Sexualité : « je me suis juré de n’avoir de relation qu’avec un homme intact »

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Originaire d’un pays où la circoncision est rare, Diana a d’abord eu des relations sexuelles avec des hommes intacts. Puis, ayant travaillé dans de grandes entreprises avec des personnes originaires de pays où la circoncision est la norme, elle a connu des partenaires circoncis. Dans ce témoignage, elle explique l’impact que la circoncision a eu sur sa sexualité et partage ses réflexions sur les aspects éthiques de la pratique.

Image d’illustration

Témoignage de Diana

En tant que femme ayant eu des relations intimes avec des hommes circoncis et intacts, je souhaite apporter un éclairage sur les conséquences négatives des mutilations génitales masculines (MGM) que j’ai personnellement vécues. J’espère que le fait de partager mon expérience contribuera à favoriser des conversations ouvertes sur ce sujet sensible.

Lorsque j’ai été confrontée pour la première fois à la MGM dans le cadre d’une relation intime, je n’étais pas consciente des conséquences négatives potentielles de cette pratique. Ayant grandi dans une société où la MGM n’existait pas, je n’avais aucune idée que des personnes la pratiquait et j’ai été choquée d’apprendre son existence.

La première fois que j’ai vu un pénis circoncis, je n’avais aucune idée de ce que je voyais et je me suis demandé quel accident bizarre était arrivé à ce jeune homme, alors je lui ai demandé. C’était un américain et il s’est senti insulté par ma question, car il venait d’une culture où c’était tout à fait normal. Nous avons fini par avoir une conversation à ce sujet. À l’époque, j’ignorais que d’autres expériences m’attendaient et qu’elles seraient gênantes, et cela à cause de ce qui lui était arrivé alors qu’il n’était qu’un nouveau-né.

Au cours de ma relation avec lui et plus tard dans ma vie, j’en ai appris beaucoup plus sur les complications physiques de la MGM, et cela m’a ouvert les yeux. J’en ai appris encore beaucoup plus depuis et j’ai discuté avec plusieurs hommes qui ont subi cette épreuve à un âge plus ou moins jeune. Certains d’entre eux ont souffert d’infections pendant le processus de cicatrisation, ce qui a entraîné une gêne et des périodes de convalescence prolongées. J’ai appris que l’ablation du prépuce pouvait entraîner des saignements excessifs et que, dans certains cas malheureux, des erreurs chirurgicales entraînent des cicatrices et des douleurs inutiles. Pour certains bébés, les saignements excessifs peuvent même entraîner la mort. Je ne peux qu’imaginer à quel point il doit être douloureux pour un nouveau-né de porter une couche et d’uriner sur une plaie ouverte. Cela doit être traumatisant de ressentir cela de manière répétée.

Au fur et à mesure que je me liais émotionnellement avec mes partenaires, je découvrais que la MGM affectait leurs expériences sexuelles. Certains avaient une sensibilité réduite, ce qui affectait leur capacité à ressentir tout le spectre du plaisir pendant les moments intimes. Il était déchirant de constater qu’une intervention chirurgicale qu’ils n’avaient pas choisie pouvait avoir un tel impact sur leur satisfaction sexuelle et leur bien-être général.

Cela a également eu pour conséquence d’amoindrir ma satisfaction pendant les rapports sexuels, car il y avait beaucoup plus de friction. Le prépuce joue un rôle essentiel dans le plaisir sexuel, car il contient des milliers de terminaisons nerveuses qui augmentent la sensibilité. La MGM entraîne une sécheresse lors des rapports sexuels, car la lubrification naturelle n’est pas présente. Cela entraîne une gêne pour les deux partenaires et peut nécessiter l’utilisation de lubrifiant supplémentaire pour en atténuer les effets. 

La perte de la fonction protectrice du prépuce peut également exposer le gland du pénis à la friction et au frottement, ce qui peut contribuer à l’inconfort des femmes pendant les rapports sexuels. Le vagin n’est pas fait pour être en contact avec un pénis dont le gland est devenu « calleux » en raison du durcissement de la peau, état qui résulte de l’absence du prépuce. Cela peut entraîner des problèmes avec le col de l’utérus et le vagin, qui sont tous deux des zones très sensibles.

J’ai eu un problème vaginal qui est apparu sans qu’il y ait d’infection, mais qui y ressemblait. Il m’a fallu plus d’un an pour guérir et cela a nécessité l’arrêt des rapports sexuels vaginaux. Il a fallu du temps avant que le gynécologue ne comprenne ce qu’il se passait et, pendant ce temps, on m’a administré toute une série de médicaments pour voir s’il ne s’agissait pas d’une infection que les médecins ne connaissaient pas et, avec des antibiotiques à large spectre, ils espéraient que cela guérirait, aucune culture n’ayant jamais révélé quoi que ce soit d’anormal.

Pour moi, la MGM a été source d’inconfort, voire de douleur, en fonction du moment intime. Cela a affecté ma relation sexuelle et mon intimité générale avec les partenaires circoncis, au point que je ne voulais plus avoir de relations sexuelles avec eux. Maintenant que je suis célibataire, je me suis juré de n’avoir de relation qu’avec un homme intact.

Les aspects éthiques de la MGM ont pesé lourd dans mon esprit. J’ai trouvé troublant que la décision de circoncision soit souvent prise pour des enfants qui ne peuvent pas donner leur consentement ou exprimer leur opinion. Ce mépris de l’autonomie corporelle soulève des questions importantes sur le droit des individus à prendre des décisions concernant leur propre corps. Le fait d’être intimement lié à un homme circoncis m’a fait réfléchir aux normes sociétales qui entourent cette pratique. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer le contraste frappant entre les attitudes à l’égard des mutilations génitales masculines et la condamnation générale des mutilations génitales féminines (MGF). Cela m’a fait prendre conscience de la nécessité d’examiner nos préjugés et de favoriser une approche plus équilibrée de ces questions sensibles.


Notes de Droit au Corps : 

  • liens insérés dans le texte par nous ;
  • traduit de l’anglais vers le français par nous.