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Observatoire de la désinformation et des mauvaises pratiques en matière de santé du pénis

L’objectif de cet Observatoire est de repérer la désinformation et les mauvaises pratiques en matière de santé du pénis, et d’inviter les responsables à corriger leurs erreurs.

Dernière mise à jour : 21/12/2019

observation de la planète terre à la loupe

Sommaire

1. Désinformation

a. Institutions
b. Professionnels
c. Médias

2. Mauvaises pratiques

a. Professionnels
b. Grand public

Note : chaque erreur signalée dans l’Observatoire renvoie à la page erreurs et réponses types.

Désinformation

Institutions

Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

Organisation Mondiale de la Santé

Une confusion dévastatrice se retrouve chez la plus haute autorité de santé au monde, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), responsable de la Classification Internationale des Maladies (CIM).

Nous préconisons de supprimer le contenu erroné des codes CIM-10 N47 et CIM-11 GB05 de cette classification, qui pathologise à tort le prépuce.

Erreur commise

L’OMS se trompe sur le développement normal du pénis.

Pour une présentation détaillée de cette erreur, lire cette partie de notre dossier « Santé du pénis » : Phimosis : au coeur de la faille de santé publique.

Assurance Maladie (France)

logo sécurité sociale l'assurance maladie

Pages consultées le 10/12/2019 :

- Phimosis
- Définition, causes et complications possibles d’un phimosis
- Phimosis : les bons réflexes et les cas où il faut consulter
- Le traitement du phimosis

Les informations données à la rubrique « phimosis » du site Internet de l’Assurance Maladie publique française, Ameli.fr, sont particulièrement erronées et nocives, avec de multiples risques de blessure pour l’enfant, de surmédicalisation et de coûts de santé publique totalement injustifiés.

La cause fondatrice des erreurs commises en cascade par l’équipe de rédaction ce ces pages est l’ignorance quant aux phases du développement normal du pénis. Leur référentiel correspond typiquement à l’étude de 1949 réalisée par le pédiatre anglais Douglas Gairdner. Celui-ci a conclu à tort qu’après l’âge de 3 ans environ des mesures doivent être prises pour rendre le prépuce rétractable afin qu’il soit nettoyable. Depuis l’étude de 1968 faite par le pédiatre danois Jakob Øster et les confirmations par toutes les études qui ont suivi, on sait aujourd’hui que les chiffres avancés par Gairdner sont faux et que les conseils qui en découlent sont nuisibles pour la santé de l’enfant.

De ce fait, l’Assurance Maladie commet à peu près toutes les erreurs types en matière de santé du pénis. En voici quelques exemples :

> Se tromper sur le développement normal du pénis

Erreur sur l’âge de rétractabilité du prépuce :

- « Le décalottage complet du gland est possible chez : seulement 4 % des nouveau-nés ; 50 % des enfants de 3 ans ; […] »
- « Chez la plupart des garçons, cette évolution spontanée advient, en général, avant l’âge de cinq ans. »

Utilisation à tort du mot pathologisant « phimosis » pour décrire un état normal de non rétractabilité du prépuce :

- « On parle de phimosis lorsque l’on ne peut pas découvrir le gland du pénis. »
- « Le phimosis est un phénomène normal […] »

Utilisation à tort du mot pathologisant « adhérence » pour décrire un état normal de fusion entre le prépuce et le gland :

- « […] le nouveau-né présente un prépuce […] qui adhère au gland. »
- « On applique localement un dermocorticoïde, pendant quatre à six semaines. Cela assouplit le prépuce et supprime les petites adhérences de la peau sur le gland. »

> Préconiser la circoncision à tort

« Jusqu’à l’âge de deux ans, le phimosis ne fait l’objet d’aucun traitement. Si des soins sont nécessaires, le phimosis peut être traité par des médicaments. En cas d’échec, une opération chirurgicale est envisagée pour desserrer ou enlever le prépuce. »

« En cas de phimosis, une intervention chirurgicale peut être proposée chez l’enfant, après 5-6 ans ou chez l’adulte, soit d’emblée, soit en cas d’échec du traitement médical. »

> Banaliser la circoncision

Dans la vidéo utilisée sur cette page d’Ameli.fr, le docteur Mimoun banalise la circoncision en la considérant comme un référentiel qui va de soi, voire souhaitable. De façon générale, le docteur Mimoun est particulièrement biaisé en faveur de la circoncision, comme le signalait déjà notre lettre ouverte de 2015. Il ne devrait pas être mobilisé en tant qu’expert sur la santé du pénis.

Sur cette page, Ameli.fr affirme à tort à propos de la circoncision : « Cette intervention est en général très simple », ce qui sous-estime notamment les risques de complications qui peuvent être graves, ainsi que les conséquences, derrière une apparente simplicité opératoire.

> Préconiser de décalotter l’enfant

Non seulement Ameli.fr préconise qu’un tiers décalotte à tort l’enfant dans une situation normale, mais aggrave sa préconisation en prescrivant une crème anesthésique, ce qui suppose un dangereux forçage de la rétractation du prépuce, en parfaite contradiction avec la « douceur » recommandée.

« Permettre le décalottage lorsque le prépuce est serré - On applique localement un dermocorticoïde, pendant quatre à six semaines. Cela assouplit le prépuce et supprime les petites adhérences de la peau sur le gland. Un décalottage-recalottage peut alors être effectué en douceur, au besoin en employant une crème anesthésique. Ce traitement est proposé si nécessaire pour l’enfant à partir de 2 ans […] »

> Préconiser une mauvaise hygiène du pénis

« Il est recommandé de : nettoyer les organes génitaux de votre enfant simplement, à l’eau et au savon ; attendre que son prépuce s’assouplisse naturellement, pour pouvoir dégager et laver le gland. »

Par ailleurs, Ameli.fr recommande de s’appuyer sur filsantejeunes.com qui ne devrait pourtant pas servir de modèle (voir notre rubrique dédiée à venir).

> Affirmer que la circoncision n’a pas de conséquences négatives sur la sexualité

« La circoncision ou la plastie préputiale n’ont alors aucune conséquence sur les fonctions urinaire et sexuelle. »

> Surmédicaliser le pénis

« si le phimosis persiste après l’âge de cinq ans, demandez l’avis de votre médecin traitant. »

« Prenez rendez-vous dans les jours qui viennent si : votre enfant a plus de 5 ans et son phimosis persiste […] »

« En cas de phimosis, une intervention chirurgicale peut être proposée chez l’enfant, après 5-6 ans ou chez l’adulte, soit d’emblée, soit en cas d’échec du traitement médical. »

*

Un tel niveau de désinformation pose plusieurs questions :

- comment la méthode de rédaction des contenus du site Ameli.fr a-t-elle pu laisser passer de telles anomalies scientifiques ? Combien d’autres contenus du site sont susceptibles du même discrédit qui entache l’institution ?

- comment se fait-il qu’aucune des nombreuses institutions de santé concernées par le sujet ne se soit faite entendre pour pointer et corriger ces erreurs, et qu’il faille attendre l’initiative d’une association bénévole qui ne bénéficie d’aucune reconnaissance publique ?

De façon générale, il est dommageable qu’un tel niveau d’anomalie risque d’alimenter la défiance des citoyens envers l’Institution.

[A VENIR] Le XX/XX/2020, Droit au Corps a contacté l’assurance maladie pour leur signaler ces erreurs. Il ne s’agit pas de corriger cet article, mais de tout réécrire en se fondant sur les bonnes bases scientifiques. En attente de réponse.

Professionnels

Eric Saban, pédiatre

Dans un entretien vidéo accordé en 2018 au site Internet Parole de Mamans, le pédiatre Eric Saban dit :

« Une chose est sûre, il ne faut pas les décalotter trop tôt, il faut attendre au moins 8-9 mois que le prépuce grandisse un peu avant de les décalotter. Et quand on choisit la solution du décalottage, il faut le faire de façon douce, après avoir mis une petite crème anesthésique pour pas que l’enfant n’en souffre. Il vaut mieux quand même le faire quand il est petit pour pas qu’il en ait de mauvais souvenirs parce que ça va quand même lui faire un petit peu mal. Et ensuite, une fois que les adhérences préputiales auront été libérées, que le smegma […] aura été évacué, on conseille aux parents de les décalotter doucement, une fois par semaine, après le bain, pour pas que les adhérences préputiales ne se reconstituent. »

Erreurs commises

Le Dr Saban :

[A VENIR] Le XX/XX/2020, Droit au Corps a contacté Parole de Mamans pour leur signaler ces erreurs et leur demander de les corriger. En attente de réponse.

Marc Sznajder, pédiatre

Dans un article publié en 2014 sur le site de Libération, le pédiatre Marc Sznajder estime qu’ « il faut vérifier que le décalottage fonctionne à partir de 2 ans. »

Erreurs commises

Le Dr Sznajder :

[A VENIR] Le XX/XX/XXXX, Droit au Corps a contacté Libération pour leur signaler cette erreur et leur demander de la corriger. En attente de réponse.

À noter qu’également interrogé dans l’article, le docteur Yves Aigrain, chef du service de chirurgie viscérale et pédiatrique de l’hôpital Necker-enfants malades et ex-président de la société française de chirurgie pédiatrique rappelle heureusement que « l’obsession française du décalottage […] est contredite par la littérature scientifique ».

Médias

à venir

Mauvaises pratiques

Professionnels

Témoignages publiés sur Droit au Corps

Lors d’une visite médicale d’un bébé de 11 mois chez son pédiatre habituel, celui-ci pratique un décalottage sans même prévenir la mère. Cette mauvaise pratique blesse l’enfant qui saigne et hurle. Lire le témoignage.

Suite à son hospitalisation pour une crise d’asthme sévère, un enfant de 9 ans subit un décalottage de la part du chef du service de pédiatrie, sans aucune explication préalable ou recueil du consentement, et alors qu’il s’agissait d’une consultation pour savoir s’il pouvait quitter l’hôpital. D’après l’infirmière, ce « décalotteur en série » pratique cet acte sur tous les garçons qu’il examine. Blessé, l’enfant pleure et a mal plusieurs jours durant. Lire le témoignage.

Lors d’une intervention chirurgicale sur un enfant de 4 ans pour traiter une hydrocèle, le chirurgien « profite » de l’anesthésie générale pour pratiquer un décalottage sans aucune information préalable des parents ni recueil de leur consentement. Blessé, l’enfant pleure pendant une heure au réveil et hurle pendant trois jours lors de la miction. Lire le témoignage.

Témoignages publiés sur d’autres sites

Témoignages de parents à la fin de l’article Décalottage : laissez pisser ! publié sur Libération en 2014 :

« Je ne m’occupe pas du prépuce de mon fils, c’est le pédiatre qui le décalotte, à chaque consultation. Mais celui que je consultais il y a quelques années ne le faisait pas et du coup, quand celui-là fait ce geste sur mon fils, j’ai toujours un moment de gêne. Je ne sais pas si c’est indispensable ou pas, c’est une question que je me pose souvent. » - Alexandra, mère d’un fils de 7 ans

« Ma mère me demande régulièrement si je décalotte mes fils. Elle le fait comme elle vérifie qu’ils sont passés chez le coiffeur ou qu’ils ont les mains propres avant de venir à table. Je botte en touche, je lui réponds “oui, oui, bien sûr”, mais la vérité, c’est que je ne le fais pas. Si, j’ai essayé une fois, et comme ce n’était pas si facile à faire, je n’ai pas recommencé. Quand ils étaient petits, on voyait un pédiatre qui ne s’est jamais soucié du décalottage. Et le généraliste qui a pris le relais ne nous en a jamais parlé non plus. » - Fabien, père de jumeaux de 8 ans

« Mon frère aîné a dû se faire opérer pour un phimosis et ma mère m’a toujours dit qu’elle n’avait jamais osé le décalotter, du coup j’ai pris les devants. Vers 7 ou 8 ans, chez notre médecin de famille, j’ai dit à ma mère de se retourner et j’ai demandé au docteur de m’expliquer. Je n’ai pas tout compris, puisque j’ai bien failli m’arracher le frein en mettant ses conseils en pratique. Mais j’ai persisté et fini par saisir le geste. Je l’ai appris à mes fils. Ma femme ne veut pas s’en occuper, j’ai donc expliqué à mes garçons comment faire sous la douche et, depuis, ils se débrouillent tout seuls. » - Damien, père de deux garçons de 5 et 10 ans

Témoignages de parents rapportés par le docteur Le Houézec sur son blog en 2012 :

Sven, âgé de 9 mois, est amené en consultation d’urgence par sa mère qui a découvert le matin même un peu de sang rouge au milieu de la tâche d’urine habituelle qui humidifie sa couche. En examinant les organes génitaux de ce nourrisson, on découvre un discret suintement hémorragique issu du frein du prépuce qui a été superficiellement érodé. Cette lésion est traumatique car sa mère apprendra rétrospectivement que la nourrice de Sven est habituée, lors des changes des jeunes garçons dont elle a la garde, de décalotter l’extrémité de leur verge comme la tradition familiale lui avait appris, pensant en cela éviter des problèmes de phimosis ultérieur.

Stéphane, 4 ans, est amené en urgence par sa mère très inquiète, un lundi matin car, depuis la veille, il existe un gonflement douloureux de l’extrémité de la verge de son fils. Le fourreau du prépuce est complètement rétracté et gonflé, enserrant le gland qu’il ne peut plus recouvrir du fait de l’œdème. Il s’agit bien sûr d’un paraphimosis dont toute réduction manuelle est devenue impossible au fil des heures. La mère de Stéphane avait pris l’habitude de décalotter, dans le bain du dimanche soir la verge de son fils bien que cette manœuvre se soit toujours révélée difficile, douloureuse et visiblement redoutée par son garçon. Elle suivait en cela ce qui lui avait été recommandé, dès la maternité, par la plupart des médecins qu’elle avait été amenée à consulter pour son enfant. Mais cette fois, la traction du prépuce avait été plus insistante et prolongée, si bien que toute réintégration à l’état initial s’était avérée impossible. Une cure chirurgicale de ce paraphimosis dut être réalisée en urgence. Depuis Stéphane ne tolère plus, avec raison, que l’on touche à “son zizi.”

Joan, 4 ans ½, est amené en consultation par sa mère qui s’inquiète de l’aspect de la verge de son petit garçon. Elle raconte qu’elle avait pris l’habitude de décalotter régulièrement le prépuce de Joan, suivant en cela les conseils de son entourage familial et de médecins qu’elle avait interrogés à ce sujet. Elle était ainsi arrivée fièrement, dès l’âge de 9 mois, à rétracter complètement le prépuce de son jeune garçon. Chaque manœuvre était visiblement douloureuse pour Joan, cet exercice s’accompagnant assez régulièrement de petites déchirures de la peau du prépuce qui saignotait fréquemment. Ces exercices devenaient de plus en plus mal tolérés par Joan et sa mère. Celle-ci avait donc espacé les séances progressivement pour les interrompre vers l’âge de 2 ans puisqu’à cette époque le gland pouvait être décalotté en totalité, bien que toujours plus ou moins difficilement. Deux ans plus tard, sa mère est très étonnée de ne plus pouvoir du tout rétracter le prépuce qui fonctionnait si bien auparavant. Celui-ci est de fait épaissi, blanchâtre, induré avec un orifice punctiforme et toute manœuvre de traction est strictement impossible. Il s’agit visiblement d’un phimosis secondaire lié à une sclérose et une rétraction cicatricielle de lésions post-traumatiques du prépuce. Une circoncision sera effectuée quelque temps plus tard sur la verge de Joan. Elle devra même être associée à une “méatoplastie” du fait d’une légère sclérose associée du méat urétral.

Grand public

xxx

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