Émission sur la circoncision chez La Tronche en Biais

Le 14 décembre 2023, la chaîne YouTube La Tronche en Biais a tenu une émission en direct sur la circoncision. Notre association en était l’invitée.

Voici la rediffusion :

Codes temporels : 

  • 5:33 : présentation de Droit au Corps par Nicolas Maubert, co-fondateur de l’association
  • 17:42 : présentation « Petit abrégé de la circoncision » par Anaïs, membre de notre Réseau Santé, autrice d’une présentation lors du Sommet de la Santé Sexuelle 2023
  • 36:46 : témoignage de Giorgio, circoncis à 38 ans
  • 46:15 : témoignage de H2B, circoncis vers 4 ans
  • 55:16 : partage d’expérience du Dr Sébastien Beley, urologue
  • 1:12:09 : témoignage de Yaacov, circoncis à 8 jours
  • 1:24:32 : témoignage du Circoncis, circoncis à 8 jours
  • 1:39:45 : témoignage de Nicolas, circoncis à 9 ans
  • 1:52:24 : témoignage de Malaxia, circoncis à 35 ans

À cette occasion, Droit au Corps a lancé son serveur Discord, n’hésitez pas à le rejoindre.

Droit au Corps remercie La Tronche en Biais d’avoir abordé le sujet de la circoncision et d’avoir invité notre association. Ce type d’initiative contribue à la libération de la parole, à la prise de conscience que la circoncision peut entraîner des souffrances, et montre la nécessité d’un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision.

COMMENTAIRES DE DROIT AU CORPS

Nous comprenons que le format d’une émission en direct ne permet pas de réagir à toutes les interventions. Pour cette raison, Droit au Corps (DaC) a souhaité apporter des précisions, compléments d’information et réponses à certains propos tenus, notamment par les modérateurs Fantine et Vled. Notre association regrette des propos erronés, des prises de parole maladroites à l’égard de victimes, et un inacceptable dénigrement à son égard. Pour des raisons incompréhensibles, ces propos ont globalement eu tendance à minimiser l’impact de la circoncision, l’ampleur des souffrances liées ainsi que leur caractère systémique. 

Tout cela montre qu’il reste un travail pédagogique considérable à réaliser pour en finir avec l’ignorance et le déni sur ce scandale majeur qu’est la circoncision, depuis des siècles. Il faudra encore du temps pour comprendre à quel point la science et les institutions elles-mêmes ont été et sont encore massivement biaisées sur ce sujet très sensible, ce qui rend le débat démocratique d’autant plus difficile. La Tronche en Biais (TeB) a toute sa place pour contribuer au « débunkage » de la pseudo-science qui justifie la pratique de la circoncision, comme la TeB le fait si bien sur d’autres sujets.

Dénigrement de Droit au Corps
Une faille systémique de santé publique, et non des cas particuliers
Définition de « phimosis » : des enjeux cruciaux
Sensibilité et érogénéité
Sensibilité : prépuce vs doigts
Circoncision et VIH/SIDA
Difficultés à atteindre l’orgasme
Perception de la circoncision par les personnes concernées
Chiffres aux États-Unis
Proposition à Fantine & Hippocrate

Dénigrement de Droit au Corps

Vled 1:23:00 (dans le chat) : « Oui. Quand le prépuce est collé au gland. Ce qui n’est plus le cas passé un certain temps et des choses peuvent passer sous le prépuce le cas échéant. Intervention fausse par moment [désigne Anaïs]. » (en gras par nous)
Vled 1:23:15 (dans le chat) : « Fantine n’a pas désiré intervenir après son intervention pour rien. Faites très attention à ce qu’elle raconte [désigne Anaïs] » (en gras par nous)

Commentaire DaC : Droit au Corps ne comprend pas qu’un modérateur, de toute évidence non spécialiste du sujet, se permette de dénigrer de façon inacceptable une médecin qui par ailleurs forme des professionnels de santé sur le sujet, et d’appeler publiquement à la méfiance à son encontre. En l’occurrence, il s’agit de propos calomnieux à l’encontre d’Anaïs.

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Vled 1:04:15 (dans le chat) : « Je croyais que pour le docteur Schneider le phimosis n’existe pas. »

Commentaire DaC : Vled fait dire à Anaïs ce qu’elle n’a pas dit. Voici mot pour mot le texte de la présentation d’Anaïs, à 30:28 :

« Attention : il existe une confusion sémantique autour du mot “phimosis”. Un phimosis correspond en réalité à un rétrécissement du prépuce qui fait suite à un véritable état pathologique ou à des décalottages forcés qui ont blessé le prépuce et l’ont rendu cicatriciel. Malheureusement, le mot pathologisant “phimosis” est souvent utilisé à tort pour décrire un état normal de prépuce non rétractable chez l’enfant. Cette confusion entraîne des diagnostics erronés, une surmédicalisation du pénis et peut servir d’alibi à la circoncision. »

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Vled 1:57:55 : « Là où j’ai vraiment certaines réticences avec la rhétorique de Droit au Corps, je suis sincèrement désolé de dire ça, c’est que j’y vois des appels à l’émotion permanents, que je comprends, le sujet suscite les émotions, mais typiquement, Mme Schneider, avec tout le respect que je vous dois, le powerpoint avec des enfants dans tous les sens qui pleurent, ça détourne considérablement d’autres souffrances qui existent, non non il y en a eu plusieurs [répondant à Thomas qui disait : « il y a une image »], ça détourne considérablement d’autres souffrances qui existent et dont je pense qu’il est important de parler. »

Commentaire DaC : Tout comme Thomas, nous sommes étonnés par les propos de Vled : où sont les « enfants dans tous les sens qui pleurent » sur le powerpoint, alors qu’il n’y a eu qu’1 seule image d’enfant qui pleure dans toute la présentation faite par DaC ? De quels « appels à l’émotion permanents » parle-t-il ? En quoi notre association détournerait « d’autres souffrances qui existent » ?

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Vled continue : « L’association Droit au Corps est une association militante, je n’ai aucun problème avec la militance, mais la militance ne doit pas détourner d’autres vérités qui existent. Et puisqu’il faut parler d’émotions, je vais parler de mon cas personnel. Alors je ne suis pas circoncis, mais j’ai un problème qui a été connexe à ça, c’est que j’ai eu un problème de phimosis, j’utilise le terme phimosis parce que là on était dans une condition médicale qui a engendré de la souffrance. J’avais un phimosis quand j’étais adolescent, et il y a des choses dont on n’a pas parlé sur le phimosis. On a parlé des questions d’hygiène, je remercie le docteur Beley d’en avoir parlé, docteur Beley qui a une chaîne YouTube d’ailleurs, il ne l’a pas dit, il n’a pas fait sa publicité, et j’ai regardé quelques unes de ses vidéos en préparation de l’émission, et j’ai trouvé ça très très intéressant. En tous cas, en plus des problèmes liés à l’hygiène qui sont posés par le phimosis, et s’il y a un problème d’ordre médical il n’est pas choquant d’utiliser des termes de type médicaux, on ne peut pas en effet peut-être parler de phimosis s’il n’y a pas de problème d’ordre médical ou de problème sur le confort. Toujours est-il que moi, dans mon cas, j’avais des douleurs considérables à l’érection, à partir du moment où la peau ne peut pas suffisamment s’ouvrir pour engendrer un décalottage, l’érection peut être douloureuse, ça on n’en a pas parlé et c’est une condition qui existe et qui peut justifier une circoncision. J’ai dit que je ne suis pas circoncis parce que, et là encore que ce soit l’association Droit au Corps comme le docteur [Beley] ont raison tous les deux, il existe d’autres gestes médicaux, d’autres pratiques qui peuvent permettre de régler les problèmes liés au phimosis ou à tout autre problème de ce genre là. Moi c’est une crème qui a suffit, qui a permis d’assouplir le prépuce et ça fait qu’à terme j’ai pu décalotter sainement et j’ai pu me masturber comme tous les enfants de l’âge que j’avais. Ces douleurs étaient vraiment handicapantes, les érections nocturnes sont fréquentes chez les adolescents, se réveiller la nuit parce qu’on a une érection, c’est chiant. Admettons, et là je vais vraiment faire preuve d’une grande charité même si pour le coup je ne suis pas sûr que ce soit vrai dans 100 % des cas, mais je veux bien admettre sans aucun soucis, puisque j’ai vu des études, même si c’est pas 100 % des cas, dans la plupart des cas le décalottage devient possible avec le temps, c’est tout à fait exact, il y a des chiffres, il y a une courbe qui montre les âges, mais c’est pas dans 100 % des cas et desfois on n’y arrive pas, des fois c’est pas possible, il faut passer par la circoncision, c’est un acte nécessaire. »

Commentaire DaC : À aucun moment Droit au Corps ne dit le contraire, ni sur ses contenus en ligne, ni sur ses supports physiques, ni durant l’émission. De toute évidence, Vled avait un problème (puisque douleur) nécessitant un traitement. En l’occurrence, une crème l’a guéri, ce qui est un traitement moins invasif et dommageable que la circoncision, qui doit être pratiquée seulement en ultime recours. Tout cela est clairement écrit sur le site de Droit au Corps et a été rappelé par Anaïs durant sa présentation (dont la durée n’a pas permis de parler de la gamme de traitements existant), à 26:32 :

« La circoncision se justifie très rarement pour des raisons thérapeutiques, en fait la plupart du temps il existe des alternatives moins invasives et dommageables. La circoncision est une option radicale qui devrait être considérée seulement en ultime recours, malheureusement elle est encore trop facilement recommandée, parce que les médecins ont l’habitude ou par manque de connaissance sur les alternatives. »

Vled reproche à Droit au Corps un discours que Droit au Corps n’a jamais tenu.

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Vled continue : « Admettons qu’on m’ait dit, à 14 ans, là où je douillais ma race : “oui mais t’en fais pas, si tu attends jusqu’à tes 18 ans, 19 ans, 20 ans, le décalottage va devenir naturel et tu n’auras plus aucun problème.” Si on m’avait dit ça, “tu vas attendre 4, 5, 6 ans”, et qu’à côté quelqu’un m’avait dit “oui mais une petite opération chirurgicale pourrait faire que tu vas beaucoup moins douiller maintenant”, je pense que j’aurais choisi l’opération. […] À partir du moment où il y a une condition médicale qui justifie la circoncision, je pense qu’il est risqué de stigmatiser cette pratique à partir du moment où elle est bien faite et médicalement justifiée. »

Commentaire DaC : Nous ne comprenons pas cette conclusion de Vled. Personne à notre connaissance, en tous cas pas Droit au Corps, ne dirait à un adolescent qui souffre de douleurs d’attendre sans rien faire. De plus, il est étrange que Vled présente 2 choix au garçon de 14 ans qu’il était, « attendre » ou « opération chirurgicale », alors qu’un 3ème choix plus judicieux est par exemple un traitement médicamenteux, comme celui dont Vled a bénéficié.

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Fantine 35:34 : « Donc je pense que cette question là est encore bien ouvertement débattue parmi les spécialistes que nous ne sommes pas. » (en gras par nous)
Fantine 1:50:12 : « Donc la question de mieux définir les termes, elle se pose, et c’est pas moi médecin généraliste ni quelque médecin que ce soit, non urologue et non spécialiste, qui va trouver la réponse ce soir. » (en gras par nous)

Commentaire DaC : Droit au Corps est suffisamment spécialiste pour être régulièrement appelée à former des professionnels sur la santé du pénis, par exemple : 

Une faille systémique de santé publique, et non des cas particuliers

Fantine 1:46:49 : « … à 9 ans un enfant il est capable de comprendre ce qui se passe, et vous disiez justement que vous aviez mal vécu le fait qu’on ne vous l’ai pas demandé, et c’est une erreur médicale là pour le coup ce que vous avez vécu. »

Commentaire DaC : 

  • Fantine fait dire à Nicolas ce qu’il n’a pas dit. Suite à l’intervention de Fantine, il précise d’ailleurs que le médecin lui avait demandé son avis. Nicolas explique bien que ce qu’il a mal vécu, c’est la douleur post opératoire et, surtout, la prise de conscience de ce qu’il a perdu et des conséquences sur sa sexualité.
  • Dans le cas de Nicolas, le problème vient du fait que le médecin a préconisé la circoncision pour un motif pseudo médical. En parlant d’une « erreur médicale […] que vous avez vécu », Fantine ne semble pas comprendre la démonstration faite par Anaïs dans sa présentation : que Nicolas n’est pas un cas particulier, mais une victime typique de ce qu’il faut nommer une faille de santé publique, systémique et massive, qui fait des dizaines de milliers de victimes annuellement rien qu’en France. Cette minimisation de Fantine, qui voit dans le témoignage de Nicolas un cas particulier d’erreur médicale (qui n’existe même pas), alors qu’il s’agit d’une parfaite illustration d’une faille de santé bien réelle, est pour le moins troublante.

Définition de « phimosis » : des enjeux cruciaux

Vled 59:18 (dans le chat) définit « phimosis » de la manière suivante : « Une occlusion du prépuce trop importante pour permettre un décalotage [sic] »
Fantine 59:22 (dans le chat) définit « phimosis » de la manière suivante : « Le phimosis est un décalottage impossible ou imparfait. »
Fantine 1:05:09 (dans le chat) ajoute : « Pour reprendre sur la définition du phimosis, celle-ci est protéiforme et plurielle, raison pour laquelle le terme est complexe à utiliser. On parle de phimosis serré quand il est pathologique »

Commentaire DaC : Ces affirmations erronées illustrent parfaitement la faille de santé publique sur le pénis, dont le mot phimosis est au cœur. Le problème avec les définitions de Vled et de Fantine, c’est que tout enfant au prépuce non rétractable, soit une majorité avant l’adolescence, peut se voir diagnostiquer un « phimosis », mot qui sous-entend la présence d’une pathologie même s’il n’y en a pas. En effet, ce simple diagnostic de « phimosis » permet la prise en charge par l’assurance maladie française, ce qui montre que le « phimosis » est systématiquement considéré comme une pathologie par les institutions sanitaires. Au contraire, les définitions avancées par Vled et Fantine incluent des prépuces sains.
Pour une raison inconnue, Vled et Fantine excluent la notion de rétrécissement secondaire de l’orifice préputial, pourtant essentielle, comme rappelé par Anaïs dans sa présentation, à 30:28 :

« Attention : il existe une confusion sémantique autour du mot “phimosis”. Un phimosis correspond en réalité à un rétrécissement du prépuce qui fait suite à un véritable état pathologique ou à des décalottages forcés qui ont blessé le prépuce et l’ont rendu cicatriciel. Malheureusement, le mot pathologisant “phimosis” est souvent utilisé à tort pour décrire un état normal de prépuce non rétractable chez l’enfant.  Cette confusion entraîne des diagnostics erronés, une surmédicalisation du pénis et peut servir d’alibi à la circoncision. »

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Fantine 1:50:12 répond à Anaïs qui vient d’intervenir pour signaler le mauvais emploi du mot « phimosis » par Fantine : « La définition d’un mot n’appartient pas à, ni à une association ni à un médecin en particulier, elle appartient à l’usage, donc effectivement on est tous d’accord sur le fait qu’il y a un problème avec ce mot qui est utilisé différemment par différentes personnes, ce qui aboutit à des confusions et effectivement à très probablement des surtraitements. Donc la question de mieux définir les termes, elle se pose, et c’est pas moi médecin généraliste ni quelque médecin que ce soit, non urologue et non spécialiste, qui va trouver la réponse ce soir. Ça nécessite un débat au sein de la communauté scientifique, on est d’accord. »

Commentaire DaC : Puisque Fantine reconnaît elle-même « qu’il y a un problème avec ce mot » qui « aboutit à des confusions » et à des « surtraitements », ce qui est précisément ce que dénonce Droit au Corps, pourquoi continuer à utiliser des définitions problématiques ? D’autant que son choix de définition la met en contradiction avec elle-même lorsqu’elle dit « La définition d’un mot n’appartient pas à, ni à une association ni à un médecin en particulier ». 
Pour qui souhaite approfondir les enjeux des débats sur le terme « phimosis », voir notre dossier sur la santé du pénis et cette présentation d’Anaïs au Sommet de la Santé Sexuelle 2023.

Sensibilité et érogénéité

Fantine 33:25 : « Il y a notamment une étude que j’ai lue, l’étude Sorrells et al., sur la sensibilité des différentes zones du pénis. Il y a une confusion qui me semble un peu gênante, c’est la confusion entre le concept de sensibilité et d’érogénécité [sic]. En fait, les deux dans la présentation [d’Anaïs] sont considérées comme synonymes, ce qui n’est pas le cas. Effectivement, l’étude de Sorrells montre bien que c’est la zone, globalement, qu’on enlève avec la circoncision, qui est celle qui est la plus sensible au toucher, mais en aucun cas ça veut dire que c’est la zone la plus érogène. En tous cas il faudrait démontrer ce lien, ce qui n’a pas été fait. Moi ça me gêne un petit peu. »

Commentaire DaC : Ici comme dans d’autres de ses interventions, Fantine fait dire à Droit au Corps ce que l’association n’a jamais dit. Anaïs n’a nullement laissé entendre que sensibilité et érogénéité sont « synonymes », ni affirmé que la zone enlevée avec la circoncision est « la plus érogène ». Dans toute sa présentation, voici les 4 cas où elle a utilisé le mot érogène, dans l’expression « zone érogène », de façon tout à fait exacte scientifiquement  : 
21:47 : 1ère conséquence [de la circoncision] : c’est la perte de zones érogènes majeures
23:02 : Pour illustrer la perte de zone érogène, prenons l’exemple d’une circoncision ayant retiré la totalité du frein et de la zone alentour.
23:20 : 2ème conséquence qui se cumule à la première : c’est la désensibilisation des zones érogènes restantes [concernant le gland].
25:04 : Avec un pénis circoncis, en l’absence de mobilité de la peau sur la verge, les frictions augmentent. Conjugué à la perte de zones érogènes et la désensibilisation du gland, les hommes circoncis auront tendance à faire des mouvements plus forts et plus amples, ce qui peut entraîner de l’inconfort voire des douleurs pour les partenaires.

Sensibilité : prépuce vs doigts

Vled 34:25 : « Mais la pulpe des doigts l’est davantage [plus sensible que le prépuce] encore ! » 

Commentaire DaC : C’est faux. Le prépuce contient des récepteurs sensoriels en nombre bien plus important que dans les doigts, comme l’explique le Pr McGrath dans cet entretien vidéo.

Circoncision et VIH/SIDA

Thomas 50:15 : « J’ai vu un reportage sur Arte qui parle des campagnes [de circoncision] en Afrique, qui sont justifiables pour des raisons de santé publique, il y a des très bons arguments. » 

Commentaire DaC : Les campagnes de circoncision « volontaire » promues par l’OMS et l’ONUSIDA en Afrique pour lutter contre le VIH/SIDA représentent un scandale sanitaire majeur, comme le documentaire diffusé sur Arte en 2022 l’a en partie démontré. Pour aller plus loin, se référer à la présentation d’Anaïs au Sommet de la Santé Sexuelle 2023 à 1:24:40 ; à 1:45:41 est faite une présentation d’un lobby pro circoncision avec un zoom sur la campagne OMS/ONUSIDA à 1:51:47. Voir aussi la mise à jour récente de notre article. Il semble que Thomas n’ait pas connaissance des biais de cette campagne qui repose sur des bases bien peu scientifiques : nous sommes convaincus qu’une chaîne telle que La Tronche en Biais ferait œuvre d’utilité publique en s’intéressant à la question.

Difficultés à atteindre l’orgasme

Fantine 34:33 : « Il y a aussi la dysorgasmie, donc la difficulté à avoir des orgasmes. Là il y a deux méta-analyses récentes, de 2016 et 2018, qui donnent des données contradictoires sur la question. Des méta-analyses, pas d’inquiétudes, dans lesquelles il n’y a pas de conflit d’intérêt, notamment pas d’auteur qui aurait pu avoir des conflits d’intérêt avec le lobbying de la circoncision. Une publiée dans Andrologia en 2018 et une dans le Danish Medical Journal qui sont assez contradictoires sur la question de l’impact sur la sexualité de la circoncision, mais qui en tous cas ne disent pas qu’il y a une dysorgasmie… enfin il y en a une, la plus récente, qui dit qu’il n’y a pas de dysorgasmie chez les personnes qui ont été circoncises et l’autre dit même qu’il peut y avoir une amélioration, notamment de certains autres paramètres de la vie sexuelle. Donc je pense que cette question là est encore bien ouvertement débattue parmi les spécialistes que nous ne sommes pas. »

Commentaire DaC :

La première étude à laquelle Fantine fait référence est celle-ci :

Il faut noter que cette revue systématique référence et intègre des études dont des auteurs collaborent ouvertement avec un lobby pro circoncision : voir la présentation d’Anaïs au Sommet de la Santé Sexuelle 2023 à 1:43:46. Par ailleurs, nous renvoyons vers cette publication qui présente en détail les problèmes de cette revue systématique : 
Frisch, M., & Earp, B. D. (2016). Problems in the qualitative synthesis paper on sexual outcomes following non-medical male circumcision by Shabanzadeh et al. Danish Medical Journal, 63(7), A5245.

Fantine fait ensuite référence à cette étude : 

De même, cette revue systématique et méta-analyse référence et intègre des études dont des auteurs collaborent ouvertement avec un lobby pro circoncision : voir la présentation d’Anaïs au Sommet de la Santé Sexuelle 2023 à 1:43:46.

Pour dire que « la difficulté pour atteindre l’orgasme est plus fréquente dans les couples où l’homme est circoncis, aussi bien pour l’homme que pour sa partenaire », Anaïs s’appuie notamment sur 2 études européennes publiées dans les années 2010 : 

Pour plus d’informations sur les conséquences de la circoncision sur la sexualité, nous renvoyons vers la présentation d’Anaïs au Sommet de la Santé Sexuelle 2023 à 1:09:30.

Perception de la circoncision par les personnes concernées

Thomas 45:07 fait référence à cette étude : 

Selino S, Krawczyk R. Happiness with Circumcision Status, Not Status Itself, Predicts Genital Self-Image in a Geographically Diverse Sample. Arch Sex Behav. 2023 May;52(4):1525-1534. doi: 10.1007/s10508-023-02543-4. Epub 2023 Feb 6. PMID: 36745283.

Commentaire DaC : 

  • Sur les aspects contre-intuitifs de la perception d’eux-mêmes qu’ont hommes circoncis et femmes excisées, voir par exemple cette étude : 

Earp BD, Sardi LM, Jellison WA. False beliefs predict increased circumcision satisfaction in a sample of US American men. Cult Health Sex. 2018, qui conclut : 

“These findings provide tentative support for the hypothesis that the lack-of-harm reported by many circumcised men, like the lack-of-harm reported by their female counterparts in societies that practice FGC, may be related to holding inaccurate beliefs concerning unaltered genitalia and the consequences of childhood genital modification.”

traduit par nous : 

« Ces résultats soutiennent provisoirement l’hypothèse selon laquelle l’absence de préjudice signalée par de nombreux hommes circoncis, tout comme l’absence de préjudice signalée par leurs homologues féminines dans les sociétés qui pratiquent l’excision, peut être liée à l’existence de croyances inexactes concernant les organes génitaux non modifiés et les conséquences de la modification des organes génitaux pendant l’enfance. »

Voir la présentation vidéo par l’auteur Brian Earp à 24:55 et 28:36.

  • Il faut noter que dans l’étude mentionnée par Thomas, il est dit “Participants who were not circumcised reported significantly greater happiness with their circumcision status than participants who were circumcised” (trad. par nous « Les participants [à l’étude] qui n’étaient pas circoncis se sont déclarés significativement plus satisfaits de leur statut vis-à-vis de la circoncision que les participants qui étaient circoncis. ») et “Participants who were circumcised tended to have less happiness with their circumcision status than non-circumcised participants regardless of region of birth.” (trad. par nous « Les participants [à l’étude] qui étaient circoncis avaient tendance à être moins satisfaits de leur statut vis-à-vis de la circoncision que les participants non circoncis, quelle que soit leur région de naissance. »)

Chiffres aux États-Unis

Thomas 1:22 : « Aux États-Unis, c’est un petit garçon sur deux qui subit cette ablation. » 
Commentaire DaC : Ce chiffre prend uniquement en compte le taux de circoncision néonatal à l’hôpital, mais le taux global est nettement plus élevé en ajoutant les circoncisions pratiquées hors milieu hospitalier. 

Anaïs 15:33 et 16:43 : « plus d’un homme sur huit aux États-Unis » 
Commentaire DaC : Coquille orale, Anaïs avait prévu de dire « huit hommes sur dix ».

Voir les références de l’article Wikipedia : Prevalence of circumcision > United_States.

Proposition à Fantine & Hippocrate

Malgré les désaccords exprimés ci-dessus, notre association est toujours ouverte au dialogue avec les professionnels de santé. Fantine, dont on apprend durant l’émission qu’elle est médecin généraliste, possède une chaîne YouTube, Fantine & Hippocrate : Droit au Corps est ouverte à toute collaboration permettant de développer les connaissances sur la santé du pénis.