Droit au Corps : bilan 2023 et perspectives 2024

En 2023, Droit au Corps a obtenu des réalisations considérables, et inimaginables pour notre collectif il y a encore quelques années. Les actions de notre Réseau Santé, telle qu’une présentation au Sommet de la Santé Sexuelle, ont touché de nombreux professionnels. Notre participation à des émissions sur YouTube ainsi qu’une communication renouvelée sur nos réseaux sociaux ont touché un plus large public. En somme, nos arguments n’auront jamais été aussi audibles que cette année. En 2024, Droit au Corps va œuvrer à développer son Réseau Santé et sa communication, mais aussi entamer un projet important : la mise à jour des articles phares du site Internet.

Nos bilans annuels jalonnent l’histoire de notre collectif qui a émergé en 2011. Image : Mohamed_hassan

SOMMAIRE

Les grands titres sont calqués sur ceux de notre vision.

I. Santé sexuelle : relayer les bonnes pratiques et accompagner les individus circoncis en souffrance

  1. Lancement du Réseau Santé de Droit au Corps
  2. Présentation au Sommet de la Santé Sexuelle
  3. Sensibilisation de professionnels de santé de Paris et de l’Essonne
  4. Premier colloque de la Confédération de Sexualité Humaine
  5. Observatoire de la santé du pénis
  6. Réseau Juridique : succès pour un adhérent
  7. Témoignages
  8. Lancement d’un serveur Discord
  9. Perspectives 2024

II. Ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision

  1. Nouvelle signature publique de l’Appel au Débat
  2. Émission sur la circoncision chez Amir Apostat
  3. Émission sur la circoncision chez La Tronche en Biais
  4. Publication pour la Journée de l’enfant africain
  5. Nouvelle communication sur les réseaux sociaux
  6. Perspectives 2024

III. Développer la coalition internationale pour l’abandon des mutilations sexuelles

  1. Le CLR et le GALDEF rejoignent la coalition
  2. Soutien à la Journée mondiale pour l’autonomie génitale
  3. Entretien avec la journaliste Insa Onken
  4. Perspectives 2024

IV. Autres nouvelles dans le monde

  1. Circoncision et VIH/SIDA : le scandale continue en Afrique
  2. Complications de la circoncision : les enfants en première ligne
  3. Une enquête montre que la restauration du prépuce peut alléger les souffrances
  4. Le GALDEF participe au congrès de l’Association mondiale pour la santé sexuelle
  5. Avancées sur la régénération du prépuce et marché potentiel
  6. Intact America lance la Journée du prépuce, et plus encore
  7. La faille de santé publique sur le pénis est un peu plus exposée
  8. Histoire de la circoncision : conférence au Collège de France
  9. En bref

V. Aller plus loin : difficulté de la communication entre pro et anti circoncision

VI. Comment soutenir le Droit au Corps ?

I. Santé sexuelle : relayer les bonnes pratiques et accompagner les individus circoncis en souffrance

1. Lancement du Réseau Santé de Droit au Corps

Officiellement lancé cette année, le Réseau Santé de Droit au Corps a pour mission d’atteindre ses objectifs stratégiques sur l’axe santé. Si vous êtes un professionnel de santé intéressé à rejoindre ce réseau, merci d’envoyer un courriel à reseau.sante.dac@gmail.com.

En tant que professionnel de santé, vous pouvez aussi être référencé dans notre Annuaire Santé : pour y figurer, merci d’envoyer un courriel à droitaucorps@gmail.com.

2. Présentation au Sommet de la Santé Sexuelle

Lors du Sommet de la Santé Sexuelle qui s’est déroulé en juin, Anaïs Schneider, interne en médecine et directrice du Réseau Santé de notre association, a fait une présentation intitulée « Prépuce, décalottage forcé, circoncision : état des lieux et perspectives » : la vidéo est disponible sur YouTube avec sommaire interactif dans la description.

Présentation vidéo de l'interne en médecine Anaïs Schneider sur prépuce, décalottage forcé et circoncision, lors du Sommet de la Santé Sexuelle 2023.

3. Sensibilisation de professionnels de santé de Paris et de l’Essonne

En juin, Droit au Corps a fait une présentation pour une dizaine de médecins d’un centre médical parisien. La responsable de ce centre était venue à notre rencontre lors des JF3S 2022. Chose intéressante, cette médecin nous a précisé qu’en tant que musulmane elle avait un a priori positif sur la circoncision, mais qu’après avoir recherché dans la littérature scientifique elle s’était rendue compte des méfaits de la pratique ; elle était donc heureuse de rencontrer notre association et de nous inviter à faire cette présentation.

En décembre, Droit au Corps a fait une présentation pour des professionnels de PMI et de santé de l’Essonne, à Évry-Courcouronnes, au siège du Conseil départemental de l’Essonne. Cette intervention s’inscrivait dans le cadre des rencontres des professionnels de la Direction de la protection maternelle et infantile et de la santé (DPMIS). Au total, 167 professionnels ont été touchés. Lire le compte-rendu.

À l’issue de chaque intervention, nous laissons pour les professionnels et leurs patients nos livrets et dépliants : Santé du pénis, Le prépuce que du + et Circoncision : pourquoi agir ? (à télécharger ici).

4. Premier colloque de la Confédération de Sexualité Humaine

La Confédération de Sexualité Humaine, dont Droit au Corps est membre cofondateur, a organisé son premier colloque en octobre, à Saint-Denis, sur le thème du consentement sexuel. Droit au Corps fait partie des associations qui se sont investies dans la préparation des ateliers, l’organisation du colloque et le déroulement de la journée. Notre association y tenait un stand. Lire le compte-rendu.

5. Observatoire de la santé du pénis

L’Observatoire de la santé du pénis permet de mesurer l’ampleur de la faille de santé publique sur le pénis, ainsi que l’évolution de sa résorption.

observation de la planète terre à la loupe

Nouveaux cas ajoutés à l’Observatoire en 2023 :

Exemple à suivre : Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat, qui dans le livre Amour, sexe, les réponses aux questions des ados consacrent une page bien renseignée sur le prépuce.

Signalement de mauvaises pratiques :

  • En janvier 2023, des parents accompagnent leur fils de 4 mois chez un pédiatre qui exerce aux alentours de La Louvière, en Belgique, pour un motif n’ayant rien à voir avec la santé du pénis. Lors de la consultation, le pédiatre décalotte le bébé, d’un coup sec, sans avoir demandé l’avis des parents, lesquels n’ont pas eu le temps de l’en empêcher alors qu’ils sont contre cette pratique. Le lendemain, les parents constatent que leur bébé a des difficultés à uriner et que le bout de son sexe est gonflé, tordu, rouge et chaud. Ils contactent les urgences : un pédiatre leur explique que le décalottage a entraîné une balanite et prescrit une crème à appliquer 3 fois par jour pendant 10 jours, ce qui a permis de soigner l’enfant.
  • En mars 2023, un parent accompagne son fils de 9 mois chez un médecin généraliste qui exerce près de Grenoble, pour le bilan de santé du 9ème mois. Lors de la consultation, le médecin examine le pénis de l’enfant qui se met à pleurer, puis il commence à décalotter l’enfant qui se met à hurler. Lorsque la mère réalise ce qu’il se passe, elle dit « non ! », mais le médecin termine son geste et c’est trop tard. La mère est en état de choc. En mettant la couche de l’enfant et en cherchant à l’ajuster, la mère remarque que le contact du pénis avec la couche laisse une trace de sang. Elle le signale au médecin qui lui répond que ça n’est pas grave. Puis elle lui demande pourquoi il a décalotté son fils et il lui répond que ça fait partie de l’examen des 9 mois si cela n’a pas été fait plus tôt. La mère culpabilise de ne pas avoir pu protéger son fils.

6. Réseau Juridique : succès pour un adhérent

En fin d’année, un adhérent de Droit au Corps dont les enfants ont été circoncis sans son accord par son ex-femme a obtenu le retrait de l’autorité parentale pour cette dernière. Ce succès a été rendu possible grâce à une avocate rencontrée par notre association en mai.

Par ailleurs, l’affaire des circoncisions « ratées » à Bordeaux pour laquelle Droit au Corp s’est constituée partie civile suit son cours : nous espérons une issue favorable cette année.

Vous êtes un professionnel du droit et souhaitez rejoindre notre réseau juridique ? Merci d’envoyer un courriel à droitaucorps@gmail.com.

7. Témoignages

Des témoignages montrent que la circoncision peut engendrer des souffrances lourdes, pour la vie entière, que ce soit pour la personne qui l’a subie, pour ses partenaires sexuels ou ses proches dans le regret. D’autres mauvaises pratiques sur le pénis, comme décalotter l’enfant, génèrent d’autant plus de souffrances inutiles.

Nouveaux témoignages publiés sur notre site en 2023 :

Samir a été circoncis enfant, mais il a choisi de ne pas faire circoncire son fils. Dans ce témoignage, il explique sa décision, raconte les tensions que cela a engendré, et donne des conseils aux parents qui se questionnent sur le sujet.

Daniel Green a été circoncis à 8 jours selon la tradition juive. Dans ce témoignage, il explique pourquoi il souhaite l’abandon de la circoncision et son remplacement par une nouvelle cérémonie.

Le cas signalé dans l’Observatoire de ce bébé de 9 mois, décalotté de force par un médecin, a donné lieu au témoignage de sa mère.

Retrouvez aussi plusieurs témoignages audio dans les émissions chez Amir Apostat et La Tronche en Biais.

8. Lancement d’un serveur Discord

Discord est un logiciel propriétaire gratuit de VoIP et de messagerie instantanée. À l’occasion de l’émission chez La Tronche en Biais, Droit au Corps a lancé son serveur : n’hésitez pas à le rejoindre.

9. Perspectives 2024

L’enjeu majeur est le développement du Réseau Santé de Droit au Corps.

Autre projet important : nous allons mettre à jour voire complètement réécrire plusieurs de nos articles de référence, notamment ceux publiés en 2013 (les débuts du site).

II. Ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision

1. Nouvelle signature publique de l’Appel au Débat

Bien que la campagne de signature soit terminée, il est toujours possible de signer notre Appel pour ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision, sur demande, que vous soyez une organisation ou une personnalité.

Nouvelle signature publique en 2023 : Association pour la Capacité Juridique des Adolescents et la Pré-Majorité (France) à la rubrique kiddism.

2. Émission sur la circoncision chez Amir Apostat

En septembre, la chaîne YouTube Amir Apostat a organisé une émission en direct sur la circoncision. Plusieurs membres de Droit au Corps étaient invités à s’exprimer. Retrouvez la vidéo avec les codes temporels dans notre article.

3. Émission sur la circoncision chez La Tronche en Biais

En décembre, la chaîne YouTube La Tronche en Biais a tenu une émission en direct sur la circoncision. Notre association en était l’invitée. Retrouvez la vidéo avec les codes temporels dans notre article. Vous y trouverez également nos commentaires.

illustration émission circoncision par tronche en biais

4. Publication pour la Journée de l’enfant africain

Le 16 juin, Journée de l’enfant africain, Droit au Corps a appelé sur ses réseaux sociaux à ne pas oublier les enfants circoncis dans le cadre des campagnes de circoncision « volontaire » promues par l’OMS et l’ONUSIDA pour lutter contre le VIH/SIDA.

Lire la publication sur Facebook, X/Twitter ou Instagram, en n’hésitant pas à aimer et partager.

Deux enfants kényans témoignent de la circoncision qu’ils ont subie dans un documentaire diffusé sur Arte en 2022.
Photo : Sendeanstalt/Copyright

5. Nouvelle communication sur les réseaux sociaux

Si vous nous suivez sur les réseaux sociaux, vous avez probablement constaté que Droit au Corps a dynamisé sa communication en 2023.

Sous forme de vignettes, nous relayons des témoignages :

Voir les vignettes suivantes, aimer et partager : Facebook, X/Twitter, Instagram.

Des messages scientifiques :

Voir la vignette suivante, aimer et partager : Facebook, X/Twitter, Instagram.

Des messages militants :

Aimer et partager : Facebook, X/Twitter, Instagram
Cette vignette existe aussi en anglais, allemand, arabe, espagnol, hébreu.

Ou encore des histoires comme celle de l’association Infirmières pour les droits de l’enfant :

Voir les vignettes suivantes, aimer et partager : Facebook, X/Twitter, Instagram.

Puisque 2023 marquait les 10 ans du site, une vidéo a été réalisée pour l’occasion :

Et n’oublions pas Mister Préplus, notre mascotte, qui prend de plus en plus ses aises :

Pour ne rien manquer de ces publications, suivez-nous sur les réseaux : Facebook, X/Twitter, Instagram, YouTube et, depuis juin, TikTok.

6. Perspectives 2024

Droit au Corps va continuer à améliorer et développer sa communication sur les réseaux sociaux ainsi qu’en matière de contenu audiovisuel.

III. Développer la coalition internationale pour l’abandon des mutilations sexuelles

1. Le CLR et le GALDEF rejoignent la coalition

La coalition internationale pour l’abandon des mutilations sexuelles The Bodyguards, dont Droit au Corps est membre cofondateur, compte deux nouveaux membres en 2023 : l’organisation australienne Circumcision Law Reform (CLR) et l’organisation américaine Genital Autonomy Legal Defense and Education Fund (GALDEF). Nous vous parlions de ces organisations dans notre bilan précédent.

2. Soutien à la Journée mondiale pour l’autonomie génitale

Le 7 mai marquait la 11ème édition de la Journée mondiale pour l’autonomie génitale (Worldwide Day of Genital Autonomy – WWDOGA), organisée comme chaque année par l’association allemande MOGiS e.V.. Près de 90 organisations à travers le monde soutenaient l’événement, dont Droit au Corps.

La rediffusion est accessible ici :

Playlist avec vue d’ensemble de toutes les interventions

La Journée mondiale pour l’autonomie génitale appelle à :

  • l’adhésion et à la mise en œuvre de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, article 2 (non-discrimination), article 3 (intérêt supérieur de l’enfant) et article 24, paragraphe 3 (abolition des pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants) ;
  • des initiatives législatives dans le monde entier pour la protection de tous les enfants, quel que soit leur sexe, contre les opérations génitales non thérapeutiques ;
  • la protection des enfants présentant des caractéristiques sexuelles atypiques contre la chirurgie et les interventions génitales sans indication médicale absolue ;
  • l’arrêt immédiat de la circoncision de groupe ou de masse des mineurs pour la prétendue prévention du VIH dans les pays africains ;
  • la recherche et l’éducation du public sur les conséquences de la chirurgie génitale non thérapeutique sur les enfants, sous ses différentes formes et dans différents contextes sociaux.

Cette année, la thématique était consacrée à l’art. Avec idée qu’un message positif sur le prépuce est plus susceptible d’ouvrir les esprits qu’un message négatif sur la circoncision, notre association a produit le visuel Foreskin is fabulous (Le prépuce est fabuleux), inspiré du travail d’Andy Warhol :

Notre visuel a d’abord été posté sur Facebook par la page du WWDOGA et repartagé plusieurs dizaines de fois, notamment par Intact America (avec 270 like !), puis posté par Droit au Corps le 6 mai sur Facebook, Twitter et Instagram. N’hésitez pas à aimer et partager !

Sur le site du WWDOGA, ne manquez pas le musée virtuel consacré à « l’autonomie génitale dans les arts ».

3. Entretien avec la journaliste Insa Onken

En 2022, Arte a diffusé un documentaire intitulé « La circoncision : Une ablation qui pose question », réalisé par la journaliste allemande Insa Onken. En février 2023, nous avons mis à jour notre article dédié en ajoutant cet entretien avec la réalisatrice.

Voir ou revoir ce documentaire historique :

Regarder sur Bitchute avec option de plein écran

4. Perspectives 2024

Droit au Corps souhaite valoriser ses publications en un maximum d’autres langues, au bénéfice de nos partenaires à l’international : notre argumentaire est en cours de traduction en plusieurs langues, et la présentation « Prépuce, décalottage forcé, circoncision : état des lieux et perspectives » est en cours de traduction en anglais.

IV. Autres nouvelles dans le monde

1. Circoncision et VIH/SIDA : le scandale continue en Afrique

Rappel des faits :

En 2007, l’OMS et l’ONUSIDA ont recommandé la circoncision dans une quinzaine de pays africains pour lutter contre le VIH/SIDA. Cette recommandation s’est appuyée sur 3 essais randomisés contrôlés (valant études de phase III) montrant une réduction du risque d’infection de 60 % dans un délai de 18-24 mois, uniquement pour l’homme et exclusivement lors de pénétrations vaginales. Mais les études démographiques (valant études de phase IV) montrent que la prévalence du VIH est la même à long terme, quel que soit le statut circoncis / non circoncis. Cette absence d’impact démographique de la circoncision, c’est-à-dire de son effet en population générale, était déjà prouvée en 2007, ce qui pose question sur la recommandation de l’OMS/ONUSIDA. À ce jour, plus de 32 millions d’hommes et de garçons ont été circoncis dans le cadre de ces campagnes, qui suivent leur cours.

Plus d’informations : 

Une nouvelle étude confirme que la prévalence du VIH est la même à long terme, quel que soit le statut circoncis / non circoncis :

Garenne M., Stiegler N., Bouchard J-P (2023) Circoncision et prévention du VIH en Afrique australe : les recommandations de l’OMS en question. La revue de l’infirmière, vol. 72(288), pp. 34-36.

  • Résumé : « La relation entre l’infection due au virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et la circoncision masculine, médicale ou traditionnelle, reste sujette à controverse. Les études cliniques randomisées indiquent que la circoncision médicale réduit l’incidence dans les mois qui suivent l’opération. Mais les études en population générale montrent que la prévalence est la même à long terme. Cette communication résume les résultats des grandes enquêtes démographiques réalisées dans les pays d’Afrique australe, région la plus touchée au monde par le sida. Ces enquêtes montrent que la prévalence du VIH chez les hommes de 40-59 ans est la même quels que soient le statut et le type de circoncision. Ces résultats remettent en cause les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. »

Des victimes demandent réparation :

Malawi – Unlawful circumcision lambasted, article de Africa Legal, 2023 :

  • « Deux jeunes Malawiens qui avaient été circoncis sans le consentement de leurs parents alors qu’ils étaient âgés de neuf et douze ans ont obtenu des dommages et intérêts, dont le montant reste à déterminer, pour violation de leurs droits […]. Dans sa récente décision, le juge de la Haute Cour du Malawi […] a déclaré que l’ONG [PSI] devrait avoir ‘honte’ d’avoir fait perdre du temps au tribunal alors qu’il existait des preuves évidentes, non contestées, que les garçons avaient sauté dans un véhicule à moteur, sans savoir où ils allaient, et qu’ils avaient été circoncis dans un centre de santé sans le consentement de leurs parents ou tuteurs légaux. […] Selon les preuves présentées au cours du procès, les jeunes amis se rendaient à l’école en mai 2018 lorsqu’ils ont croisé un véhicule qui jouait de la musique. Le conducteur les a invités à monter à bord. Il ne leur a pas dit où ils allaient. L’un des garçons a déclaré qu’il était ravi parce qu’il n’avait pas souvent l’occasion de monter dans un véhicule ; l’autre a déclaré qu’il avait été attiré par la promesse d’un ‘sac et d’un savon’. Lorsqu’ils sont arrivés au centre de santé, on leur a dit qu’ils allaient être circoncis. Tous deux ont raconté la douleur de l’intervention. Le garçon de 12 ans a déclaré qu’il avait voulu partir, mais qu’il avait peur que ses amis se moquent de lui et qu’il ne reçoive pas de sac. Une fois l’intervention terminée, les deux garçons ont déclaré qu’on leur avait donné un sac contenant du savon et des analgésiques et qu’on les avait ramenés à l’endroit où ils étaient montés dans le véhicule. Tous deux ont déclaré avoir eu des complications. L’un d’eux a été admis à l’hôpital et n’est pas allé à l’école pendant deux semaines ; le plus jeune a tellement manqué l’école qu’il a échoué à ses examens et a dû redoubler sa troisième année d’études. Les garçons et leurs tuteurs et parents, qui ont également témoigné au cours du procès, ont déclaré qu’ils n’avaient pas de problèmes de santé sous-jacents justifiant la procédure et que leur foi et leurs tribus ne rendaient pas la circoncision obligatoire. »

Malawi – Minors sue PSI for unconsented circumcision, article de The Nation Online, 2023

  • « Au moins 312 mineurs ont intenté un procès à Population Services International (PSI) Malawi, désormais appelé Family Health Services (FHS), affirmant que l’organisation les avait circoncis sans leur consentement à Phalombe. […] Selon leur demande datée du 2 octobre 2023, les mineurs réclament des dommages et intérêts pour coups et blessures, douleurs, souffrances, défiguration et déformation de leurs parties intimes, en violation de l’article 30 de la loi sur les soins, la protection et la justice pour les enfants […] PSI, une organisation locale qui met en œuvre des programmes visant à améliorer la vie des Malawiens, a procédé aux circoncisions dans le cadre d’un projet connu sous le nom de Circoncision Masculine Médicale Volontaire (VMMC). La déclaration indique qu’à diverses dates entre 2021 et 2022, l’organisation se déplaçait dans le district de Phalombe avec un véhicule équipé d’un système de sonorisation qui projetait et promouvait sa campagne de circoncision masculine. ‘Les plaignants [mineurs] ont été attirés par le véhicule et sa musique et ont suivi le véhicule ou sont montés dans le véhicule sans être accompagnés par leurs tuteurs.’ […] Les tuteurs soutiennent que le PSI a fait preuve de négligence en n’obtenant pas le consentement éclairé des parents et des tuteurs des mineurs avant de procéder à la circoncision de ces derniers et, également, en ne leur fournissant pas de soins palliatifs après l’intervention. »

Afrique du Sud – Durban parents seek legal advice after botched circumcision, article de SABC News + vidéo, 2023 

  • « Les parents d’un garçon de 10 ans, dont les voies urinaires ont été sectionnées lors d’une circoncision pratiquée au centre de santé communautaire de KwaMashu, à Durban, demandent des conseils juridiques. Le garçon serait l’un des sept enfants ayant souffert de complications à la suite de l’intervention. L’organisation qui a pratiqué les interventions aurait été engagée par le département provincial de la santé. Ce département mène une campagne à grande échelle en faveur de la circoncision médicale afin de réduire les risques de contamination des hommes par le VIH et d’autres maladies sexuellement transmissibles. »

Pour rappel, Droit au Corps écrivait dans l’Appel au débat lancé en 2019 : « S’il est prouvé qu’il y a eu vice de consentement, une hypothèse qu’une commission d’enquête internationale pourrait facilement investiguer, la sanction des responsables de cette campagne devra être à la hauteur des réparations financières pour les millions de victimes africaines dont la parole est ignorée des médias. » Si nous sommes heureux de voir des victimes obtenir réparation de la part d’organisations locales, nous espérons un jour voir les premiers responsables rendre des comptes, à savoir l’OMS et l’ONUSIDA.

Découvrez l’opposition africaine aux campagnes de circoncision.

Succès pour la collecte de fonds African Foreskin Tales :

Contacté par nos soins, le journaliste Ulli Schauen à l’initiative de ce projet explique :

« Bien que retardée pour plusieurs raisons, la chaîne de médias sociaux africanforeskintales, financée avec succès, continuera à être publiée et à se développer en 2024 – comme promis et prévu. Son objectif est de faciliter une discussion ouverte sur la circoncision en Afrique subsaharienne, principalement dans les 14 États ciblés par la campagne parrainée par l’OMS et les États-Unis d’Amérique. Elle fonctionne actuellement sur tiktok, instagram, youtube et facebook. La chaîne tiktok compte plus de 5 000 adeptes, presque tous originaires d’Afrique subsaharienne. Parmi les publications sur les différents canaux, on peut citer le rapport d’un jeune homme dont le pénis a été presque détruit par un stagiaire travaillant pour l’ICAP, une organisation de santé basée à New York à l’Université de Columbia. Des enquêtes de suivi sont en cours, mais l’ICAP n’a pas répondu aux courriers électroniques – tout comme les services d’enquête du New York Times et du Washington Post. De nombreuses autres histoires suivront, des nouvelles ainsi que des parties éditées de vidéos tournées pendant une visite de 10 semaines en Zambie et au Kenya. »

Et malgré l’ampleur du scandale, un député kenyan souhaite rendre la circoncision obligatoire avant 18 ans :

MP wants male circumcision made mandatory and free, article de The Star, 2023 

  • « Le député John Kaguchia souhaite que le gouvernement rende la circoncision masculine gratuite et obligatoire à des fins de santé publique. […] Le député propose que les hommes soient circoncis entre la naissance et l’âge de 18 ans et que des médecins évaluent chaque cas pour s’assurer que ceux qui ont des problèmes de santé spécifiques sont traités avec la prudence nécessaire. […] ‘L’introduction de la circoncision masculine obligatoire sous contrôle médical entre la naissance et l’âge de 18 ans contribuera de manière significative à une société plus saine, plus sûre et plus prospère pour tous’, a-t-il déclaré. »

Si ce projet de loi était adopté, ce qui nous semble tout de même peu probable, le Kenya deviendrait le premier pays au monde à rendre la circoncision obligatoire. Rappelons qu’aucune association médicale dans le monde ne recommande la circoncision des garçons en bonne santé. Au contraire, plusieurs associations ne la recommandent ouvertement pas, voire se prononcent contre. Plus d’informations dans la partie Circoncision : quelles justifications médicales de nos jours ? de la présentation d’Anaïs Schneider au Sommet de la Santé Sexuelle.

2. Complications de la circoncision : les enfants en première ligne

Années après années, des complications liées à la circoncision d’enfants continuent d’être rapportées, que la procédure soit faite dans un cadre médical ou non. Voici quelques exemples en 2023.

FranceLa circoncision à domicile se passe mal, des enfants hospitalisés à Rennes, article de Ouest France, 2023 

« Un site Internet propose, dans des grandes villes dont Rennes, des circoncisions à domicile. Une pratique qui n’est pas sans risque et surtout illégale. Après des complications sévères, des enfants ont dû être pris en charge par les urgences pédiatriques du CHU de Rennes. »

Royaume-UniBoys face serious complications from circumcision, complaints show, article de la National Secular Society, 2023

« Des dizaines d’enfants souffrent de complications douloureuses, permanentes et potentiellement mortelles à la suite de circoncisions religieuses pratiquées par des médecins, révèle la National Secular Society. Le General Medical Council (GMC), qui réglemente les médecins au Royaume-Uni, a traité 39 plaintes concernant 30 médecins au sujet de circoncisions entre 2012 et 2022, selon des informations consultées par le NSS dans le cadre d’une divulgation au titre de la liberté d’information. »

Le Mirror a publié un article sur le sujet.

AllemagneBeschneidung bringt Arzt vor Gericht, article du Mühlacker Tagblatt, 2023

« Un médecin doit répondre d’un soupçon de coups et blessures dangereux. Un garçon de quatre ans doit être réopéré après l’intervention. Un expert de Nuremberg critique notamment l’absence d’anesthésie générale. »

Italie20-day-old boy bleeds to death after two women ‘perform home circumcision’ in Italy, article du Daily Mail, 2023

« La police a révélé qu’un garçon de 20 jours est décédé à Rome après l’échec d’une tentative de circoncision rituelle à domicile. Deux Nigérianes ont été arrêtées en relation avec la mort de l’enfant après que ses parents l’ont emmené d’urgence à l’hôpital vendredi. Les deux femmes ont été inculpées d’homicide involontaire aggravé et d’exercice illégal d’une profession. »

OugandaFour month old baby dies in botched circumcision procedure, article du Monitor, 2023

« La police du district de Pallisa, dans l’est de l’Ouganda, enquête sur les circonstances dans lesquelles un bébé est mort une heure après avoir été circoncis. L’incident s’est produit à l’hôpital général de Pallisa samedi. Il est rapporté que Eriasa Clement Edwin, un bébé de quatre mois, a commencé à saigner immédiatement après la circoncision. »

Ghana10-day-old baby dies during circumcision, KNUST Hospital accused of negligence, article de Pulse + vidéo, 2023 

« L’hôpital de l’université des sciences et technologies Kwame Nkrumah (KNUST) de Kumasi s’est retrouvé dans un procès potentiel suite au décès d’un bébé de 10 jours qui avait été emmené dans l’établissement pour une circoncision masculine. »

KenyaNTV Kenya: 15 boys die during botched circumcision in Uasin Gishu, article de NTV Kenya + vidéo, 2023 

« De nombreux initiés ayant subi une circoncision au début du mois de décembre devraient être guéris et se préparer à reprendre leurs études à l’ouverture des écoles. Toutefois, un certain nombre d’entre eux souffrent encore de blessures causées par une circoncision bâclée, alors que plus de 15 garçons des comtés d’Elgeyo Marakwet et d’Uasin Gishu auraient succombé à des complications liées à la circoncision. »

3. Une enquête montre que la restauration du prépuce peut alléger les souffrances

Communiqué de presse du 17 avril 2023 : 

[PALM SPRINGS, CALIFORNIE] – Une enquête nouvellement publiée et évaluée par des pairs documente les efforts déployés par les personnes qui ont subi une circoncision pénienne pendant l’enfance et qui ont ensuite utilisé des méthodes non chirurgicales pour tenter de restaurer le prépuce. L’article est publié dans l’International Journal of Impotence Research sous le titre Foreskin Restorers: Insights into Motivations, Successes, Challenges and Experiences with Medical and Mental Health Professionals et a été qualifié d’enquête « historique » par Brian Earp, éthicien de renommée internationale. Lire la suite.

4. Le GALDEF participe au congrès de l’Association mondiale pour la santé sexuelle

Le 26ème congrès de l’Association mondiale pour la santé sexuelle (World Association for Sexual Health – WAS) s’est tenu à Antalya, en Turquie, du 2 au 5 novembre 2023, sur le thème « Combler les lacunes : Santé sexuelle, droits, justice et plaisir pour tous ». Le Genital Autonomy Legal Defense and Education Fund (GALDEF) a participé à l’événement et a publié un article dont voici quelques extraits.

L’article rappelle d’abord que « la WAS est la première organisation internationale dédiée à la recherche sexuelle et à la défense des droits sexuels » et qu’elle « entretient des relations consultatives avec l’Organisation mondiale de la santé et les Nations unies, ce qui en fait une organisation d’influence internationale. »

Pour cette édition 2023, on apprend que « Tim Hammond, Dan MacClymont et le Dr Leif Thompson, membres du conseil d’administration de GALDEF, ainsi que le Dr Mohamed Fahmy, membre du conseil consultatif de GALDEF [et soutien public de Droit au Corps], ont mis l’accent sur l’intégrité corporelle masculine et l’autonomie génitale », et que l’éthicien Brian Earp a également fait une présentation.

Présentation de Tim Hammond, basée sur l’enquête évoquée plus haut :

Le GALDEF rapporte qu’une autre présentation a porté sur « une nouvelle recherche importante menée par une équipe espagnole dirigée par Alfonso Cepeda-Emiliani, qui a parlé de l’histologie du prépuce. Il se consacre exclusivement à la préparation et à l’analyse de coupes de prépuce afin de documenter l’irrigation sanguine, les vaisseaux lymphatiques, la musculature et l’innervation du prépuce. Ses recherches confirment la complexité et l’importance du prépuce et constituent une preuve indiscutable des dommages anatomiques et physiologiques causés par la circoncision. »

Dans son article, le GALDEF évoque aussi la participation de Brian Earp : 

« [L]ors de la table ronde sur l’autonomie génitale, Earp a appelé à la reconnaissance universelle de la nécessité d’une politique harmonisée concernant les chirurgies génitales médicalement inutiles (c’est-à-dire non thérapeutiques et non consensuelles) sur les enfants, quel que soit leur sexe ou leur genre. Il a également indiqué que les forces favorables aux mutilations génitales masculines (MGM) sont parfaitement conscientes du fait que les lois actuelles contre les mutilations génitales féminines (MGF) dans les démocraties libérales occidentales ne sont pas viables en raison de l’absence de protection égale pour tous les enfants, ce qui est contraire à la Constitution. Pour remédier à cette iniquité, ces forces s’empressent de proposer la légalisation de formes mineures de MGF qui sont égales ou moins sévères que les MGM, car cette ‘solution’ préserverait les traditions des MGM. Toutefois, M. Earp s’est dit convaincu que la criminalisation des mutilations génitales féminines et masculines n’est qu’un outil parmi d’autres, et peut-être pas toujours le plus efficace, pour faire reculer ces pratiques, car elle stigmatise les communautés qui les pratiquent, suscite des résistances et entraîne un repli sur soi. Plus tard dans sa présentation, M. Earp a interviewé Zainab Nur, une militante britannique contre les mutilations génitales féminines qui s’oppose également aux coutumes de la MGM. »

Interview de Zainab Nur par Brian Earp, diffusée lors de l’événement :

Plus d’informations et photos dans l’article du GALDEF.

5. Avancées sur la régénération du prépuce et marché potentiel

L’organisation Foregen effectue des recherches pour régénérer le prépuce grâce à des techniques d’ingénierie tissulaire.

En septembre, Foregen fait un point sur ses recherches en publiant cette vidéo :

Dans sa dernière newsletter, datée du 1er janvier 2024, Foregen annonce qu’ils ont reçu l’approbation éthique pour leur prochaine série d’essais sur les moutons. Les essais cliniques sur l’homme sont prévus par la suite.

Si l’on en croit les résultats d’un sondage en ligne et les conclusions de cet article, le marché des hommes prêts à payer pour régénérer leur prépuce représenterait plus de 200 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis et potentiellement entre 500 et 2500 milliards de dollars dans le monde. Le Daily Mail a publié un article sur le sujet.

6. Intact America lance la Journée du prépuce, et plus encore

Nouvelle communication positive : le 4 avril, l’association Intact America a lancé la Journée du prépuce (foreskin day).

Vidéo de présentation diffusée lors de la Journée mondiale pour l’autonomie génitale :

Dessin animé pour promouvoir l’événement :

Plus d’informations sur le site internet dédié : foreskin.day.

Par ailleurs, Intact America a lancé une nouvelle campagne, Skin In The Game, qui fait la promotion de deux livres à paraître le 20 février 2024 :

  • This Penis Business de Georganne Chapin, directrice et fondatrice d’Intact America (extraits) ;
  • Please Don’t Cut the Baby! de Marilyn Fayre Milos, fondatrice de la première association pour l’abandon de la circoncision non consentie dans le monde, NOCIRC, en 1985.
Lire la critique des deux livres par Steven Svoboda, fondateur et directeur de l’organisation Attorneys for the Rights of the Child.

Enfin, Intact America a lancé DoNoHarm.report, un service en ligne qui permet de déposer des plaintes suite à une circoncision, un décalottage forcé, ou encore à la pression exercée sur les parents par le personnel médical pour faire circoncire leur fils.

7. La faille de santé publique sur le pénis est un peu plus exposée

Une étude menée au Royaume-Uni illustre la faille de santé publique sur le pénis, en particulier la surmédicalisation du pénis des enfants avec cette croyance que le prépuce doit être rétractable avant 6 ans :

Sutton G, Fryer S, Rimmer G, Melling CV, Corbett HJ. Referrals from primary care with foreskin symptoms: Room for improvement. J Pediatr Surg. 2023 Feb;58(2):266-269. doi: 10.1016/j.jpedsurg.2022.10.046. Epub 2022 Oct 31. PMID: 36428185.

  • Conclusions : « Plus de 75 % des garçons orientés [vers les soins secondaires pour des symptômes liés au prépuce] avaient un prépuce normal et plus de la moitié d’entre eux ont été autorisés à quitter l’hôpital lors de leur premier examen. L’amélioration des connaissances des parents et des prestataires de soins primaires pourrait réduire le nombre d’orientations et permettre d’économiser de l’argent et des ressources. »

L’amélioration des connaissances est l’une des recommandations de Droit au Corps faites en 2019 : « Le plus important est que les pouvoirs publics et les autorités sanitaires engagent un véritable plan de formation des professionnels de santé ainsi qu’une campagne d’information du grand public ».


Par ailleurs, le GALDEF s’est entretenu avec l’avocat John Geisheker, directeur de Doctors Opposing Circumcison, à propos du décalottage forcé, « un scandale médico-juridique » qui concernerait 100 000 garçons par an aux États-Unis :

Plus d’informations : 

8. Histoire de la circoncision : conférence au Collège de France

En janvier 2023, le Pr Roland Tomb a donné une conférence au Collège de France intitulée « Histoire de la circoncision, des origines à nos jours. Enjeux et controverses ». Plusieurs membres de Droit au Corps y ont assisté et ont pu échanger avec le Pr Tomb, de même qu’acheter son livre Histoire de la circoncision. Plus d’infos dans notre article.

Lire également : notre dossier La circoncision dans le monde.

9. En bref

États-Unis

Un reportage sur la circoncision a été diffusé par la chaîne en langue espagnole Utah Telemundo, qui touche les Hispaniques et Latino-Américains, groupe ethnique qui circoncis le moins.

Les militants du collectif Bloodstained Men & Their Friends, qui organisent des dizaines de manifestations chaque année à travers le pays, sont régulièrement remarqués par les médias locaux, comme ici avec ce sujet de la chaîne 29News Charlottesville :

La chaîne de télévision CBS Pittsburgh a consacré un sujet aux interventions chirurgicales médicalement inutiles. Dans leur liste des 5 plus courantes, on retrouve la circoncision des nouveau-nés. Après avoir mis de côté le cas religieux, le journaliste signale : « aucune organisation de santé au monde ne dit que c’est nécessaire d’un point de vue médical. »

Dans un pays où la circoncision néonatale reste ultra majoritaire (comprendre pourquoi), de telles couvertures médiatiques sont un signe encourageant de l’évolution des mentalités.


L’organisation Bruchim, qui « encourage la communauté juive à s’ouvrir pleinement aux juifs non circoncis et suscite l’engagement juif chez ceux qui ne suivent pas la tradition », s’est entretenue avec la rabbin Haviva Ner-David à propos de son livre To Die in Secret.

À 26:56, Haviva Ner-David explique qu’à la naissance de son fils elle a considéré ne pas le faire circoncire, mais qu’elle s’est ravisée après en avoir parlé à son partenaire pour qui il était inenvisageable de ne pas le faire. À 32:10, elle lit un passage de son livre qui décrit une cérémonie de circoncision juive au cours de laquelle la mère refuse au dernier moment que cet acte soit pratiqué sur son fils.

Lire également : bulletins de Bruchim de juillet et août, et perspectives 2024.


Break the Circumcision Taboo & End Male Genital Mutilation, podcast de Luke Storey avec comme invité Eric Clopper :


Newsletter d’automne de Attorneys for the Rights of the Child avec témoignages, critiques de livres et informations diverses.

Danemark

Début 2023, Intact Denmark s’inquiétait du projet de loi L102 et recommandait son rejet : « À première vue, [ce projet] ressemble à un progrès, mais il n’en est rien. […] Si la loi est mise en œuvre, les garçons danois se retrouveront dans une situation bien pire que celle qu’ils connaissent aujourd’hui. » Intact Denmark indique que Sex & Society (l’association danoise de planning familial) et l’Association danoise de sexologie clinique ont émis des préoccupations et des recommandations similaires. Malheureusement, le projet de loi a été adopté le 30 mai.

Finlande

Finland’s FGM ban bid stalls over gender equality fears, article de l’Yle, 2023

« Les députés ont voté en faveur d’une interdiction plus explicite des mutilations génitales féminines (MGF) dans la législation finlandaise, mais un groupe de travail du ministère de la justice a proposé de maintenir la loi en l’état […] en raison des craintes que la loi n’interdise pas également la circoncision masculine. »

Royaume-Uni

La National Secular Society et 15 Square ont envoyé une lettre commune au conseil municipal de Neyland pour faire part de leurs préoccupations après l’éviction d’un maire, Andrew Lye, qui avait critiqué la circoncision religieuse. 

Le Dr Alejandro Sanchez, membre de la National Secular Society, a déclaré : 

« En 2016, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a exhorté le gouvernement à veiller à ce que ‘personne ne soit soumis à un traitement médical ou chirurgical inutile pendant la petite enfance ou l’enfance’. La circoncision religieuse des enfants est exactement cela : une intervention chirurgicale inutile, douloureuse et risquée sur des enfants non consentants pour satisfaire les croyances religieuses ou culturelles de leurs parents. Les allégations d’antisémitisme ou d’islamophobie ne peuvent pas être acceptées pour faire taire les critiques légitimes de pratiques religieuses préjudiciables. Andrew Lye a été évincé de la mairie parce qu’il a défendu l’intégrité corporelle et l’autonomie des enfants. Cette décision aura désormais un effet dissuasif sur tous ceux qui, en politique, veulent défendre les droits fondamentaux des enfants. »

Allemagne

Selbstbestimmung statt Beschneidung, Eldad Stobezki et Ephraim Seidenberg, article invité dans le Frankfurter Rundschau, 2023

« Il y a dix ans, la classe politique a livré les enfants au couteau au lieu de les protéger de la violence. […] En décembre 2022, cela fera dix ans que le Bundestag allemand a adopté la ‘loi sur l’étendue des soins personnels en cas de circoncision d’un enfant de sexe masculin’. Avec le § 1631d, et contrairement à la recommandation claire de toutes les associations pédiatriques compétentes, une nouvelle réglementation a été créée dans le Code civil allemand (BGB), permettant aux parents de consentir à l’ablation du prépuce de leur enfant – pour n’importe quelle raison, sans nécessité médicale. »


« Dann könnte man auch die Ohrläppchen abschneiden lassen », article du Saarbrücker Zeitung, 2023 [PDF]

« Le débat sur la circoncision des garçons a trouvé une fin provisoire dans l’opinion publique avec la décision du Bundestag il y a plus de dix ans. Les spécialistes sont toutefois parvenus à un autre jugement. Werner Meier, président régional de l’association professionnelle des pédiatres, explique pourquoi. »


Beschneidung: Betroffener aus Saarbrücken erzählt, wie er bis heute leidet, article du Saarbrücker Zeitung, 2023 [PDF]

« Maik L. avait onze mois lorsque son prépuce a été amputé. Il en subit encore les conséquences aujourd’hui. Au quotidien, lors des rapports sexuels, psychologiquement. À l’occasion de la Journée mondiale pour l’autonomie génitale, le 7 mai, ce trentenaire de Sarrebruck lance un appel clair aux politiques. »

Suisse

L’association prepuce.ch, dont nous vous parlions dans notre bilan précédent, a publié un article pour faire le point sur la situation en Suisse. On y apprend notamment que plus de 2700 circoncisions ont été pratiquées sur des enfants et adolescents en 2021, rien que dans les hôpitaux, et que le montant total est certainement bien plus élevé en incluant les cabinets privés.


Le co-président de prepuce.ch, Ephraim Seidenberg, a fait un débat sur la circoncision avec Mikail Yakut, étudiant en études islamiques :


Docteur, je veux un beau pénis…, article de Lausanne Cités, 2023

« Mutilation pour les uns, acte religieux pour les autres, la circoncision a de plus en plus le vent en poupe auprès des jeunes Vaudois, pour des raisons… esthétiques. Enquête sur une pratique emblématique d’une profonde évolution sociétale. »

Cet article ne contribue nullement à un consentement éclairé, contrairement à la mission de la presse qui est d’améliorer la qualité d’information des lecteurs.

France

Stéphane Sangral, soutien public de Droit au Corps, nous informe de la publication de son nouveau livre : L’individuité ou la guerre. « Il s’agit d’un ouvrage de philosophie traitant du rapport entre l’individu et la collectivité, et notamment des processus néfastes qui réduisent l’individu à l’état de soldat. » La circoncision est évoquée p.132, dans un paragraphe sur les mutilations rituelles.

Australasie

The RACP has updated its position on circumcision, article de Jonathan Meddings, 2023

« Douze ans après sa dernière prise de position sur la circoncision masculine, le Collège royal australasien des médecins (RACP) a discrètement publié une mise à jour pendant les vacances d’été. Comme l’ancienne position, la nouvelle indique que le RACP ‘estime que la fréquence des maladies modifiables par la circoncision, le niveau de protection offert par la circoncision et les taux de complication de la circoncision ne justifient pas la circoncision systématique des nourrissons en [Australasie]’. Malheureusement, les bonnes nouvelles s’arrêtent là. […] Le RACP déclare, sans explication adéquate, que le choix des parents de pratiquer la circoncision doit être respecté. […] Il est temps que le RACP prenne position contre la coupure génitale non consensuelle et médicalement inutile de tout enfant, quel que soit son sexe ou son genre. »


Le site d’actualité néo-zélandais Stuff a publié un article qui donne la parole à des hommes négativement impactés par la circoncision non consentie. On y apprend au passage que le Pr McGrath « termine un livre sur l’histoire de la procédure en Nouvelle-Zélande et dans le monde. » À suivre.

Malaisie

Man is awarded just £20,000 after his penis was chopped off during botched circumcision, article du Daily Mail, 2023

« Un jeune homme de 22 ans, dont le pénis a été coupé lors d’une circoncision bâclée à l’âge de dix ans, a vu son indemnisation de 500 000 livres sterling [environ 580 000 euros] réduite à seulement 20 000 livres sterling [environ 23 000 euros] après que le gouvernement malaisien a fait appel avec succès de sa demande. »

Inde

PIL In Kerala High Court Seeks Ban On Circumcisions, Says It Violates Child Rights, article de LiveLaw, 2023

« Un litige d’intérêt public a été déposé par Non-Religious Citizens (NRC), une organisation culturelle basée au Kerala, devant la Haute Cour pour déclarer illégale la pratique de la circoncision non thérapeutique. Les requérants soutiennent que la pratique de la circoncision est une ‘coutume cruelle’ et ‘non scientifique’ dont les enfants sont souvent victimes, la qualifiant de violation des droits humains. »

Quelques semaines plus tard, le litige d’intérêt public a été rejeté par la Haute Cour, comme l’indique cet article du Times of India.

Indonésie

Bloke so desperate not to have circumcision ran away for 25 years before returning home, article du Daily Star, 2023 

« Un homme est rentré chez lui pour retrouver sa mère après s’être enfui, adolescent, il y a 25 ans, parce qu’il ne voulait pas être circoncis. »

Cette histoire montre qu’à 13 ans on peut être capable d’une position très affirmée contre sa propre circoncision à venir, malgré l’extrême pression sociale ambiante comme c’est le cas en Indonésie.

Articles de recherche

James L. Nuzzo (2023): ‘Male circumcision’ and ‘female genital mutilation’:why parents choose the procedures and the case for gender bias in medical nomenclature,The International Journal of Human Rights, DOI: 10.1080/13642987.2023.2199202

Conclusion (extrait) : « … les résultats suggèrent un préjugé sexiste dans l’éthique médicale concernant l’intégrité corporelle, qui se manifeste par une nomenclature différente utilisée par les chercheurs, les praticiens et les fonctionnaires médicaux lorsqu’ils discutent des procédures. Ce probable préjugé sexiste, dans lequel l’altération non volontaire des organes génitaux est considérée comme contraire à l’éthique lorsqu’elle est pratiquée sur des filles mais pas sur des garçons, est cohérent avec l’idée que les femmes victimes de violence reçoivent plus d’empathie que les hommes victimes de violence (c’est-à-dire le ‘fossé d’empathie entre hommes et femmes’ [‘male gender empathy gap’]). »


Selino S, Krawczyk R. Happiness with Circumcision Status, Not Status Itself, Predicts Genital Self-Image in a Geographically Diverse Sample. Arch Sex Behav. 2023 May;52(4):1525-1534. doi: 10.1007/s10508-023-02543-4. Epub 2023 Feb 6. PMID: 36745283. 

Conclusion (extrait) : « Ces résultats appuient une petite partie de la littérature qui suggère que l’impact psychosexuel de la circoncision du pénis peut dépendre davantage de facteurs attitudinaux à l’égard du statut de circoncision que du statut de circoncision proprement dit. »

Voir le commentaire de Droit au Corps.


Tye MC, Sardi LM. Psychological, psychosocial, and psychosexual aspects of penile circumcision. Int J Impot Res. 2023 May;35(3):242-248. doi: 10.1038/s41443-022-00553-9. Epub 2022 Mar 28. PMID: 35347302.

Résumé : « Les déclarations de principe sur la circoncision pénienne se sont principalement concentrées sur la maladie, le dysfonctionnement ou la sensation, et ont relativement peu pris en compte les implications psychologiques et psychosociales de l’intervention. Les changements qualitatifs potentiels dans l’expérience subjective de l’activité sexuelle à la suite de modifications de l’anatomie du pénis (ablation du prépuce) ou de la biomécanique sexuelle associée ont également été très peu pris en compte. […] Nous soutenons qu’une attention supplémentaire devrait être accordée aux effets potentiels à long terme de la procédure, qui peuvent ne pas être correctement pris en compte lorsque le patient est un nourrisson ou un enfant. »


Bollinger, Dan. (2023). The Frictional Mechanics of Sex

Conclusion : « Des rapports pénovaginaux simulés avec des pénis circoncis ont entraîné une friction cinq fois plus importante qu’avec des pénis intacts. L’application d’un lubrifiant a réduit la friction de moitié. Ces mesures préliminaires contribuent au débat sur la circoncision. D’autres études portant sur la friction pénovaginale, l’état du pénis, la lubrification et la douleur sont recommandées. »

V. Aller plus loin : difficulté de la communication entre pro et anti circoncision

Le cerveau fait son monde : l’illusion de la réalité, Yves Rossetti Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, 2022, 1h30.

Cette conférence est une excellente sensibilisation au conflit dans la communication entre des représentations du monde différentes, mais qui croient de bonne foi avoir raison alors que les autres ont tort. Cela peut s’appliquer au conflit de perception entre pro et anti circoncision, et donner des outils aux sympathisants de Droit au Corps qui se retrouvent confrontés à des pro circoncision, par exemple lors d’événements publics.

La conclusion essentielle est qu’il faut rester humble par rapport à ses propres convictions, et trouver des moyens indirects de modifier les perceptions d’un interlocuteur sans bloquer la communication dans le conflit en s’attaquant directement à ses convictions fermes. En effet, la perception du monde est une construction globale, où chaque élément est en cohérence avec tout le reste : remettre en cause un seul élément de cette représentation du monde est presque impossible puisque ça entraîne des incohérences avec tout le reste de notre représentation du monde. Pour convaincre, il faut être capable de modifier progressivement de nombreux autres éléments qui sont en interrelation avec l’élément qui nous intéresse. Le présentateur conclut que pour une bonne communication, il faut « multiplier les points de vue ».

VI. Comment soutenir le Droit au Corps ?

Participer : l’inscription est gratuite et sans engagement (au 31 décembre 2023, Droit au Corps compte 293 participants dont 84 adhérents).

Faire un don : toute contribution aussi modeste soit-elle est la bienvenue. Vous pouvez aussi acheter notre t-shirt « le prépuce que du + ». À noter qu’en 2024, Droit au Corps espère être reconnue d’intérêt général.

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Rappelons que toutes les actions que nous réalisons nécessitent d’intenses efforts de la part de personnes entièrement bénévoles, notre collectif ayant des ressources financières trop limitées pour envisager de créer l’emploi dont nous aurions besoin. Un grand merci à toutes les bonnes volontés qui ont contribué aux succès de cette année !