnes croyantes, musulmanes ou juives, qui sont contre cet acte aujourd’hui et je trouve ça très courageux.

Si cette tradition séculaire s’est faite pendant tout ce temps SANS anesthésie, le fait qu’on puisse endormir l’enfant ou l’anesthésier localement ne donne pas plus de légitimité à la circoncision à mes yeux.

A mon avis, un passage rituel lié à la religion devrait être pleinement consenti et réfléchi par la personne premièrement concernée. Que ce soit le baptême ou la circoncision, à la différence que la baptême ne retire pas de chaire.

C’est un acte qui amène l’enfant à subir un immense stress. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il sera plus fort ? Qu’il sera mieux capable d’affronter la mort ? Qu’il sera moins porté vers le sexe (au détriment de l’esprit) ?

J’ai bien conscience que c’est un sujet extrêmement délicat, mais voilà, je me dis que la transmission religieuse peut très bien se faire sans cette circoncision. Ce n’est pas parce qu’un homme est intact qu’il sera dépravé ou violent.

Retirer la capacité à ressentir du plaisir volontairement, c’est intolérable pour moi. Comme si tout ce qui se liait à la sensualité était mauvais, allait à l’encontre de la foi. Je suis convaincue que ce n’est pas une entrave. Si Dieu est Amour et qu’il demande à ce que nous protégions nos enfants, que nous prenons soins d’eux, que nous ne devons pas les offenser, alors cet acte est un non-sens total.

Dieu n’a-t-il pas donné aux hommes la capacité à connaitre par lui même des réponses à ses interrogations ? Il nous a donné la capacité à reconnaître ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.

Mon souhait est que tout le monde remette en question un tant soit peu cette pratique. Qu’est-ce qui motive à ce point cette circoncision ? Pourquoi est-elle mise en avant comme une condition sine qua non de l’appartenance à une religion, à une communauté ? Pourquoi des adultes croyants se sentent-ils “empêchés” de pratiquer leur religion si on les empêche de toucher au sexe de leurs garçons ?

La religion ne se porte pas sur le sexe, elle est dans le cœur avant tout !

On pourra me dire mille fois que c’est Dieu qui l’a dit, je ne pourrais pas m’empêcher de penser que c’est une tradition créée par les hommes pour les hommes, comme un signe d’appartenance, un marquage.

C’est encore un acte qui maintient dans la peur, la peur du rejet, la peur du jugement. La peur est l’outil du diviseur, de celui qui divise pour régner. La peur et la soumission par la peur, c’est l’outil du diable, celui qui divise les hommes.

Je préfère la ‘soumission’ par amour, le respect par amour et non par obligation ou par peur. Sans amour dans nos gestes, dans nos transmissions, nous nous éloignons de la bonté de Dieu. J’ai lu tant de témoignages de mères qui sont partie faire circoncire leur garçon le cœur noué, le ventre tortu d’angoisse.

J’ai un message pour ces femmes : Le cœur ne ment jamais ! Le cœur, c’est la boussole que Dieu a mis dans nos corps pour éclairer nos vies. Soyez à l’écoute de cette boussole !

Je sais combien il est aussi très difficile pour un homme circoncis d’admettre que ce n’est pas essentiel et de prendre un chemin nouveau pour ses futurs garçons.

Une pensée pour tous ces petits bouts de chou, pour toutes leurs mères, pour leurs pères circoncis ou intacts.

Une pensée pour ces hommes blessés dans leur être pour un acte qu’ils n’ont pas choisi.

Donnez-leur le choix. Merci pour eux.”

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