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Appel pour ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision

Appel pour ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision

À Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

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Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé
Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
Geneviève Avenard, Défenseure des enfants
Gilles Bloch, Président-directeur général de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)

7 mai 2019

Madame la secrétaire d’État,

Souhaitant l’abandon des mutilations sexuelles, les signataires du présent appel vous félicitent de votre initiative pour un « plan excision ». Un plan se souciant des mutilations sexuelles masculines est également nécessaire : on estime qu’1 garçon sur 4 dans le monde a subi une circoncision pratiquée en l’absence d’un consentement libre et éclairé, et sans nécessité médicale.

Sommaire

1 – Circoncision et souffrances : de l’ignorance au déni
2 – La culture américaine de la circoncision des nouveau-nés à la conquête du monde entier
3 – En France : des réfugiés de l’intérieur
4 – De « la liberté de religion » à « la liberté de contraindre »
5 – Un consensus mondial à portée de main autour de l’âge du consentement à la circoncision
pj – Lettre ouverte aux autorités religieuses musulmanes et juives

1 – Circoncision et souffrances : de l’ignorance au déni

Ignorance – La circoncision est une ablation irréversible du prépuce qui peut engendrer des souffrances lourdes, pour la vie entière. Il manque une reconnaissance institutionnelle de ces souffrances physiques et psychologiques qui n’ont encore donné lieu à aucune enquête, prévention et réparation. Signe d’espoir, une telle reconnaissance a enfin été faite en 2016 dans la critique que le Comité contre la torture de l’ONU a adressé à la France au sujet des enfants intersexués, éveillant au fait que les femmes ne sont malheureusement pas les seules victimes de mutilations sexuelles (Tribune « Pour l’arrêt des mutilations des enfants intersexes » Libération 10 septembre 2018).

Déni – Concernant la circoncision de nouveau-nés, des études scientifiques mettent en évidence un niveau de douleur extrême, caractérisée par exemple par une augmentation importante des fréquences cardiaques et du taux de cortisol. [1] Rien d’étonnant à cette douleur extrême puisque le prépuce est l’unité sensorielle principale du pénis, et qu’à cet âge une anesthésie efficace implique un risque létal plus élevé. De façon sidérante, aucune institution de défense de l’enfant ne semble s’en inquiéter.

2 – La culture américaine de la circoncision des nouveau-nés à la conquête du monde entier

États-Unis – En plus de la douleur intense infligée à des millions de bébés, la circoncision des nouveau-nés pourrait être la cause de 100 à 200 décès chaque année rien qu’aux États-Unis. Un chiffre évidemment discutable puisque, curieusement, il n’existe aucune statistique officielle dans le monde qui permette d’y voir clair. En effet, les homicides de ce type sont invisibilisés en « hémorragie, infection, arrêt cardiaque, accident anesthésique… » et non en « circoncision », ce qui évite de les traduire en justice. Quelle impérieuse raison derrière cette aberration de la première puissance mondiale ? Lutter contre la masturbation. Telle est l’origine religieuse oubliée de cette tradition américaine née il y a plus d’un siècle et sans cesse à la recherche d’un alibi scientifique. Seule au monde et contre toutes évidences, l’Académie Américaine de Pédiatrie continue à prétendre que « les avantages de la circoncision néonatale pour la santé l’emportent sur les risques ».

OMS/ONUSIDA – La vaste campagne de circoncision lancée en 2007 par l’OMS et l’ONUSIDA, inspirée du modèle américain, s’acharne sur les nouveau-nés : « Puisqu’il est plus simple et moins risqué de circoncire des nouveau-nés que des jeunes garçons, des adolescents ou des adultes, ces pays doivent se demander comment promouvoir la circoncision néonatale de manière sûre, acceptable du point de vue culturel et durable. » L’UNICEF en est solidaire, malgré sa mission « de défendre les droits des enfants, d’aider à répondre à leurs besoins essentiels et de favoriser leur plein épanouissement. »

Vice de consentement ? Difficile de croire que les 20 millions d’Africains déjà circoncis dans le cadre de cette campagne financée par la philanthropie américaine [2] ont consenti de manière « libre et éclairée » :
– à la perte irréversible d’un potentiel sexuel essentiel ;
– à la douleur extrême de leurs nouveau-nés ;
– à une circoncision « plus risquée » pour les adultes que pour les nouveau-nés, alors que ce risque est déjà inacceptable pour les nouveau-nés.

S’il est prouvé qu’il y a eu vice de consentement, une hypothèse qu’une commission d’enquête internationale pourrait facilement investiguer, la sanction des responsables de cette campagne devra être à la hauteur des réparations financières pour les millions de victimes africaines dont la parole est ignorée des médias.

Monde entier – Dès 2016, l’ONUSIDA appuyé par le Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR), l’UNICEF et l’OMS fixent comme objectif d’étendre la circoncision au « monde entier », à 25 millions d’individus supplémentaire d’ici 2020.

Tous victimes de l’idéologie de reproduction [3] – Après un long périple de plusieurs millénaires, ce discours social qui fait de la reproduction une exigence pour tous n’en finit pas de compter de nouvelles victimes. Car l’absurde motivation religieuse de la lutte contre l’onanisme est l’une de ses nombreuses manifestations, comme l’oppression patriarcale de la femme, la prohibition de la contraception ou l’homophobie. De fait, il se trouve que la circoncision a réellement pour effet mécanique de limiter la possibilité de se masturber au point de pouvoir l’empêcher, autre conséquence parmi toutes celles hautement néfastes que la campagne OMS engendre sur la sexualité des hommes et des femmes. Dans le même temps, l’envahissement de la pornographie américaine a préparé les nouvelles générations à la norme de l’homme circoncis. Une norme qui a colonisé la Corée du Sud depuis le débarquement des américains en 1945. Dès l’après-guerre, les États-Unis avaient aussi commencé à faire pression sur l’Europe en vue d’y répandre la circoncision. C’est de nouveau depuis les États-Unis qu’en 2018 s’exerce une pression considérable sur l’Islande qui souhaitait étendre aux garçons la protection garantie aux filles en matière de mutilation sexuelle. Et demain ?

3 – En France : des réfugiés de l’intérieur

Déni de justice – Un catalogue des discriminations entre les femmes et les hommes reste à établir en matière de mutilations sexuelles : cela fait partie de la mission de votre secrétariat d’État. Dernier exemple en date, la « loi asile et immigration » de 2018 qui restreint la protection des garçons aux seuls cas des mutilations sexuelles « de nature à altérer leur fonction reproductrice ». Si cette loi avait respecté l’égalité avec les femmes, la France compterait nombre de réfugiés de l’intérieur qui souffrent aujourd’hui d’un déni de justice : combien de non-lieux pour des affaires de mineurs circoncis rituellement contre la volonté de la mère ou du père ? Combien de décès et de complications irréversibles liées à cette amputation pratiquée sans nécessité médicale et encore moins le consentement de l’enfant ? Où mettre à l’abri les mineurs qui en sont menacés par leurs propres parents ? Sur quel soutien juridique peuvent-ils compter pour échapper à leur mutilation sexuelle ou au moins la réparer ? Comme vous l’avez dit pour les « petites filles », il y a encore trop de petits garçons « qui partent sereinement en vacances dans leur famille et qui ne savent pas » qu’ils vont être circoncis sur place.

Coûts sociaux – C’est un cas de discrimination d’apparence anecdotique qui révèle l’ampleur du scandale. En effet, la collectivité prend en charge les coûts de réparation de l’excision, mais pas de la circoncision, comme les coûts de restauration du prépuce. Le taux de circoncision étant de 14 % en France alors qu’aux environs de 0 % dans les pays nordiques ou au Japon, est-on sûr que cet écart ne recouvre pas des mutilations sexuelles, dont il faudrait rembourser la réparation à égalité avec les femmes ? La Cour des Comptes a-t-elle vérifié si les remboursements de circoncision faits par la sécurité sociale – 80 000 en 2011 – correspondent à une nécessité médicale assise sur un consentement réellement éclairé ? Le comble serait que l’argent des contribuables serve demain à réparer les dégâts que ces mêmes contribuables auront financés la veille. Il suffirait d’adopter l’entente préalable pour que, dès 2020, la France rejoigne l’exemplaire Finlande avec moins de 1 % de taux de circoncision remboursable. Au Royaume-Uni, le taux de circoncision néonatale a chuté lorsque « le nouveau Service national de la santé britannique a décidé de ne plus [la] rembourser ». Combien de dizaines de millions d’économie annuelle pour la collectivité l’entente préalable permettrait-elle de faire, en incluant les coûts complets de la circoncision, y compris des urgences et de réparation de ses complications ? Une ressource qui serait opportune pour les programmes de prévention et de réparation des mutilations sexuelles féminines, intersexuées et masculines.

Former à la santé du pénis – La pratique du décalottage forcé avec lésion doit aussi entrer dans la typologie des mutilations sexuelles masculines : il serait trop facile d’endommager ainsi le prépuce de l’enfant au point que la circoncision devienne une « nécessité médicale ». D’autant que de trop nombreux témoignages mettent en évidence les mauvaises pratiques de certains professionnels de la santé, ce qui entache l’image de l’ensemble de la profession, avec ce comble d’un chef de service de pédiatrie qui s’avère être un décalotteur en série. Un véritable programme de formation doit être engagé en matière de santé du pénis, pour mettre fin à cette pratique inutile, traumatisante et nocive, que nous voyons chaque jour mise en oeuvre au sein de la famille ou par des professionnels du soin. Il faut aussi tordre le cou au dangereux mythe de la circoncision « plus hygiénique » : il ne viendrait à l’idée de personne de se couper les paupières alors qu’il suffit de se rincer le visage en guise de toilette.

4 – De « la liberté de religion » à « la liberté de contraindre »

Laïcité – Il est grand temps que la parole laïque soit entendue, alors que la circoncision rituelle non consentie est une véritable « violence à l’égard des hommes ». D’autant que cette forme d’atteinte au sexe des enfants a récemment reçu le soutien malencontreux d’un front d’autorités catholiques et d’autres branches du christianisme. [4]

Liberté de contraindre – Au cas de cette violence, la « liberté de religion » revendiquée est d’évidence une « liberté de contraindre » les plus vulnérables : une contradiction manifeste. Quant à l’alibi souvent invoqué par les partisans de la circoncision traditionnelle, voulant qu’elle réduise le risque d’infection par le VIH de la femme vers l’homme en cas de pénétration vaginale, il est clair que les garçons trop jeunes pour de telles relations ne sont pas concernés.

5 – Un consensus mondial à portée de main autour de l’âge du consentement à la circoncision

Débat public – Face à ce « tir croisé » sur le sexe des enfants, nous appelons à ouvrir un débat public sur les conditions du consentement à la circoncision, dans un esprit de compassion. Le colloque sur l’avenir de la circoncision organisé en 2015 par l’Association des Médecins Israélites de France et le Fonds Social Juif Unifié a ouvert la voie à un tel débat, en reconnaissant que la circoncision des nouveau-nés entraîne une douleur inévitable et des risques de complication, et qu’elle doit être différée dans certaines situations. C’est dans la perspective de s’accorder sur une circoncision pratiquée seulement à l’âge d’un consentement réellement libre et éclairé que nous avons informé les autorités religieuses musulmanes et juives du lancement de cet appel. D’autant que, dans différents pays, la « chirurgie esthétique » du sexe féminin est légale au point que des adolescentes puissent y recourir, bien que cette pratique semble être incluse dans la plus récente définition OMS des mutilations sexuelles féminines.

Du G7 au monde entier – Nous demandons que le thème de la circoncision fasse partie « des priorités de la présidence française du G7 », à égalité avec l’excision, et sans oublier les mutilations intersexuées. La communauté mondiale ne se doit-elle pas de porter assistance à tous les enfants en péril, sans discrimination ?

Nous vous prions d’agréer, Madame la secrétaire d’État, l’expression de notre haute considération.

Références

  1. La circoncision juive : une perspective alternative, Jenny Goodman, BJU International (1999), 83, Suppl. 1, 22–27
  2. dont Bill & Melinda Gates Foundation, Johns Hopkins, Clinton Health Access Initiative ou PEPFAR dans le secteur public
  3. Naître est-il dans l’intérêt de l’enfant ?, Jean-Christophe Lurenbaum, 2011 (jcl.algosphere.org)
  4. Christians, Jews, Muslims concerned by Iceland circumcision proposal, par le Conseil des conférences épiscopales d’Europe et la Conférence des Églises européennes, 15 mars 2018

Lettre ouverte aux autorités religieuses musulmanes et juives

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